Archive for the tag 'autochtones'

* L’exposition Actions : comment s’approprier la ville au Centre canadien d’architecture (CCA) a fait parler d’elle sur ArtDaily.

* Radio-Canada propose un reportage visuel sur C’est arrivé près de chez vous. L’art actuel à Québec au Musée [...] du Québec. C’est aussi divertissant qu’une lecture des petites caractères d’un contrat d’assurances.

* Les films du Wakiponi mobile sont maintenant disponibles sur le site de l’ONF. Les oeuvres ont été créées par de jeunes autochtones dans un studio vidéo ambulant.

* Ces temps-ci, huit films québécois sont présentés à San Francisco

* Christine Saint-Pierre sera-t-elle de nouveau la Ministre de la Culture du Québec?

* La musique, instrument de torture.

* L’exposition Jeff Koons au Château de Versailles trouble certains partisans de la royauté française.

* Les chiffres pour les expositions de l’automne à Paris commencent à être publiés. Les moyennes sont bonnes pour Picasso, Emil Nolde (Expressionnisme allemand au Grand Palais), Van Dyck et Jeff Koons.

* Un reportage web de 8 minutes avec des entrevues exclusives sur Art Basel Miami qui s’est déroulée cette semaine. La crise financière s’est répercutée sur cette foire de l’art contemporain.

* Seriez-vous capables de perdre une sculpture de 38 tonnes? C’est pourtant l’exploit qu’a réalisé le musée Reina Sofia de Madrid en «égarant» une oeuvre monumentale de Richard Serra. L’artiste a consenti à fondre une nouvelle version de la sculpture. L’aspect le plus troublant de cette histoire: si l’oeuvre originale est retrouvée, elle sera détruite. Un bel exemple qui permet de questionner la notion d’authenticité d’une oeuvre…

* Une conférence de Flavie Durand-Ruel sur son arrière-grand-père Paul Durand-Ruel est disponible sur le site de Connaissances des Arts. Dans la même veine, on trouve un extrait d’une communication de Jean-Michel Leniaud sur la notion de patrimoine.

La sculpture La Grande Croix – Embarcation de farine est placée sous le thème de la rencontre entre les Premières Nations et les Français. Cette oeuvre a été créée pour faire suite à une commande pour les Fêtes du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec. L’artiste Pierre Bourgault a profité de cette occasion pour souligner les échanges importants entre les nations autochtones et les premiers colons.

Figure 1. Pierre Bourgault. La Grande Croix – Embarcation de farine. 2008. [Le cormoran déployant ses ailes ne fait pas partie de l’installation]

En se remémorant quelques aspects du commerce entre Micmacs et Français, il est possible de saisir avec plus de finesse le travail de Bourgault. Ainsi, dans les premières années de contact entre ces deux civilisations, les échanges commerciaux se faisaient grandement en faveur des pays européens [1]. Outre la farine, des fèves, outils et vêtements étaient fournis aux nations autochtones. En lien avec la conception micmaque de l’univers, ces biens étaient investis d’une connotation spirituelle. Puisque les Français arrivaient accompagnés de leurs croyances religieuses et de leurs habitudes de vie, les objets qu’ils commerçaient acquéraient une dimension insoupçonnée.

Les ravages sur l’organisation sociale traditionnelle furent destructeurs. Les Micmacs abandonnèrent rapidement leur système philosophie dans lequel ils se considéraient comme membres de l’écosystème global. Un peu naïfs, encouragés par les colons, menacés par des maladies infectieuses dévastatrices, ces Amérindiens commencèrent à chasser le gibier d’une façon abusive. La traite de la fourrure prit son envol tandis qu’une culture périclitait.

Du point de vue de la légende innue, la rencontre avec les Français s’est développée autour du commerce de la farine [2]. Les Anciens rapportent qu’il existe un avant et un après farine. Ce Traité de la farine serait une entente entre les deux nations, cet aliment fournissant aux chasseurs amérindiens la nourriture nécessaire pour subvenir à leurs besoins lorsque le caribou se faisait plus rare.

Le visiteur qui déambule dans l’Espace 400e ne peut manquer cette sculpture située entre les quais Buteau et Noad dans le bassin Louise. Sa forme de croix se détache nettement de la surface de l’eau qui agit comme toile de fond. Ce symbole de chrétienté est couché plutôt qu’être suspendu, comme il est usuel de le présenter. Cette transgression n’est pas anodine lorsqu’on considère la dépossession du territoire s’étant réalisée au cours des quatre cents dernières années avec le crucifix au bout des bras. Il s’agit d’un subtil rappel historique, d’un marquage du lieu avec le symbole.

La forme cruciforme est obtenue en utilisant une embarcation en aluminium dans laquelle sont placés des contenants vides d’eau de source. Au centre est disposé un panneau solaire qui fournit de l’énergie aux ampoules, le soir venu. De la farine se retrouve dans certains bidons. Cette information aide à rattacher l’installation au Traité de la Farine. L’utilisation de ces matériaux permet de faire un rappel subtil entre la commercialisation de l’eau et le fleuve Saint-Laurent sur lequel la sculpture flotte. Lorsqu’on considère que les bidons sont vides et qu’on trouve de la farine en leur sein, la symbolique est puissante : les porteurs de croix ont dépossédé le pays de l’eau à des fins commerciales en présentant des miettes en échange.

Ce travail d’art public est accompagné par un panneau explicatif qui est le bienvenu. Il permet aux vacanciers de plonger dans l’oeuvre à l’aide de quelques pistes. 

Il serait surprenant que cette oeuvre marque le grand public, car son propos demeure subtil. On croira plutôt que les passants trouveront cocasse de voir des bidons vides d’eau entre deux quais, placés en forme de croix. Étant peu familiers avec l’histoire de la relation entre les Autochtones et les Européens, ils liront la notice sans trop se poser de questions, continuant joyeusement leur chemin. Au-delà de l’aspect esthétique de son œuvre, le mérite de Pierre Bourgault consiste à installer la présence des Premières Nations en plein cœur des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec (Cépèg en Micmac). Dans un événement critiqué pour son caractère anhistorique, il s’agit d’un exploit digne de mention.

- INFORMATIONS PRATIQUES -

  • L’installation La Grande Croix - Embarcation de farine est proposée dans l’Espace 400e de Québec jusqu’au 28 septembre 2008. [détails]
  • Il n’y a aucune frais d’admission.

- NOTES -

  1. Calvin Martin, «The European Impact on the Culture of a Northeastern Algonquian Tribe: An Ecological Interpretation», The William and Mary Quarterly, [en ligne], vol. 31, no. 1 (janvier 1974), p. 4-26 (site consulté le 15 août 2008).
  2. Panneau explicatif accompagnant l’installation.