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[Nicolaï Abildgaard, Philoctète blessé, 1774-1775, huile sur toile, Statens Museum for Kunst. (c) Statens Museum for Kunst]

Au Louvre, deux expositions temporaires ont attiré mon regard. D’abord, Abildgaard, 1743-1809 est consacrée au peintre Nicolaï Abildgaard, figure importante de la peinture nordique à la fin du XVIIe siècle. Si l’exposition permet de découvrir une figure artistique peu connue en dehors du Danemark, elle souligne également certaines faiblesses de cet artiste de la cour royale. Ainsi, La théologie, figure allégorique (c.1800) nous montre un visage féminin où les yeux louchent tandis que Richard III avant la bataille de Bosworth (1780-89) propose un raccourci de la cuisse droite bien maladroitement exécuté. Heureusement, des tableaux comme Philoctète blessé (1774-75) et sa pose torturée ou Cauchemar (c.1800) et son dialogue avec l’oeuvre de Füssli rattrapent l’ensemble.

Dans un tout autre ordre d’idée, le musée a proposé une sélection de dessins au compositeur Pierre Boulez qui en a choisi une vingtaine. Ce sont les notions du tout et de la partie, de la continuité et de la rupture et de l’oeuvre en suspens qui sont questionnées dans Pierre Boulez. Oeuvre: Fragment. Ce nouvel agencement des oeuvres de Kandinsky, Renoir, Degas et d’autres en fonction d’un oeil qui cherche l’inachevé permet une lecture enrichie et des comparaisons entre les artistes.

J’ai profité de ma visite au Musée du Louvre pour acheter mon billet pour la conférence Picasso Pastiche, selon Freud qu’y donnera Rosalind Krauss vendredi soir. Je vous tiendrai au courant. Le musée a également entrepris une vaste campagne de sensibilisation au processus de dation. Des panneaux informent les visiteurs de ce mode de paiement des impôts par transfert d’oeuvres d’art. Certains tableaux présents dans les collections du Louvre sont ainsi identifiés dans les différentes galeries, dont L’Astronome de Vermeer. 

Visite ensuite de Celtes et Scandinaves - Rencontres artistiques VIIe - XIIe siècle au Musée national du Moyen Âge. Un peu courte et à l’étroit, l’exposition propose surtout de suivre la lente  apparition des signes de la chrétienté dans les pays nordiques et celtiques. Un peu décevant. Lors de ma visite, la conservatrice du musée présentait leurs acquisitions récentes devant une foule bien attentive. Ne serait-ce pas là une excellente idée à importer dans nos propres musées?

Dans le cadre de l’exposition De Miro à Warhol. La collection Berardo à Paris, le Musée du Luxembourg propose plus de 70 oeuvres récemment acquises par un collectionneur privé pour doter le Portugal d’un fond important de pièces contemporaines. Comme à chaque visite au Luxembourg, je suis reparti à la fois heureux de ma visite, mais insatisfait de l’expérience vécue. Dans le cas présent, l’aspect disparate des oeuvres présentées empêche évidemment de tenir un discours unificateur. Certains artistes semblent figurer au générique par leur seule notoriété, comme la petite gouache de Picasso. La collection semble construite à partir de ce qui était disponible sur le marché, comme un who’s who du XXe siècle, sans réel désir de tenir un discours. Fait à signaler, on retrouve Abstraction (orange) de 1952 peinte par Jean-Paul Riopelle parmi les oeuvres choisies. La présence d’oeuvres portugaises par Lourdes Castro et Maria Helena s’est révélée une jolie découverte qui a piqué ma curiosité au sujet de l’art contemporain de ce pays. Pour en savoir plus, il est possible de visionner un extrait de la vidéo de l’exposition en ligne sur Great American Nude #52 par Tom Wesselmann, mais soyez prévenu que le narrateur parle très lentement.


[Devant le Musée national Eugène Delacroix]

Le coup de coeur de la journée est sans contredit l’exposition au Musée national Eugène Delacroix. Delacroix et la photographie retrace l’influence de l’apparition de ce nouveau médium dans la pratique du peintre. Plutôt que de se montrer rébarbatif à cette modification dans les façons de travailler, Delacroix a utilisé la photo pour réaliser des nus académiques, dont certains seront traduits en peinture. C’est ainsi qu’il a réalisé, avec Durrieu, deux séances avec des modèles pour réaliser un album d’une vingtaine de pages à partir duquel il créera de nombreux dessins et esquisses. Dans le cadre de cette exposition, toutes les photographies de cet album sont réunies, ainsi que des esquisses du peintre réalisées à partir de celles-ci. De plus, de nombreux portraits de Delacroix ont été tirés, parfois à son plus grand désarroi devant son air sévère. Un pur plaisir! 


[Eugène Delacroix, Lutte de Jacob avec l'Ange]

Une visite éclair à l’Église Saint-Sulpice m’a permis de me rafraîchir l’oeil avec la Lutte de Jacob avec l’Ange, peinte par Delacroix.

La journée s’est terminée au Centre Pompidou pour voir trois expositions temporaires. Le Futurisme à Paris, Une avant-garde explosive propose d’explorer les liens entre les Italiens et les Parisiens. Simple, claire et facile à comprendre, l’exposition s’avère une excellente mise en bouche pour les amateurs d’art qui ne seraient pas familiers avec ce mouvement artistique. Entre autres, il convient de signaler la mise en commun (partielle) des oeuvres présentes à l’exposition des Futuristes italiens à la galerie Bernheim-Jeune & Cie en 1912, la toujours plaisante une du Figaro du 20 février 1909 avec son Manifeste du Futurisme, la mise en valeur du vorticisme anglais et des oeuvres importantes du cubofuturisme russe. 

L’installation Champ de vision de Damián Ortega se consomme en un rien de temps, mais quelle expérience! L’artiste a placé des pastilles en plastique sur des filins allant en régressant vers le fond d’une grande salle. À son extrémité, un oculaire permet de découvrir une image insoupçonnée. Finalement, le designer Ron Arad propose des centaines d’objets aux lignes courbes qui surprennent par leurs formes non conventionnelles dans No discipline.

La suite prochainement.

[Source: Georges Jansoone]

La chaine de télévision artv rediffuse le documentaire Le Business des musées le 3 octobre 2008 à 15h00. C’est l’occasion idéale de (re)voir cette émission si vous avez manqué sa diffusion dimanche dernier.

Le documentaire a été réalisé par Sylvain Bergère et Stéphane Osmont pour la chaîne française arte. Description:

Les musées sont-ils des marques exportables, et les oeuvres une monnaie d’échange? Depuis que le Louvre a décidé de s’implanter à Abou Dhabi, la polémique fait rage. Ce documentaire passionnant et iconoclaste explore les dilemmes de la muséographie contemporaine dans toute leur complexité.

Un vaisseau futuriste étincelant posé au coeur d’une vallée industrielle sinistrée : en 1995, le musée Guggenheim est le premier à s’exporter en ouvrant à Bilbao une antenne loin de sa base new-yorkaise. Avec son bâtiment titanesque conçu par l’architecte Frank O’Gehry et sa collection prestigieuse, il attire près d’un million de personnes par an, dont environ 70 % d’étrangers. La démonstration est faite : un établissement culturel prestigieux peut constituer un relais de croissance pour des territoires en mal de reconversion. Pourtant, lorsque le Louvre décide en 2007 d’ouvrir une succursale à Abou Dhabi, l’opinion s’insurge. Le musée serait-il en train de s’éloigner de sa mission d’origine, aveuglé par l’appât du gain? Et déjà on parle d’installer un Centre Pompidou à Shanghai, un British Museum à Pékin, un musée de l’Ermitage à Londres, Amsterdam, Las Vegas… 

Autre journée, autres musées.

Au Palais de Tokyo se termine demain l’exposition Superdome qui présente cinq espaces de création qui testent la notion d’oeuvre d’art. Christophe Büchel propose Dump, une pile de déchets dans laquelle plonge un tunnel métallique. Les visiteurs sont invités à le parcourir pour découvrir une maison de l’autre côté du tunnel. Malheureusement pour moi, les sessions de la journée étaient complètes…

Difficile de manquer l’oeuvre de Daniel Firman. Avec Würsa (à 18 000 km de la terre), il offre un éléphant surdimensionné se tenant sur la trompe. C’est à 18 000 km que l’artiste a calculé que le pachyderme serait en état d’apesanteur pour réaliser cet exploit.


[Daniel Firman, Würsa (à 18 000 km de la terre), 2008]

 


[Daniel Firman, Würsa (à 18 000 km de la terre) (détail), 2008]

Également présents sont Fabien Giraud & Raphaël Siboni avec Last Manoeuvres in the Dark, Arcangelo Sasolino avec Afasia 1 et Jonathan Monk avec Time Between Spaces. Ce dernier est également dans une exposition au Musée d’art moderne de la ville de Paris, voisin du Palais. J’y ai vu les oeuvres op’art de Bridget Riley et la rétrospective Peter Doig.

Le Musée Guimet se spécialise dans les arts asiatiques. On y retrouve une vaste collection d’objets de la Corée, du Vietnam, du Japon, de la Chine, du Cambodge… Certaines oeuvres graphiques sont également proposées, dont des dessins de Hiroshige que m’épatent toujours.


[Me tenant devant Montagnes et rivières sur la route de Kiso, Utagawa Hiroshige, 1857]

La journée s’est terminée au Musée national d’art moderne du Centre Pompidou. Outre les collections permanentes qui valent toujours le détour, des présentations temporaires sur Georges Rouault, le photographe Miroslav Tichý et l’Action Painting étaient exposées. Le Musée présentait ses grandes toiles dans le cadre des Abstractions gestuelles après 1945. Jackson Pollock accueille les visiteurs. J’ai eu le bonheur de voir une grande toile de Riopelle.


[Me tenant devant Chevreuse, Jean-Paul Riopelle, 1954]

Le tout s’est terminé par un beau coucher de soleil sur le toit du Centre Pompidou. Bonheur.


Dessin de Pierre Bourgault, présenté au Mois Multi 9

* Le Mois Multi 9 présente le volet automnal de son édition 2008.

* Le Sacré n’attire plus grand monde.

* Une suggestion de blogue qui ravira vos yeux.


Bronzes retrouvés à Vancouver [Photo: Vancouver Police Department]

* Divers bronzes volés dans les parcs de la région de Vancouver sont retrouvés

* Des  vandales brisent un vitrail de Marc Chagall en cambriolant la cathédrale de Metz.

* Les milieux de la technologie et de l’art sont entrés en collision cette semaine. Un photographe a été expulsé du San Francisco Museum of Modern Art pour utilisation illégale de sa caméra. J’ai toujours trouvé surprenant cette gêne nord-américaine des musées face aux photographes, le milieu de l’art s’étant développé grâce à la copie

* Le musée Guggenheim de Bilbao (partie basque de l’Espagne) a perdu des millions à cause des taux de change fluctuants.