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L’installation temporaire Le Club est une commande de la Société du 400e pour souligner l’anniversaire de fondation de la ville de Québec. Symptomatique du manque de profondeur historique de ces célébrations, le trio de concepteurs a mis l’accent sur l’aspect ludique en évacuant toute référence à l’événement célébré.

Elle est plaisante, au premier coup d’oeil, l’installation imaginée par Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière qui sont regroupés sous le collectif bgl. La partie la plus visible de la création artistique est constituée de centaines de carrés bleus. Attachés à des dizaines de filins, ils sont suspendus entre les quais Noah et Renaud 1 dans le bassin Louise. Extrêmement mobiles, ils s’activent au gré du vent dans une cadence continue. Les artistes réussissent à créer un mouvement qui s’apparente à l’ondulation aquatique.


Figure 1. bgl. Le Club [vue de l’installation]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Comme le dirait Gombrich, toutes les conditions de l’illusion sont réunies [1]. En jouant sur les attentes des spectateurs, bgl parvient à tromper l’oeil. Bien malin le passant qui détectera au loin qu’il est en présence d’une oeuvre d’art. L’ondulation modérée des cartons bleus donne l’impression d’observer la surface de l’eau, comme si le niveau de ce bassin était plus élevé que dans ses voisins. L’effet est encore plus spectaculaire le soir, un moment où les repères visuels permettant de briser le mensonge sont plus effacés. Ce n’est qu’en s’approchant de très près que le spectateur s’aperçoit de la fourberie.


Figure 2. bgl. Le Club [détail de la plateforme]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Au bout de cette mer faite de plastique coloré se trouve la seconde partie de l’installation. Le visiteur est invité à descendre sur une plateforme dans un espace qui donne son nom à l’oeuvre. Dans ce club particulier, il se retrouve au milieu de vélos stationnaires disposés autour d’une table centrale. Plusieurs coupes de champagne vides ont été placées en son centre. Interactif, Le Club demande aux passants de participer à l’expérience en pédalant sur ces équipements d’exercice. En dépensant ainsi de l’énergie, ils activent une pompe qui puise l’eau du bassin pour la faire couler généreusement dans les verres.

En procédant de cette façon, Jasmin Bilodeau annonce que le groupe désire souligner que « [l]’eau est une richesse au Québec mais on ne bouge pas beaucoup [2]». bgl espère illustrer ce problème d’une façon ludique, en impliquant les passants. Les ambitions sont grandes, le trio déclarant vouloir « intéresser le public et […] espérer un mouvement des gouvernements [3]» dans le dossier de l’eau.

Du même souffle, les artistes se félicitent d’avoir créé une oeuvre sur commande pour les Fêtes du 400e anniversaire de Québec sans intégrer de composante historique [4]. Ils mettent l’accent sur le côté contemporain de leur installation et sur la liberté dont doivent jouir les artistes, même lorsqu’ils répondent à une commande. En ce sens, il n’est pas anodin que cette oeuvre soit localisée devant le principal lieu de rassemblement des festivités.

Les artistes composant bgl sont clairement engagés dans une politique de revendication sociale. Leur travail, outre son caractère ludique, doit se décoder comme une dénonciation du gaspillage des ressources naturelles. À cet égard, ils considéreraient la création d’une installation similaire au Club mais en utilisant du pétrole [5].

Ce qui surprend c’est le plaisir avec lequel le trio opte de se concentrer sur un thème à saveur écologiste plutôt que sur l’histoire de la ville de Québec dans le cadre de cette commande. À la conférence de presse, c’est un sourire aux lèvres que Nicolas Laverdière a souligné ce fait. En choisissant de défendre une cause environnementale, les artistes s’engagent sur la voie du consensus puisque la protection de l’eau au Québec n’est pas un enjeu déchirant. Il aurait été intéressant de les voir intégrer la controversée question historique dans leur oeuvre, ne serait-ce que pour observer comment leur talent se serait exprimé. Ils semblent croire que la modernité doit évacuer le passé plutôt que de s’en servir comme tremplin.

Ce manque de profondeur possède ses limites. Depuis son inauguration en juin, l’installation connaît des ratés à cause de sa grande fragilité. Ainsi, la plateforme où reposent les vélos est interdite d’accès. L’oeuvre a perdu son message social. Il ne reste au spectateur que la vue des carreaux bleus flottant au gré du vent, doux rappel que les mécanismes les plus simples sont souvent les plus efficaces.

Somme toute, le visiteur est placé devant une oeuvre au caractère ludique amputé mais qui possède une valeur esthétique certaine. L’absence de lien avec l’anniversaire de la ville de Québec est un bel exemple de la vision anhistorique des célébrations du 400e dans le bassin Louise.

- INFORMATIONS PRATIQUES

  • C’est votre dernière chance de voir Le Club à l’Espace 400e. L’oeuvre est proposée au bassin Louise jusqu’au 28 septembre 2008. [détails]
  • C’est gratuit!
  • Prenez quelques secondes pour voir La Grande Croix - L’embarcation de farine de Pierre Bourgault au quai voisin. [détails]

- NOTES -

  1. E. H. Gombrich, L’Art et l’illusion, Paris, Phaidon, 2002, p. 174.
  2. Hubert Lapointe, « Pédaler pour réfléchir », Canoe, [en ligne], 14 juin 2008.
  3. Sébastien Hudon, « Pied de nez marin », Voir (Québec), [en ligne], 19 juin 2008.
  4. Lapointe, Ibid.
  5. Hudon, Ibid.

[Pêche interdite/No Fishing, Thierry Arcand-Bossé, 2008, Québec]

Les efforts pour améliorer les alentours des bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency se poursuivent dans le quartier Saint-Roch de Québec. La destruction de deux bretelles a libéré de l’espace, sur lequel un nouveau parc sera aménagé, le parc Xi’an.

Depuis juin, des plaques d’égout décorées par des artistes québécois y sont visibles. Ces oeuvres d’art sont ainsi intégrées au mobilier urbain de la ville. 


[Futur parc Xi'an, 2008, Québec]

L’organisme à but non lucratif Folie/Culture est à l’origine de cette initiative originale. Lors d’un billet précédent, j’avais visité l’atelier de Paryse Martin qui m’avait montré le dessin préparatoire de sa plaque. Le résultat concret se révèle aussi heureux que le laissait suggérer l’esquisse.


[Esquisse de Quand la nature fait naître des fictions, Paryse Martin, 2008, Québec]


[Quand la nature fait naître des fictions, Paryse Martin, 2008, Québec]

Le saviez-vous? L’organisme Folie/Culture « poursuit un travail d’information, de sensibilisation et de promotion en santé mentale. Il organise des événements faisant appel à des pistes de recherche inusitées tout en suscitant la réflexion sur des questions sociales douloureuses. »


[Dérapage, Cooke-Sasseville, 2008, Québec]

L’idée d’intégrer une pelure de banane sur des éclats de rire et d’intituler le tout Dérapage fait sourire. Notons que Cooke-Sasseville semble avoir un été chargé! Le duo participe également à la Triennale du Musée d’art contemporain de Montréal et à Québec Gold qui se déroule dans la ville de Reims.

Il est possible de télécharger une carte du circuit en visitant le site Internet de Folie/Culture. J’ai également préparé un itinéraire sur Google Maps.


[Itinéraire Google Maps]


[Prière d'écraser, François Chevalier, 2008, Québec]

Le saviez-vous? Le parc Xi’an tire son nom de la rue du même nom. Elle marque l’emplacement de l’ancien quartier chinois de Québec, ravagé par la construction de l’autoroute. La ville de Québec a une entente de coopération avec la ville chinoise de Xi’an depuis 1999. [en savoir plus]


[Cité suspendue, Laurent Gagnon, 2008, Québec]

Il aurait été intéressant que les artistes soient identifiés sur les plaques. À tout le moins, un panneau indiquant aux passants l’intention derrières ces objets inusités permettrait de communiquer les intentions de l’organisme à un plus grand public. De plus, l’absence de titre enlève un niveau de lecture qui ajoute au plaisir de lecture des oeuvres.

Finalement, la rouille qui est apparue rapidement sur les plaques m’interpelle: est-ce que ces oeuvres sont permanentes ou seront-elles retirées à la fin de l’année? Un article laisse entendre qu’elles seront en place jusqu’à la fin de leur durée de vie utile. L’organisme Folie/Culture déclare que l’exposition se termine le 31 décembre 2008. Dans tous les cas, il me semble que leur durée de vie utile sera relativement courte…


[Vertigo, Jacques Samson, 2008, Québec]

Il est difficile de parler de cette exposition sans mentionner la censure dont a été victime Martin Bureau. En effet, son dessin de la reine Elisabeth II afflubée d’une tête de caribou a été censurée par la fonderie Bibby Sainte-Croix (une filiale de McWane localisée en Alabama) et par la ville de Québec. Si l’artiste a voulu « faire jaser », il semble que les « casseux de party » ne soient pas appréciés dans la Vieille-Capitale. La censure s’est donc déroulée sans soulever de tollé.

L’exposition Regards fous est présentée sur la rue Saint-Vallier, sous les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, jusqu’au 31 décembre 2008. L’initiative est un événement officiel du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec.

Pour en savoir plus:
* Mon billet sur l’esquisse de Paryse Martin
* Mon billet sur la décoration des plaques d’égout
* Mon itinéraire sur Google Maps
* Le site de l’organisme Folie/Culture
* La carte officielle pour repérer les oeuvres
* Des photographies prises lors de l’inauguration en juin 2008
* Un article de Voir avec des photos des artistes
* Canoe parle de la censure dont Martin Bureau est victime