Archive for the tag 'Michel de Broin'

Le visiteur du Musée national des beaux-arts du Québec est invité à participer à un véritable jeu de piste dans le cadre de l’exposition Intrus / Intruders. Déambulant dans les salles où sont exposées les oeuvres permanentes de la collection muséale, il devra ouvrir ses yeux pour apercevoir les peintures, sculptures et installations d’artistes contemporains disséminées çà et là au fil des galeries. En ce sens, le court guide accompagnant l’exposition se révèle d’une aide précieuse.

Figure 1. David Hannah, Mirroring the Musée, 2008, vidéogrammes couleur, muets, 4min 41s et 6min 4s, collection de l’artiste.

À tout seigneur tout honneur, l’intrus le plus significatif est sans conteste l’oeuvre d’Adad Hannah intitulée Mirroring the Musée (2008) située dans la salle 7. Composée de deux vidéogrammes en couleur, elle est issue d’une commande du Musée pour cet événement. Sur chaque écran, on voit une image présentée comme un miroir réfléchissant le mur opposé. Puisque les installations se font face, on pourrait croire qu’elles se reflètent dans une boucle infinie. Plutôt, c’est une représentation de la collection permanente qui est illustrée.

Ce travail de l’artiste s’inscrit dans sa série Stills sur laquelle il s’affaire depuis sept ans [1]. L’oeuvre se situe aux limites de la photographie puisque la vidéo est figée dans une immobilité totale. En ce sens, elle s’apparente à Two Mirrors, présentée dans le cadre de La Triennale québécoise 2008 [voir critique]. Ici encore, en fixant l’image au moyen d’un média habituellement dynamique, l’artiste transgresse les règles usuelles auxquelles le spectateur est habitué. Ce faisant, il s’interroge sur ses attentes à l’égard d’un musée des beaux-arts et, dans ce cas-ci, d’une collection permanente consacrée à la tradition québécoise et à la naissance de la modernité.

Le temps qui passe est donc le thème central des oeuvres proposées dans cette salle. Ce point de vue permet de décoder la présence de The State of the Union (2002-2003) de Jocelyn Robert [voir vidéo]. Dans cette installation vidéo, des films d’archives de guerre se débobinent à reculons. La marche du temps est ainsi inversée. Les armées reculent des lieux envahis, refoulant leurs pieds guerriers vers la maison. Avec un mur voisin qui offre des oeuvres québécoises réalisées pendant les années 40, le lien est relativement facile à faire. Ce n’est pas cas du travail de Daniel Olson. Pour apprécier Love and Reverie (2001), il faut savoir que Daniel Olson s’est inspiré de L’enfant au pain d’Ozias Leduc pour en faire une reconstitution vidéo. Sans cette information, comment le visiteur est-il supposé comprendre l’intérêt de sa juxtaposition avec Portrait de Guy Delahaye, poète du même Leduc?

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Avec Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, le Musée d’art contemporain de Montréal espère relancer le concept de Triennale québécoise. L’exposition propose 135 œuvres créées par 38 artistes ou groupes différents. Cette ambitieuse manifestation occupe toutes les salles de l’établissement, révélant du même coup l’exiguïté des lieux puisque la collection permanente est maintenant rangée dans le dépôt du musée.

Dès le départ, le catalogue de l’exposition précise les limites de l’exercice. Les œuvres sélectionnées l’ont été selon « des critères d’originalité, d’intelligence et de pertinence ». Ainsi, les quatre commissaires de l’événement se sont heurtés aux difficultés inhérentes à une triennale. Qui choisir? Quelle est la définition d’un artiste professionnel? Quels sont les critères de résidence imposés? Quelles œuvres sélectionner?

Ces questions ont trouvé réponse. Les « exigences d’originalité » ont eu le dessus sur la représentativité. Les créateurs nés ailleurs qu’au Québec forment le quart du contingent. De plus, la région de Montréal abrite plus des trois quarts des artistes. La notion de résidence pose ainsi problème lorsqu’on appose l’étiquette québécoise à l’événement. Si le travail de David Altmedj se défend par lui-même, il convient de souligner que le sculpteur né dans la métropole vit et travaille maintenant à Londres et à New York. Dans ces conditions, il serait plus juste de parler d’une triennale d’inspiration montréalaise, même si la présence de quelques artistes de la région de Québec essaie d’équilibrer la donne. Ici, l’originalité s’énonce en des termes urbains et montréalais. La création dans les arts traditionnels n’est donc pas soulignée.

L’âme québécoise est déclinée selon une vision cosmopolite. Le commissaire Mark Lanctôt exprime d’ailleurs clairement cette approche en définissant l’américanité du Québec comme une « carte maîtresse » de son identité. Citant Hardt et Negri, il appuie son point en signalant que « la multitude est composée d’un ensemble de singularités ». Cette exposition opère dans le multiculturalisme artistique. Il est possible que l’exclusion d’artistes internationaux – une caractéristique des biennales et triennales – ait été comblée par l’inclusion d’artistes du Québec possédant une vision internationale.

Toutes ces questions sémantiques ne doivent pas porter ombrage au travail surprenant proposé au visiteur. Si l’exposition ne peut prétendre représenter un instantané de l’ensemble de la création au Québec en 2008 – une tâche quasi impossible à réaliser –, il s’agit d’un événement exceptionnel pour observer des œuvres originales, intelligentes et pertinentes. Mieux, elles ont toutes été créées au cours des trois dernières années, ce qui garantit la fraîcheur des produits.

 

Figure 1. Vue de l’installation de Doyon-Rivest. Logopagus. 2008. MACM.

 

Le visiteur est accueilli par la mascotte siamoise de Doyon-Rivest baptisée Logopagus. Ses déclinaisons sont nombreuses au fil des salles : ici, elle est photographiée dans un café (Bonjour Logopagus, 2008), là elle s’attable dans un restaurant pour manger un bol de soupe (Bon appétit Logopagus, 2008). Cette construction, alter ego surdimensionné de ses créateurs, constitue le seul fil conducteur présent tout au long de l’exposition. On retrouve ses photographies disséminées un peu partout dans le musée. Au détour d’une salle, c’est une caméra en circuit fermé, dissimulée dans ses cheveux (?), qui filme les visiteurs marquant un arrêt devant sa personne. Sympathique dans sa bonhomie de marionnette, elle invite à sa contemplation deux fois plutôt qu’une : si on la trouve au premier abord agréable, on l’observe d’un tout autre regard après s’être aperçu qu’elle nous épiait à notre insu.

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* Le Moulin à Images de l’équipe de Robert Lepage est projeté depuis hier sur le moulin de la Bunge. Aucune trame narrative mais une suite d’impressions. Vous trouverez un diaporama intéressant sur le site d’Ex Machina.

[Site d'Ex Machina]

* Le Musée naval de Québec gagne à être connu. Situé dans le Vieux-port, il propose deux expositions cet été. Le Réfectoire est une oeuvre d’Isabelle Laverdière qui interprète les échanges survenus entre les marins ennemis au cours des siècles sur le fleuve Saint-Laurent. Par l’eau et dans la pierre aborde le développement des ouvrages défensifs de la région. Cette dernière exposition est présentée en collaboration avec le Musée du Royal 22e Régiment [Citadelle], le Musée du Régiment les Voltigeurs de Québec [Manège militaire; actuellement fermé pour cause d'incendie] et le Musée du Régiment de la Chaudière.

* L’exposition Québec Gold présente 17 artistes québécois à Reims (France) cet été, en collaboration avec L’Oeil de Poisson. Dix-sept artistes sont invités : Jean-Pierre Aubé, Mathieu Beauséjour, BGL, Sylvain Bouthillette, Michel de Broin, Cooke-Sasseville, Doyon-Rivest, Jérôme Fortin, Dominique Gaucher, Pascal Grandmaison, Isabelle Hayeur, Guillaume Lachapelle, Emmanuelle Léonard, Yann Pocreau, Yannick Pouliot, Michael A. Robinson et Ève K. Tremblay.
Notons que Michel de Broin, Cooke-Sasseville, Doyon-Rivest, Isabelle Hayeur et Yannick Pouliot font partie de la triennale du Musée d’art contemporain de Montréal.

* Des oeuvres d’artistes contemporains sont acquises par Loto-Québec dans le cadre de la Manif d’art 4. Les oeuvres suivantes ont été acquises: Linéament, la glacier 2, d’Éveline Boulva, Portrait J, d’Ève Cadieux, Mémoire de l’éléphant II (éléphant d’Asie), de Don Darby, Un, deux, trois… d’Isabelle Véronique, Arbre, de Lucie Lefebvre, Le rêve de Poséidon, le voyage d’Ulysse, de Reno Salvail, Xochitl, d’Helga Schlitter, Coeur Rose, de Bill Vincent et Envol, de Giorgia Volpe. De plus, Nathalie Thibault et Cooke-Sasseville ont reçu des bourses. Notons que ce dernier fait partie de la triennale du Musée d’art contemporain de Montréal et, comme mentionné précédemment, ses oeuvres seront exposées à Reims.

* Le Musée des beaux-arts de Montréal propose des visites guidées individuelles et gratuites dimanche et mercredi prochain. [détails]

* Le Congrès eucharistique de Québec perturbera la circulation autour du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) dimanche matin. Les heures à éviter : de 7h30 du matin au milieu de l’après-midi, le dimanche 22 juin 2008.

* Dans le cadre de l’exposition Le Louvre à Québec, le MNBAQ propose des représentations gratuites du film Louvre, la visite. Les représentations ont lieu à 13h30 et 15h00 aux dates suivantes :
Juin : 15, 18, 22 et 29
Juillet : 2, 9, 13, 20, 23, 27 et 30
Août : 3, 6, 10, 13, 20, 24, 27 et 31

* artv continue sa série originale démocratisant l’art. Cette semaine: Marcel Lafleur fait de l’aquarelle, de la sculpture et de la poésie. Priscille Martel s’adonne elle aussi à l’aquarelle et à la poésie, mais elle peint principalement des bouts de verre récupérés pour en faire toutes sortes d’objets, dont des colliers. Marcel et Priscille forment un couple pour qui l’art occupe une place primordiale dans leur vie. [détails]


[On est tous des artistes, artv]

* Le marché de la sculpture contemporaine continue d’être vigoureux. Par exemple, la sculpture My Lonesome Cowboy de Takashi Murakami s’est vendue pour 13,5 millions de dollars en mai. Artprice propose une analyse du marché.


[Takashi Murakami, My Lonesome Cowboy, 1998, résine epoxy]

* Le Mexique est trop petit pour le Guggenheim.

* Le collectionneur Charles Saatchi achète de nombreuses oeuvres de trois finissants en arts visuels.

* Vous passez par San Francisco? Une exposition sur les femmes impressionnistes débute aujourd’hui au Musée des beaux-arts. Une sélection des oeuvres est disponible sur le compte Picasa du Musée.


[Berthe Morisot, Intérieur, 1872, huile sur toile]

* Et sur une note plus personnelle, j’ai terminé mon cours d’été intensif en histoire de l’art. Intitulé Impression et sensation: aspects de la subjectivité artistique dans la peinture moderne au XIXe siècle, ce fut un approfondissement passionnant sur la peinture de paysage, les Impressionnistes et Cézanne.

Le Musée d’art contemporain de Montréal propose 135 oeuvres créées par 38 artistes dans le cadre de sa triennale intitulée «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». À l’occasion de cet événement, je me suis demandé quelle était la présence sur le Web de chacun de ces artistes.

Pour arriver à classer les artistes selon leur notoriété Internet, j’ai choisi trois critères: le nombre de liens tels que trouvés par Google, la gestion des noms de domaine [du type nom_artiste.com] et la présence ou non d’article dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia.


[Julie Doucet, Le Pantalitaire 2, 2007, 8 collages, 30 x 137,1 cm]

Le titre de reine de la notoriété dans Internet est attribué à Julie Doucet. Avec 63,000 liens sur son nom, 4 articles dans Wikipedia, un site Internet possédé par un éditeur et un site officiel, on peut dire sans gêne que l’artiste est connue sur le Web, principalement à cause de ses bandes dessinées.


[David Altmejd, Le Berger, 2008, bois, miroir, cristal, crin de cheval et peinture, 365,7 x 152,4 x 121,9 cm; avec l'aimable autorisation de la Andrea Rosen Gallery; photographie: Ellen Page Wilson]

Accompagnant Julie Doucet au sommet de la notoriété sur Internet, David Altmejd se classe bon deuxième, avec 51,400 liens, 3 articles dans Wikipedia et un site cybersquatté.

Parmi les autres résultats de cette étude sans prétention, je remarque que de nombreux artistes possèdent un site Internet bien réalisé: Nicolas Baier, Gwenaël Bélanger, Patrick Bernatchez, Michel de Broin, Raphaëlle de Groot, Manon De Pau, Doyon-Rivest, Romeo Gongora, Adad Hannah, Isabelle Hayeur, Bettina Hoffmann, Lynne Marsh, Serge Murphy, Jocelyn Robert.

Fait surprenant: certains artistes préfèrent le .net ou le .org plutôt que le .com même lorsque ce dernier est disponible. C’est le cas de Michel de Broin, Raphaëlle de Groot et Bettina Hoffmann.

Notons finalement que David Ross et Carlos Sanchez ont été exclus du classement. En effet, leurs noms sont également ceux de personnalités connues dans d’autres domaines, ce qui perturbe grandement les données.

Palmarès de la notoriété Internet des artistes de la Triennale de MACM

Julie Doucet : 11,30
David Altmejd: 9,14
Michel de Broin: 2,85
Isabelle Hayeur: 2,70
Jocelyn Robert: 2,42
Lynne Marsh: 2,15
Adad Hannah: 2,03
Bettina Hoffmann: 1,60
Nicolas Baier: 1,37
Michael Merrill: 1,26
Jason Sanchez: 1,23
Gwenaël Bélanger: 1,15
Patrick Bernatchez: 1,09
Doyon-Rivest: 1,08
Raphaëlle de Groot: 1,08
Serge Murphy: 1,06
Manon De Pauw: 1,06
Romeo Gongora: 1,01
Charles Guilbert: 0,70
Yannick Pouliot, WWKA, Louis-Philippe Eno, Chih-Chien Wang, Stéphane Gilot, Etienne Zack, Cooke-Sasseville, Emanuel Licha, Manon Labrecque, Cynthia Girard, Karen Tam, Tricia Middleton, Jon Knowles, David Armstrong Six, Patrick Coutu, Valérie Blass, Anthony Burnham, Jonathan Plante, Adrian Norvid suivent dans l’ordre avec moins de 0,5.

Méthodologie

Le nom de l’artiste ainsi que le terme art ont été entrés dans l’engin de recherche Google. J’ai obligé l’engin de recherche à inclure le terme art dans chacune des pages trouvées afin d’éviter que des artistes ayant des homonymes oeuvrant dans d’autres domaines soient privilégiés.

Les cinq premiers résultats sont les suivants:
David Ross: 163,000 liens
Carlos Sanchez: 148,000 liens
Julie Doucet: 63,000 liens
David Altmejd: 51,400 liens
Michel de Broin: 28,500 liens

Les cinq derniers résultats sont les suivants:
Valérie Blass: 360 liens
Anthony Burnham: 334 liens
Romeo Gongora: 132 liens
Jonathan Plante: 120 liens
Adrian Norvid: 48 liens

Chaque dizaine de milliers de liens donnait un point. Ainsi 163,000 liens attribuait 16,3 points.

La présence d’articles dans Wikipedia donnait un point par langue de rédaction.

Les noms de domaine achetés par une tierce personne donnait un point. David Altmejd et Lynne Marsh ont «bénéficié» de cette notoriété involontaire.

La présence d’un site Internet officiel donnait un point.

Il convient de noter que ce classement n’a aucune prétention scientifique. Il s’agit de refléter le buzz Internet selon des critères personnels à l’auteur de ce blogue.

Chacun des composants des scores peut être facilement critiqué. Ainsi, Paris Hilton obtient 3,3 millions de liens, même lorsqu’on lie son nom au mot «art». De plus, les résultats chez Google varient selon les serveurs sur lesquels la recherche est effectuée. Pour être plus efficace, j’aurais dû utiliser un outil de recherche qui fouille les différents centres de données de Google mais bon…

Au final, rien ne vaut une visite au musée pour laisser tomber le buzz et alimenter sa propre réflexion!