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[Le photographe René Bolduc et sa chambre noire portative. Photographie : Jean Lauzon]

À l’occasion de l’exposition Québec et ses photographes, 1850-1908. La collection Yves Beauregard, le Musée national des beaux-arts du Québec, en collaboration avec le Musée populaire de la photographie de Drummondville, invite tous les passionnés de photographie à assister à une démonstration de ferrotype et ambrotype.

Le photographe René Bolduc fera une démonstration de ces procédés anciens de photographie sur métal et sur verre à base d’émulsion au collodion humide. Passionné de photo depuis près de vingt-cinq ans, M. Bolduc s’intéresse aux procédés anciens depuis quelques années. Afin de pratiquer la photographie à la façon de nos ancêtres, il s’est lui-même fabriqué une chambre noire portative, dont il fera la présentation lors des démonstrations présentées au Musée.

Ferrotype

Très en vogue entre 1860 et 1910 environ, le ferrotype est un positif pris directement dans l’appareil sur une feuille de tôle. La feuille, laquée de noir ou de brun, est découpée en divers formats et parfois coloriée.

Ambrotype

Breveté en 1854 et populaire jusque vers 1870, l’ambrotype est un négatif sur verre auquel on a ajouté, au revers, un fond noir qui le rend positif. La plaque de verre peut être de différents formats, rehaussée de couleur et vernie ou protégée par un autre verre.

Le samedi 4 et le dimanche 5 octobre

De 13 h à 16 h.

L’activité est gratuite pour tous!

Angela Grauerholz, La Bibliothèque, 1992. Photographie couleur, tirage cibachrome. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Il est facile de passer à côté de l’exposition Autour d’Angela Graeurholz proposée au Musée national des beaux-arts du Québec. Ainsi, les oeuvres ne sont pas mises en évidence. La majorité de l’exposition est accrochée dans les anciennes cellules de la vieille prison. Le couloir pour y accéder est sans issue. Pour aller voir le travail des artistes, il faut s’investir. Pour le comprendre, il faut également s’investir. Heureusement, cet investissement est récompensé.

Le travail de huit artistes compose le coeur de cette exposition. Ces oeuvres proviennent du Fonds national d’art contemporain de la France, « la plus grande collection internationale d’art vivant rassemblée en France [1]». Le Fnac possède 70,000 oeuvres qui sont rarement offertes au regard du public. Parfois, elles sont prêtées lors d’expositions, comme dans ce cas-ci.

Dans le cadre des fêtes célébrant le 400e anniversaire de Québec, le Fnac a proposé d’alimenter une exposition itinérante un peu particulière. Plutôt que d’avoir les mêmes oeuvres qui voyageraient d’un musée à un autre, ce sont des idées qui se sont promenées. On a voulu créer des dialogues entre Français et Québécois, établir des parentés et construire des connivences [2]. Ainsi, La Grande Traversée – horizons photographiques est un travail d’équipe entre des institutions de Brouage, La Rochelle, Rimouski, Gaspé, Rivière-du-Loup et Québec. À chaque fois, des oeuvres différentes du Fnac étaient proposées au regard des visiteurs, jamais les mêmes, jamais dans le même contexte.

Au Québec, le choix s’est porté sur le travail d’Angela Grauerholz, artiste établie à Montréal depuis 1976. À partir de deux de ses photographies gravitent sept artistes qui partagent une, deux, plusieurs approches dans leur travail. La commissaire de l’exposition, Agnès de Gouvion Saint-Cyr, a fouillé dans les archives du Fonds pour retrouver des oeuvres des artistes québécois issus de l’immigration. Ce faisant, elle a joué la carte de la grande traversée, du mouvement comme premier point commun. C’est ainsi que chaque cellule a été considérée comme un espace mental unique où un discours se tient, indépendant du discours de sa voisine, créant malgré tout un ensemble cohérent.

Pour apprécier l’exposition, il faut donc partir des oeuvres Grauerholz, se laisser inspirer par elles et chercher les intersections. Sinon, on risque de rester sur sa faim en s’arrêtant seulement sur l’esthétisme des photographies proposées. Heureusement, quelques pistes s’offrent à nous.

Angela Grauerholz, Landvermesser, 1992. Cibachrome couleur. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Avant de pénétrer dans le bloc cellulaire, le visiteur est accueilli par La Bibliothèque et Landvermesser. Ces deux tirage photographiques sont très grands et les reproductions sur ce blogue ne rendent nullement justice à l’effet qu’elles produisent.

Une première piste à suivre consiste à remarquer l’utilisation du flou par la photographe. S’il est plus visible dans La Bibliothèque, il est également présent dans Landvermesser. L’utilisation de cette technique est une façon d’empêcher une lecture totale de l’image. Ainsi, des zones d’ombre persistent, des régions qu’on ne connaît pas, du caché. Ces scènes ne se dévoilent pas complètement. Nous sommes dès lors entraînés dans le flou de la mémoire, cette zone obscure qu’on ne peut éclairer malgré tous nos efforts. Sommes-nous en présence de certains de nos propres souvenirs évanescents qui s’effritent au fil des années?

À cette subtilité s’ajoute une fermeture à l’égard de l’intimité des personnages. On tourne le dos au spectateur dans La Bibliothèque. Dans le paysage, au loin, se tiennent deux personnes qu’on ne peut que deviner. D’ailleurs, s’agit-il d’humains ou de statues? Bien malin qui saura le dire avec certitude – et peu importe. Dans les deux cas, il est impossible de saisir des bribes de la conversation qui se tient car on nous place à l’écart. Nous voguons continuellement dans un univers de suggestion, flottant entre le conscient et l’inconscient. Ces clés permettent d’aborder les oeuvres gravitant autour de la photographe.

Corinne Mercadier, L’or 3, 2005. Photographie noir et blanc, tirage baryté d’après fichier numérique. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La première cellule est occupée par Corinne Mercadier. Trois oeuvres nous font tourner sur nous-même : L’Or 1, L’Or 3 et Glasstype 16. Les deux premières photographies représentent un chien (ou est-ce un loup?) se tenant sur le bord d’une piscine (ou est-ce un plan solide?) ainsi qu’un homme jaillissant (plongeant?) dans l’eau. La troisième oeuvre représente un chemisier (une camisole? un survêtement?) flottant dans l’eau (l’éther? l’air?). Vous aurez bien évidemment compris que le flou est à l’honneur.

Martine Aballéa, Jus des neiges – Visitez (détail]) diptyque, 2001. Photographies noir et blanc retouchées et sérigraphie pour le texte. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La seconde cellule met en valeur le travail de Martine Aballéa. Le visiteur remarque en premier un panneau du diptyque Jus des neiges / Visitez. Composé de paysages hivernaux enneigés, les deux tableaux forment un dialogue intéressant. La netteté de la première image s’oppose à l’imprécision de la seconde. Si on a presque le sentiment qu’on pourrait traverser le cadre et pénétrer dans la forêt qui nous est proposée dans l’une, on se sent mal à l’aise face à l’autre, avec ses couleurs surnaturelles et ses contours imprécis. Convulsion des envies et Âmes mutilées jouent également avec la subtilité de la couleur. Se trouvent aussi représenté le contraste des matériaux, opposant la rigidité de la pierre à la temporalité humaine.

Isabelle Waternaux, Sans titre, 1994. Agrandissement photographique direct sur papier polaroïd. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Seton Smith et Isabelle Waternaux partagent le prochain espace. Ici, l’intimité est visitée par le biais du portrait. Ces deux artistes se questionnent sur cette technique de représentation utilisée dans l’art depuis des siècles. Le fond de la cellule nous accueille avec un personnage présenté en contre-plongée, au regard rêveur. Ce Sans titre de Waternaux est réalisé par technique polaroïd, agrandi. De son côté, un Portrait de Smith est constitué d’une salle floue, d’une image floue. On se retrouve comme un myope sans lunettes qui tenterait d’observer une scène. Il s’agit d’un beau questionnement sur les repères habituels utilisés dans ce genre de représentation.

Charles Decorps, Sans titre no 6, 2005. Photographie couleur sur papier chiffon. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Le travail de Charles Decorps est marqué par une maladie grave qui le force à visiter souvent l’hôpital. Ce faisant, il se questionne sur le thème de l’absence. Artistiquement, ses oeuvres sont donc empreintes de mélancolie. La société disparaît, tout comme la famille. Dans les trois Sans titre proposés ici, on voit des scènes où l’intimité est protégée, tout comme dans le travail d’Angela Grauerholz. Les personnages sont inscrits dans certaines activités de leur quotidien, mais ils nous tournent le dos, fermant la composition. Nous participons car nous sommes témoins des scènes représentées, mais on nous tient hors du cadre. En regardant de plus près la texture du papier sur lequel le tirage est réalisé, on peut remarquer qu’il s’agit de papier chiffon aux formes imprécises. La technique utilisée évite ainsi les contours précis, ajoutant une couche de flou dans la représentation. Nous sommes en présence de sfumato du XXIe siècle.

Jérôme Schlomoff, La Palombière, 2002. Vidéo d’après un film sténopé 35 mm tourné avec une caméra carton. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La prochaine cellule est occupée par une projection vidéo de Jérôme Schlomoff intitulée La Palombière. Cette vidéo a été tournée avec une caméra en carton à la manière de la camera obscura dans les couloirs de la palombière de monsieur Roumégoux. Plus concrètement, il s’agit d’un court montage d’un film durant à l’origine une cinquantaine de minutes. On semble suivre un personnage se promenant, mais il est difficile d’en être certain. Le flou ici se situe dans le sujet même de la projection : que regarde-t-on? Qu’est-on supposé remarquer? Quelle est la démarche? Ces questions assaillent le visiteur qui perd ses repères narratifs habituels.

Finalement, l’exposition se termine avec huit oeuvres de Tamara Keiichi. Jouant sur l’utilisation du trompe-l’oeil, l’artiste utilise la lumière pour créer des motifs imaginaires. De plus, sa maîtrise de la technique est telle qu’elle parvient à insuffler aux photographies des teintes dorées subtiles. Nous sommes en présence d’un questionnement de la réalité telle qu’on pourrait croire qu’une photographie peut la rendre. La troisième image sur la droite devrait attirer particulièrement l’attention du visiteur car il devient difficile de comprendre la structure de l’architecture qui nous est présentée. Comment le plancher est-il conçu pour laisser ainsi transparaître les fenêtres sur deux étages différents? Par quel jeu visuel l’artiste arrive-t-elle à cette construction?

D’autres angles d’approches sont évidemment possibles. L’utilisation du texte dans de nombreuses oeuvres constitue l’un d’entre eux. Une réflexion sur les pratiques historiques de l’art (trompe-l’oeil, portrait, etc.) se trace aussi en filigrane. Les pistes sont nombreuses.

Il convient de signaler que les oeuvres ne sont pas le produit d’une manipulation informatique. Tout au plus, certaines oeuvres ont-elles été travaillées lors du tirage pour accentuer des aspects esthétiques. Compte tenu de la grande variété des résultats proposés, ce tour de force mérite d’être souligné.

L’utilisation des contraintes imposées par les cellules est parfaite. En consacrant un espace à des artistes en nombre restreint, le visiteur peut prendre le temps de se laisser pénétrer par l’atmosphère se dégageant de chaque vision artistique. Coupé des autres ensembles, chaque lieu se vit indépendamment, comme s’il s’agissait d’une autre exposition. Ainsi, on vit huit expositions différentes en un seul espace. De plus, l’exiguïté des lieux permet une intimité avec les oeuvres, ce qui est rarement possible dans les grandes pièces aérées.

Comme toujours, un bémol doit être souligné comme à chaque fois que l’art contemporain fait son entrée au Musée national des beaux-arts du Québec. En effet, le public qui visite cette exposition risque d’être déboussolé. Voyageant entre la salle 10 où se tient l’exposition Je me souviens sur l’art historique et l’exposition temporaire Québec et ses photographes, le passant qui s’arrête dans les cellules de la prison risque de se perdre. Sans repères, il va probablement s’arrêter à des considérations purement esthétiques, comme je l’ai beaucoup entendu lors de ma visite. En ce sens, des pistes de réflexion mieux ciblées, comme des mots placés dans chaque cellule, auraient pu permettre d’éclairer le travail de ces artistes au grand talent sans forcer une interprétation unique.

Somme toute, il s’agit d’une exposition qui mérite l’investissement requis pour l’apprécier. Il faut s’abandonner devant chaque oeuvre et se laisser aller à la rêverie que ces univers provoquent. Le temps cessera de s’écouler, le quotidien disparaîtra. La technique du flou provoquera des questions sur des notions comme l’intimité et la perception de la réalité. Au final, que demander de plus à une exposition temporaire?

- INFORMATIONS PRATIQUES - 

  • L’exposition Autour d’Angela Grauerholz, oeuvres du Fonds national d’art contemporain de France est proposée au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 16 novembre 2008. [détails]
  • L’exposition est accessible gratuitement, tout comme la collection permanente.
  • Pour en savoir plus au sujet de la démarche artistique d’Angela Grauerholz, il est possible d’entendre une entrevue et de lire son profil, deux sources réalisées lorsqu’elle a reçu le prix Paul-Émile-Borduas en 2006. [détails]
  • Il est possible de voir l’autre branche québécoise de La Grande traversée – horizons photographiques chez VU dans le complexe Méduse. L’exposition Le Spectacle de la lune est à l’affiche jusqu’au 5 octobre 2008. [détails]

- NOTES - 

  1. Fond national d’art contemporain, Présentation, [en ligne], (page consultée en septembre 2008).
  2. Carl Johnson, La Grande traversée – horizons photographiques [coffret-souvenir de l’exposition], Rimouski, Musée régional de Rimouski, 2008.

Une exposition à saveur historique est souvent conditionnée par le lieu dans lequel elle se retrouve. Un fusil fortement ornementé n’aura pas la même réception s’il se trouve dans un musée militaire que s’il est exposé dans un musée des arts décoratifs. Ce principe du lieu conditionnant le contenu est mal exploité dans Shalom Québec - Plusieurs fibres, une même étoffe : Les Juifs à Québec qui occupe la salle des pas perdus de la Gare du Palais à Québec.

Composée de panneaux aux motifs colorés sur lesquels se déclinent textes et reproductions d’artefacts, l’installation propose un voyage dans le temps sous le thème de la présence juive dans la Vieille-Capitale. La lecture s’offre à la vue des passants selon deux angles d’approche. En arrivant de la rue, le visiteur est confronté à des affiches qui condensent l’essentiel de l’exposition en quelques points saillants. Une photographie de très grand format situe l’événement, reprenant le poncif du Château Frontenac pour illustrer l’ancrage dans le milieu québécois.


Figure 1. Vue partielle de l’exposition Shalom Québec : Plusieurs fibres, une même étoffe : Les Juifs de Québec à la Gare du Palais, Québec.

Ici, les apports de la communauté à l’ensemble de la collectivité sont soulignés. Une photographie de bagels est difficile à manquer. Elle accompagne un texte sur la cuisine judaïque et ses déclinaisons québécoises. Le célèbre pain troué est présenté comme une contribution juive, tout comme la viande fumée de type smoked meat. Si la vérité historique de cette affirmation est difficile à vérifier, il en va tout autrement de l’électrification de Québec. Si l’on en croit les panneaux de l’exposition, la ville doit à l’immigrant juif Sigismund Mohr l’apparition des premières lumières électriques sur la Terrasse Dufferin. Mieux, le même personnage serait responsable de l’installation du système téléphonique dans la cité.

Or, les aspects controversés entourant ce personnage sont évacués. Nulle part il n’est fait mention qu’il est condamné en 1875, 1877 et 1879 pour non-paiement de ses créances [1]. La chaude lutte que lui mène Cyrille Duquet pour l’installation du télégraphe dans la ville est évacuée, tout comme les réactions extrêmement négatives des citoyens face à l’apparition des poteaux supportant le réseau de fils. Cette omission permet de souligner le manque de recul critique de Shalom Québec. Pourtant, le personnage est véritablement célébré comme héros national lors de l’illumination électrique de la Terrasse. Cette exposition met ainsi l’accent sur certains aspects positifs de la communauté juive.

Outre la cuisine et l’électrification de la ville, l’importance de John Franks dans la lutte contre les incendies est également soulignée, tout comme le développement du cimetière. À cet égard, une carte localisant les principaux lieux de l’histoire hébraïque à Québec ainsi que l’origine de certains noms de rues en l’honneur de personnalités fortes forment un survol rapide.

Si l’ensemble des panneaux présents dans la première section de l’exposition tirent un peu dans tous les sens et peuvent dérouter le visiteur, ce n’est pas le cas s’il commence sa visite à l’autre extrémité de l’installation. En suivant une approche chronologique, Shalom Québec gagne en signification. Le passé est découpé en cinq époques distinctes : 1608 à 1759, 1759 à 1832, 1832 à 1900, 1900 à 1960 et 1960 à 2008. Quatre cents ans d’histoire accompagnent le visiteur, ce qui situe l’exposition dans les célébrations officielles de l’anniversaire de fondation de Québec.

La première section est consacrée au Régime français. Le visiteur y apprend que l’accès à la Nouvelle-France était interdit aux Juifs et qu’une communauté organisée n’a fait son apparition qu’à partir de 1759. Pour illustrer ce propos, l’histoire d’Esther Brandeau est racontée. Cette fougueuse Européenne a vécu dans la ville après sa fuite du Vieux-Continent. Les autorités, ne sachant qu’en faire, l’auraient confiée aux soins des Soeurs de l’Hôpital Général de Québec. Elle demeurera dans la colonie pendant un an avant d’être renvoyée en France en 1739. Cet événement est présenté pour illustrer la fermeture d’esprit des Canadiens français à l’égard des minorités religieuses. S’il ne fait aucun doute que les pratiquants d’une foi autre que catholique n’étaient pas les bienvenus, il convient de souligner qu’Esther Brandeau est arrivée en Nouvelle-France habillée en garçon. Selon certains auteurs [2], il semblerait que cette transgression des identités sexuelles ait autant contribué au désarroi des autorités que sa religion. Cette hypothèse n’est pas évoquée dans Shalom Québec.


Figure 2. Vue du panneau 1759-1832 de l’exposition Shalom Québec

La seconde partie concerne la période entre la Conquête et 1832. On assiste à l’établissement de figures marquantes. Ezéchiel Hart est cité comme étant le premier Juif élu. Remportant ses élections en 1807, l’exposition indique qu’il « ne peut siéger car il ne veut pas prêter serment sur la bible chrétienne ». Or, les recherches soulignent que le débat entre francophones et anglophones aurait joué un rôle bien plus important dans son rejet de l’Assemblée, sa judéité n’ayant servi que de prétexte d’exclusion [3]. Si son élection met en relief avec justesse le caractère discriminatoire lors d’une élection, l’accent n’est placé que sur cet aspect au détriment d’un discours plus nuancé.

Durant la période allant de 1832 à 1900, la communauté s’ancre à Québec. Le cimetière juif est créé en 1850. Une première synagogue est ouverte dans la Haute-Ville en 1852. Un autre établissement religieux voit le jour dans le quartier Saint-Roch en 1907. Les activités commerciales se développent, principalement autour de la rue Saint-Joseph. L’épicier Abraham Joseph est donné en exemple.

Encore une fois, l’exposition achoppe sur la réalité historique lorsqu’elle décrit William Hyman comme étant le « premier maire Juif au Canada ». Élu maire de la municipalité de Cap-des-Rosiers en 1858, il est surprenant que cette exposition parle du Canada, un pays qui n’existera qu’une décennie plus tard. De plus, le lien entre ce personnage et la ville de Québec est pour le moins ténu puisqu’il vécut en Gaspésie la plus grande partie de sa vie pour finir ses jours à Montréal. Il est dit qu’il fait affaire avec un commerçant de Québec et que ses enfants étudieront dans la capitale. L’inclusion du premier maire Juif dans l’histoire du (futur) pays semble donc prédominer sur le thème de l’exposition qui, faut-il le souligner, célèbre les Juifs de Québec.

La première moitié du vingtième siècle est en vedette dans le quatrième volet de l’installation. L’affaire du notaire Plamondon est mise en valeur. Rappelons qu’en 1910, ce notable a prononcé un discours antisémite à l’église Saint-Roch. Un procès s’ensuivit en 1913 et en 1914. Le notaire fut finalement condamné pour diffamation. L’internement des Juifs allemands dans un camp sur les Plaines d’Abraham est porté à l’attention, tout comme l’arrivée massive des Juifs Sépharades du Maroc suite à l’indépendance de ce pays. L’élection en 1916 du premier député Juif ayant siégé à l’Assemblée nationale, Peter Bercovitch, est soulignée.

Finalement, l’époque contemporaine est marquée par un exode des membres de la communauté vers Montréal et Toronto après la Révolution tranquille. Quelques piliers de la collectivité locale sont mis de l’avant.

La plupart des panneaux explicatifs utilisent de nombreux raccourcis historiques qui présentent une version partielle de l’histoire. La communauté juive est montrée sous l’angle de la survivance dans un milieu hostile. Loin de nous l’idée de minimiser les souffrances dont cette minorité a pu souffrir au fil des siècles. Cependant, cette condition n’excuse pas les raccourcis historiques. En présentant une vue partielle des faits, l’exposition s’éloigne de l’histoire pour se rapprocher de la propagande.

Également, il convient de souligner que de nombreux individus mis en valeur au fil des panneaux explicatifs suscitent des interrogations. Si l’apport de la communauté juive au développement du pays est indéniable, l’inclusion de personnalités ayant un lien ténu avec Québec est douteuse dans le cadre d’un événement célébrant les quatre cents ans de fondation de la ville.

Finalement, Shalom Québec n’utilise pas correctement son lieu d’exposition. La salle des pas perdus est un endroit pour laisser passer le temps. Les passagers en attente de leur transport peuvent s’investir dans la lecture de textes sur des sujets qui leur sont peu familiers. Donc, il aurait été possible d’ajouter des nuances à l’information présentée sans alourdir la présentation outre mesure. Plutôt, le choix s’est porté sur une vision anecdotique et partielle de l’histoire. Comme les autobus et les trains qui passent dans la Gare du Palais, Shalom Québec disparaîtra rapidement des mémoires sans laisser de trace chez les passagers entre deux destinations.

- INFORMATIONS PRATIQUES -

  • L’exposition Shalom Québec : Plusieurs fibres, une même étoffe : Les Juifs de Québec est présenté à la Gare du Palais de Québec jusqu’au 28 septembre 2008. [carte d'accès]
  • L’événement est gratuit.

- NOTES -

  1. Denis Vaugeois, « Mohr, Sigismund », Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne], University of Toronto et Université Laval, 2000, (site consulté le 15 août 2008).
  2. Leslie Choquette, Frenchmen into Peasants : Modernity and Tradition in the Peopling of French Canada, Cambridge et Londres, Harvard University Press, 1997, 397 p., tel que citée par Mary Jean Green dans « Review », SubStance, [en ligne] vol. 27, no.1 (1998), p. 136, (site consulté le 15 août 2008).
  3. Denis Vaugeois, « Hart, Ezekiel (Ezechiel) », Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne], University of Toronto et Université Laval, 2000, (site consulté le 15 août 2008).

- BIBLIOGRAPHIE -

  • GREEN, Mary Jean. « Review : Leslie Choquette, Frenchmen into Peasants : Modernity and Tradition in the Peopling of French Canada », SubStance, [en ligne] vol. 27, no.1 (1998), p. 135-137, (site consulté le 15 août 2008).
  • LÉTOURNEAU, Jocelyn. Le coffre à outils du chercheur débutant. Montréal, Boréal, 2006, 266 p.
  • TISDALE, GASTON. « Brandeau, Esther ». Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne], University of Toronto et Université Laval, 2000, (site consulté le 15 août 2008).
  • VAUGEOIS, Denis. « Hart, Ezechiel (Ezekiel) ». Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne], University of Toronto et Université Laval, 2000, (site consulté le 15 août 2008).
  • VAUGEOIS, Denis. « Mohr, Sigismund ». Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne], University of Toronto et Université Laval, 2000, (site consulté le 15 août 2008).  

Le visiteur du Musée national des beaux-arts du Québec est invité à participer à un véritable jeu de piste dans le cadre de l’exposition Intrus / Intruders. Déambulant dans les salles où sont exposées les oeuvres permanentes de la collection muséale, il devra ouvrir ses yeux pour apercevoir les peintures, sculptures et installations d’artistes contemporains disséminées çà et là au fil des galeries. En ce sens, le court guide accompagnant l’exposition se révèle d’une aide précieuse.

Figure 1. David Hannah, Mirroring the Musée, 2008, vidéogrammes couleur, muets, 4min 41s et 6min 4s, collection de l’artiste.

À tout seigneur tout honneur, l’intrus le plus significatif est sans conteste l’oeuvre d’Adad Hannah intitulée Mirroring the Musée (2008) située dans la salle 7. Composée de deux vidéogrammes en couleur, elle est issue d’une commande du Musée pour cet événement. Sur chaque écran, on voit une image présentée comme un miroir réfléchissant le mur opposé. Puisque les installations se font face, on pourrait croire qu’elles se reflètent dans une boucle infinie. Plutôt, c’est une représentation de la collection permanente qui est illustrée.

Ce travail de l’artiste s’inscrit dans sa série Stills sur laquelle il s’affaire depuis sept ans [1]. L’oeuvre se situe aux limites de la photographie puisque la vidéo est figée dans une immobilité totale. En ce sens, elle s’apparente à Two Mirrors, présentée dans le cadre de La Triennale québécoise 2008 [voir critique]. Ici encore, en fixant l’image au moyen d’un média habituellement dynamique, l’artiste transgresse les règles usuelles auxquelles le spectateur est habitué. Ce faisant, il s’interroge sur ses attentes à l’égard d’un musée des beaux-arts et, dans ce cas-ci, d’une collection permanente consacrée à la tradition québécoise et à la naissance de la modernité.

Le temps qui passe est donc le thème central des oeuvres proposées dans cette salle. Ce point de vue permet de décoder la présence de The State of the Union (2002-2003) de Jocelyn Robert [voir vidéo]. Dans cette installation vidéo, des films d’archives de guerre se débobinent à reculons. La marche du temps est ainsi inversée. Les armées reculent des lieux envahis, refoulant leurs pieds guerriers vers la maison. Avec un mur voisin qui offre des oeuvres québécoises réalisées pendant les années 40, le lien est relativement facile à faire. Ce n’est pas cas du travail de Daniel Olson. Pour apprécier Love and Reverie (2001), il faut savoir que Daniel Olson s’est inspiré de L’enfant au pain d’Ozias Leduc pour en faire une reconstitution vidéo. Sans cette information, comment le visiteur est-il supposé comprendre l’intérêt de sa juxtaposition avec Portrait de Guy Delahaye, poète du même Leduc?

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Avec Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, le Musée d’art contemporain de Montréal espère relancer le concept de Triennale québécoise. L’exposition propose 135 œuvres créées par 38 artistes ou groupes différents. Cette ambitieuse manifestation occupe toutes les salles de l’établissement, révélant du même coup l’exiguïté des lieux puisque la collection permanente est maintenant rangée dans le dépôt du musée.

Dès le départ, le catalogue de l’exposition précise les limites de l’exercice. Les œuvres sélectionnées l’ont été selon « des critères d’originalité, d’intelligence et de pertinence ». Ainsi, les quatre commissaires de l’événement se sont heurtés aux difficultés inhérentes à une triennale. Qui choisir? Quelle est la définition d’un artiste professionnel? Quels sont les critères de résidence imposés? Quelles œuvres sélectionner?

Ces questions ont trouvé réponse. Les « exigences d’originalité » ont eu le dessus sur la représentativité. Les créateurs nés ailleurs qu’au Québec forment le quart du contingent. De plus, la région de Montréal abrite plus des trois quarts des artistes. La notion de résidence pose ainsi problème lorsqu’on appose l’étiquette québécoise à l’événement. Si le travail de David Altmedj se défend par lui-même, il convient de souligner que le sculpteur né dans la métropole vit et travaille maintenant à Londres et à New York. Dans ces conditions, il serait plus juste de parler d’une triennale d’inspiration montréalaise, même si la présence de quelques artistes de la région de Québec essaie d’équilibrer la donne. Ici, l’originalité s’énonce en des termes urbains et montréalais. La création dans les arts traditionnels n’est donc pas soulignée.

L’âme québécoise est déclinée selon une vision cosmopolite. Le commissaire Mark Lanctôt exprime d’ailleurs clairement cette approche en définissant l’américanité du Québec comme une « carte maîtresse » de son identité. Citant Hardt et Negri, il appuie son point en signalant que « la multitude est composée d’un ensemble de singularités ». Cette exposition opère dans le multiculturalisme artistique. Il est possible que l’exclusion d’artistes internationaux – une caractéristique des biennales et triennales – ait été comblée par l’inclusion d’artistes du Québec possédant une vision internationale.

Toutes ces questions sémantiques ne doivent pas porter ombrage au travail surprenant proposé au visiteur. Si l’exposition ne peut prétendre représenter un instantané de l’ensemble de la création au Québec en 2008 – une tâche quasi impossible à réaliser –, il s’agit d’un événement exceptionnel pour observer des œuvres originales, intelligentes et pertinentes. Mieux, elles ont toutes été créées au cours des trois dernières années, ce qui garantit la fraîcheur des produits.

 

Figure 1. Vue de l’installation de Doyon-Rivest. Logopagus. 2008. MACM.

 

Le visiteur est accueilli par la mascotte siamoise de Doyon-Rivest baptisée Logopagus. Ses déclinaisons sont nombreuses au fil des salles : ici, elle est photographiée dans un café (Bonjour Logopagus, 2008), là elle s’attable dans un restaurant pour manger un bol de soupe (Bon appétit Logopagus, 2008). Cette construction, alter ego surdimensionné de ses créateurs, constitue le seul fil conducteur présent tout au long de l’exposition. On retrouve ses photographies disséminées un peu partout dans le musée. Au détour d’une salle, c’est une caméra en circuit fermé, dissimulée dans ses cheveux (?), qui filme les visiteurs marquant un arrêt devant sa personne. Sympathique dans sa bonhomie de marionnette, elle invite à sa contemplation deux fois plutôt qu’une : si on la trouve au premier abord agréable, on l’observe d’un tout autre regard après s’être aperçu qu’elle nous épiait à notre insu.

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[Alfred Pellan (1958), Fonds Gabriel-Desmarais, Bibliothèque nationale du Québec]

La Bibliothèque nationale du Québec a mis en ligne les premières photographies de Gabriel Desmarais. Oeuvrant dans le milieu artistique québécois durant de nombreuses années, il est maintenant possible de consulter plusieurs de ces photos sur Internet.

Si la collection propose des artistes populaires (de Dominique Michel à Jean-Pierre Ferland), certains artistes peintres ont également été croqués sur pellicule dont les peintres Alfred Pellan (en 1958), Jacques de Tonnancour (1961), Rita Legendre (1961), Guido Molinari (1964), Marcel Barbeau (1964) et le sculpteur Jean-Julien Bourgault (1964).

Il s’agit de la première étape visant à numériser les 4200 clichés du photographe.

* Le Louvre à Québec a maintenant son microsite.

* Le bassin aux nymphéas de Claude Monet s’est vendu 80,5 millions de dollars canadiens cette semaine. Dans une dépêche de l’AFP reprise par plusieurs journaux à travers le monde, la conversion des livres britanniques vers les euros est complètement farfelue. Quarante millions de livres équivalent à environ 50 millions d’euros, pas 80… Chou au Devoir pour avoir reproduit l’article avec ses erreurs, bravo à Cyberpresse pour la conversion correcte. Peut-être que l’agence avait émis un correctif qui n’a pas été publié? Plus de détails chez Le Figaro.


[newyorkcitywaterfalls.com]

* Des chutes d’eau vont couler sous le pont de Brooklyn et en trois autres endroits de l’East River cet été. [article]

* Comment détecter les faux? Facile: il suffit de vérifier la présence ou non d’isotopes nucléaires causés par les explosions nucléaires. CDFQ. [article]

* Qui savait que John McEnroe et Tatum O’Neal avaient été saisis au vif par Andy Warhol? Le double portrait est en vente à Londres le 1er juillet. [voir l'oeuvre]

* Une nouvelle loi sur le droit d’auteur pourrait voir le jour aux États-Unis. Elle permettrait la reproduction des oeuvres dont l’auteur ne peut être retracé. Au Canada, il faut passer par la Commission du droit d’auteur du Canada lorsqu’on se trouve dans un tel cas. Il faut dès lors remplir une demande et c’est la Commission qui émettra, éventuellement, une licence.

* Toujours le même débat: un commentateur trouve que l’art traverse actuellement un passage à vide.


[City of Shadows, Alexey Titarenko]

* Voilà quelques temps que j’observe les photos d’Alexey Titarenko et je ne m’en lasse pas. Dans sa série City of Shadows, il a étiré son temps d’exposition pour que le passage des gens s’imprime sur sa pellicule. Le résultat fournit des photographies fantomatique où les passants semblent laisser une partie de leur personne derrière eux… [voir l'ensemble des images]

* Dans les nouvelles informatiques, Carnegie-Mellon (PA) met au point un logiciel permettant de déterminer l’endroit le plus probable où une photographie a été prise. Un algorithme cherche des photos similaires sur Flickr… Un pas de plus vers la reconnaissance informatique des images. [article]