Jan 8th, 2009
Paris: Louvre, musée du Moyen Âge, musée du Luxembourg, musée Delacroix, église Saint-Sulpice et Pompidou

[Nicolaï Abildgaard, Philoctète blessé, 1774-1775, huile sur toile, Statens Museum for Kunst. (c) Statens Museum for Kunst]
Au Louvre, deux expositions temporaires ont attiré mon regard. D’abord, Abildgaard, 1743-1809 est consacrée au peintre Nicolaï Abildgaard, figure importante de la peinture nordique à la fin du XVIIe siècle. Si l’exposition permet de découvrir une figure artistique peu connue en dehors du Danemark, elle souligne également certaines faiblesses de cet artiste de la cour royale. Ainsi, La théologie, figure allégorique (c.1800) nous montre un visage féminin où les yeux louchent tandis que Richard III avant la bataille de Bosworth (1780-89) propose un raccourci de la cuisse droite bien maladroitement exécuté. Heureusement, des tableaux comme Philoctète blessé (1774-75) et sa pose torturée ou Cauchemar (c.1800) et son dialogue avec l’oeuvre de Füssli rattrapent l’ensemble.
Dans un tout autre ordre d’idée, le musée a proposé une sélection de dessins au compositeur Pierre Boulez qui en a choisi une vingtaine. Ce sont les notions du tout et de la partie, de la continuité et de la rupture et de l’oeuvre en suspens qui sont questionnées dans Pierre Boulez. Oeuvre: Fragment. Ce nouvel agencement des oeuvres de Kandinsky, Renoir, Degas et d’autres en fonction d’un oeil qui cherche l’inachevé permet une lecture enrichie et des comparaisons entre les artistes.
J’ai profité de ma visite au Musée du Louvre pour acheter mon billet pour la conférence Picasso Pastiche, selon Freud qu’y donnera Rosalind Krauss vendredi soir. Je vous tiendrai au courant. Le musée a également entrepris une vaste campagne de sensibilisation au processus de dation. Des panneaux informent les visiteurs de ce mode de paiement des impôts par transfert d’oeuvres d’art. Certains tableaux présents dans les collections du Louvre sont ainsi identifiés dans les différentes galeries, dont L’Astronome de Vermeer.

Visite ensuite de Celtes et Scandinaves - Rencontres artistiques VIIe - XIIe siècle au Musée national du Moyen Âge. Un peu courte et à l’étroit, l’exposition propose surtout de suivre la lente apparition des signes de la chrétienté dans les pays nordiques et celtiques. Un peu décevant. Lors de ma visite, la conservatrice du musée présentait leurs acquisitions récentes devant une foule bien attentive. Ne serait-ce pas là une excellente idée à importer dans nos propres musées?
Dans le cadre de l’exposition De Miro à Warhol. La collection Berardo à Paris, le Musée du Luxembourg propose plus de 70 oeuvres récemment acquises par un collectionneur privé pour doter le Portugal d’un fond important de pièces contemporaines. Comme à chaque visite au Luxembourg, je suis reparti à la fois heureux de ma visite, mais insatisfait de l’expérience vécue. Dans le cas présent, l’aspect disparate des oeuvres présentées empêche évidemment de tenir un discours unificateur. Certains artistes semblent figurer au générique par leur seule notoriété, comme la petite gouache de Picasso. La collection semble construite à partir de ce qui était disponible sur le marché, comme un who’s who du XXe siècle, sans réel désir de tenir un discours. Fait à signaler, on retrouve Abstraction (orange) de 1952 peinte par Jean-Paul Riopelle parmi les oeuvres choisies. La présence d’oeuvres portugaises par Lourdes Castro et Maria Helena s’est révélée une jolie découverte qui a piqué ma curiosité au sujet de l’art contemporain de ce pays. Pour en savoir plus, il est possible de visionner un extrait de la vidéo de l’exposition en ligne sur Great American Nude #52 par Tom Wesselmann, mais soyez prévenu que le narrateur parle très lentement.

[Devant le Musée national Eugène Delacroix]
Le coup de coeur de la journée est sans contredit l’exposition au Musée national Eugène Delacroix. Delacroix et la photographie retrace l’influence de l’apparition de ce nouveau médium dans la pratique du peintre. Plutôt que de se montrer rébarbatif à cette modification dans les façons de travailler, Delacroix a utilisé la photo pour réaliser des nus académiques, dont certains seront traduits en peinture. C’est ainsi qu’il a réalisé, avec Durrieu, deux séances avec des modèles pour réaliser un album d’une vingtaine de pages à partir duquel il créera de nombreux dessins et esquisses. Dans le cadre de cette exposition, toutes les photographies de cet album sont réunies, ainsi que des esquisses du peintre réalisées à partir de celles-ci. De plus, de nombreux portraits de Delacroix ont été tirés, parfois à son plus grand désarroi devant son air sévère. Un pur plaisir!

[Eugène Delacroix, Lutte de Jacob avec l'Ange]
Une visite éclair à l’Église Saint-Sulpice m’a permis de me rafraîchir l’oeil avec la Lutte de Jacob avec l’Ange, peinte par Delacroix.
La journée s’est terminée au Centre Pompidou pour voir trois expositions temporaires. Le Futurisme à Paris, Une avant-garde explosive propose d’explorer les liens entre les Italiens et les Parisiens. Simple, claire et facile à comprendre, l’exposition s’avère une excellente mise en bouche pour les amateurs d’art qui ne seraient pas familiers avec ce mouvement artistique. Entre autres, il convient de signaler la mise en commun (partielle) des oeuvres présentes à l’exposition des Futuristes italiens à la galerie Bernheim-Jeune & Cie en 1912, la toujours plaisante une du Figaro du 20 février 1909 avec son Manifeste du Futurisme, la mise en valeur du vorticisme anglais et des oeuvres importantes du cubofuturisme russe.
L’installation Champ de vision de Damián Ortega se consomme en un rien de temps, mais quelle expérience! L’artiste a placé des pastilles en plastique sur des filins allant en régressant vers le fond d’une grande salle. À son extrémité, un oculaire permet de découvrir une image insoupçonnée. Finalement, le designer Ron Arad propose des centaines d’objets aux lignes courbes qui surprennent par leurs formes non conventionnelles dans No discipline.
La suite prochainement.









