Dec 31st, 2008
5 occasions ratées lors du 400e de Québec
Alors que le rideau tombe sur cette fin d’année 2008, les félicitations fusent de toutes parts pour remercier l’équipe en charge des célébrations du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec.
Sans vouloir nier que ces célébrations aient connu un succès populaire, il me semble approprié en cette fin d’année d’explorer ce qui aurait pu être mieux fait. En ce sens, je présente mon palmarès des cinq occasions manquées lors de ces festivités.
5. Le Louvre à Québec au Musée national des beaux-arts du Québec
L’événement est exceptionnel: le Musée national des beaux-arts du Québec a accès aux collections des neufs départements d’un des plus grands musées du monde. Que faire avec cet accès privilégié? Une exposition banale et sans lien direct avec la ville célébrée. Déception.
Alternative: Pourquoi ne pas avoir tenté de dresser un portrait de la scène artistique internationale en 1608, au moment de fondation de Québec? Voir ce qui se passait dans le classicisme européen, dans les Amériques et dans le monde islamique aurait été porteur et instructif.
4. Le cadeau de la France à la ville de Québec
À brûle-pourpoint, seriez-vous capable de me dire en 10 mots quel est le cadeau de la France pour le 400e anniversaire de fondation de la ville la plus importante de la Nouvelle-France? Allez, allez, faites travailler votre mémoire. Vous ne trouvez toujours pas? Les Français ont rénové la maison Baillairgé à côté du Séminaire pour y installer le Centre de la francophonie des Amériques. Génial, surtout que la page d’accueil du Centre nous interpelle avec une carte anglophone de Google dès notre arrivée sur le site Internet.
Alternative: Pourquoi la France n’a-t-elle pas sorti les documents rattachés à la Nouvelle-France de ses archives pour les offrir au Québec? Par exemple, on aurait pu profiter de cette occasion pour donner au Québec les plans que Chaussegros de Léry a réalisés en Nouvelle-France tout au long de sa carrière en Amérique. Le personnel de recherche d’ici pourrait travailler plus facilement à mettre ces documents en valeur. Visitez le site Internet du Centre des archives d’outre-mer pour avoir une idée de certains documents que la France aurait pu nous offrir.
Si vous désirez en savoir plus sur les tractations diplomatiques entre le Canada, le Québec et la France autour de la présence française durant les festivités, je vous invite à lire cet excellent billet sur le blogue du journal Le Monde.

[Plan-relief de Duberger et By (détail), 1806-1808]
3. La construction du plan-relief de 2008
Autour de 1808, un arpenteur à l’emploi de la ville de Québec et un ingénieur militaire mettent en branle une initiative personnelle: construire un plan-relief (maquette) de Québec. La ville est à la veille de subir des transformations urbanistiques importantes car les tensions avec les États-Unis s’accentuent. Leur plan-relief existe toujours et il est exposé au Parc-de-l’Artillerie, à côté de la porte Saint-Jean.
Si le plan-relief était d’abord destiné à un usage militaire, sa valeur documentaire aujourd’hui est indéniable. Cette prise de vue de la ville à un moment précis de son histoire prouve sa pertinence dès qu’on cherche à s’imaginer le monde en trois dimensions.
Si Québec possède une maquette reflétant l’état des lieux en 1808, n’eût-il pas été agréable de léguer aux générations futures un état des lieux de la ville en 2008? Il aurait été possible de mobiliser la population autour de ce projet, en permettant aux citoyens de s’identifier à côté de leur résidence et de fournir des photographies de leur maison, par exemple. De plus, une fois la nouvelle maquette réalisée, des correspondances avec l’ancienne auraient été possibles, pour le bonheur des grands et des petits.
2. Cesser l’affront du temps sur certains bâtiments
En Nouvelle-France, c’est dans la maison de l’intendant que se réunit le Conseil Supérieur pour parler des affaires de la province. Pour cette raison, on la nomme Palais. C’est un lieu hautement symbolique, qui n’a pas été abîmé par les batailles de la Conquête. Cependant, il est désaffecté puisque le Roi de France cède la place aux Britanniques. En 1775, il est en ruines et ses vestiges vont subsister jusqu’en 1870. C’est le site de l’îlot des Palais, en bas de la Côte du Palais. Si, au moins, les dommages du temps ont été freinés, qu’arrivera-t-il de ce lieu hautement symbolique? Les archéologues se questionnent.

[église Saint-Vincent-de-Paul, vue arrière]
La façade de l’église Saint-Vincent-de-Paul est érigée comme un monument à l’incapacité des administrations et des gouvernements à faire respecter leurs règlements sur le patrimoine culturel. Au promoteur immobilier, j’ai envie de rappeler que personne ne visite le Vieux-Québec pour voir un hôtel; il faut une raison pour se déplacer dans la Vieille-Capitale et payer 175$ par nuitée. Aux gouvernements, j’ai envie de demander: quel autre projet occupe tellement votre temps que vous ne pouvez trouver une solution à celui-ci?
À l’ombre des remparts, à deux pas de la porte Saint-Jean, derrière le bar Chantauteuil se trouve l’École Nationale, une institution protestante pour orphelins (NOPPEN et al., Québec, trois siècles d’architecture, p. 350). Construite en 1822, il s’agit d’une institution importante pour les anglophones qui a été agrandie en 1842. Le bâtiment a ensuite été vendu aux Jésuites avant d’être transformé en bar. Aujourd’hui, il est désaffecté, attendant une mort lente.

[Manège militaire]
Dernier en lice, le Manège militaire, ravagé par un incendie au printemps 2008. Construit par le même architecte qui a réalisé l’Hôtel du Parlement de Québec, Eugène-Étienne Taché, il est conçu dans un style château français complètement anachronique. Un flottement persiste autour de la vocation future de ce bâtiment fédéral à quelques pas de la législature provinciale.
Soulignons finalement que les trois premiers bâtiments font partie de l’Arrondissement historique du Vieux-Québec tel que présenté à l’UNESCO.
Aucun engagement formel n’ayant été pris à l’égard de ces immeubles, l’inquiétude est de mise.
1. Célébrer l’histoire de Québec et de la Nouvelle-France
Est-ce un symptôme du peu d’intérêt que les Québécois portent à la question identitaire ces jours-ci? Est-ce une tendance lourde de la société post-moderne où les enjeux nationaux sont mis au rencart pour se concentrer sur le plaisir personnel? Est-ce un résultat de la présence d’un gouvernement fédéraliste à Québec? Peu importe la raison, il demeure indéniable que les célébrations entourant le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec avaient une bien faible profondeur historique.
Comment peut-on accepter que la fondation de Québec ait été récupérée pour servir de point d’ancrage du Canada coast-to-coast? Avec placidité, les Québécois et les Québécoises ont accepté qu’un moment important de leur histoire collective soit revu et corrigé selon une grille de lecture politique. Cela s’appelle du révisionnisme.
Pourquoi certains artistes sont-ils si heureux de faire un pied-de-nez à l’histoire? Pourquoi la fierté d’être décroché de l’histoire est-elle ainsi valorisée? Il n’est pas question d’embrigader les artistes pour défendre une cause qui ne leur semble pas importante, mais de se demander pourquoi l’histoire s’efface-t-elle autant de leurs préoccupations artistiques.
Comment critiquer la présence inconcevable de Paul McCartney pour célébrer la consolidation de la Nouvelle-France sans passer pour le pire des chiâleux? N’existe-t-il pas d’espace critique au Québec pour ramener les pendules à l’heure et rappeler que l’événement célébré n’est pas le Festival d’été élargi de 2008, mais bien le 400e anniversaire de fondation de Québec? Quel est le rapport entre l’artiste et l’événement?
J’ai espoir, tant que certains irréductibles lutteront contre ce lent mouvement d’effacement historique.
En ce sens, sans aborder la question politique, il me semble que les célébrations entourant le 400e auraient pu servir de point d’ancrage pour tous les francophones d’Amérique du Nord. Rappeler à nos puissants voisins au sud de la frontière l’importance de la Nouvelle-France dans la fondation de Détroit, Saint-Louis, la Nouvelle-Orléans aurait pu créer des liens nouveaux autour d’un passé partagé.
Entendre Daniel Gélinas, sur les ondes de Radio-Canada hier, faire le bilan du 400e en soulignant que l’événement a permis de montrer sur la scène internationale que la ville de Québec pouvait accueillir les grandes vedettes, voilà qui augure bien pour son Festival, mais qui laisse l’historien en moi bien songeur.
En terminant, j’aimerais souhaiter à mes 5000 lecteurs de bonne célébrations autour de l’arrivée de l’année 2009. Je conserverai ce blogue aussi actif durant l’année qui vient, tout en veillant à l’ajout de nouveaux services.
Marc























