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Projet de maîtrise en histoire de l'art

Exposer l’art moderne français à Montréal en 1906 et 1909 : enjeux et points de vue.

 Dans le cadre de notre étude, nous proposons de documenter, d’analyser et de comprendre deux expositions majeures de peinture moderne française du XIXe siècle, présentées à Montréal en 1906 et 1909. Pour y arriver, nous aborderons le projet selon deux mises en contexte, soit replacer la présence de l’art moderne français à Montréal dans une perspective historique et situer la place de Montréal dans la dynamique du marché international de l’art.

 D’abord, nous préciserons la présence de l’art moderne français à Montréal avant ces expositions. Ainsi, nous commencerons par relever que le goût des collectionneurs de la métropole canadienne est dominé jusqu’en 1910 par les œuvres en provenance des Écoles de Barbizon et de La Haye[1]. Ces tableaux sont les valeurs montantes du marché. Cependant, nous observerons que la peinture moderne française fait des incursions remarquées. Monet, Degas, Renoir et Raffaëlli sont présents dans les collections avant 1892[2]. En mai 1895, ce dernier peintre donne une conférence sur l’Impressionnisme dans le cadre d’une tournée nord-américaine de neuf villes, obtenant un écho favorable dans la presse[3]. L’année suivante, Brymner exprime son opinion sur ce mouvement artistique, signe d’un intérêt local pour cette façon de peindre[4]. Chez les marchands d’art, W. Scott & Sons reçoit en 1892 une consignation de la Galerie Durand-Ruel de New York, proposant entre autres deux Monet, mais l’événement passe inaperçu dans les journaux[5]. Cependant, cette façon de procéder semble s’inscrire dans une tentative de tester le goût du marché local pour ce nouveau mouvement artistique[6]. En mettant en lien ces événements entre eux, nous alimenterons la première partie de notre étude.

 Ensuite, nous replacerons les collectionneurs de Montréal dans le système international d’achat d’œuvres d’art moderne français. Nous signalerons d’abord que la métropole, entre les années 1880 et 1920, a connu une période de prospérité économique qui a contribué à l’émergence de grandes fortunes issues de la finance et du chemin de fer[7]. Les collectionneurs d’œuvres d’art se sont multipliés, dépassant la centaine de noms pour une population d’environ deux cent cinquante mille habitants[8]. Du lot se détachent les Drummond, Van Horne, Angus et quelques autres qui réussissent à bâtir des collections importantes[9]. Ces collectionneurs à la fortune considérable font partie d’une génération pouvant passer outre aux marchands locaux pour s’alimenter directement sur les marchés internationaux de Paris, Londres et New York[10]. Leur réputation est si importante qu’un marchand londonien déclare en 1907 que les collections montréalaises sont parmi les meilleures au monde après celles des grandes capitales[11]. L’apparition de ces collectionneurs de premier plan ne peut faire autrement que stimuler l’intérêt des marchands d’art qui commencent à se déplacer à Montréal pour se rapprocher de leurs clients. Ainsi, les firmes européennes possédant des antennes nord-américaines multiplient les expositions sur le territoire montréalais entre 1902 et 1909[12]. Dans ce contexte, nous nous concentrerons sur la Galerie Durand-Ruel de New York pour tenter de situer les événements montréalais dans une stratégie globale de commercialisation de l’entreprise. Nous alimenterons notre réflexion en ce sens avec l’exemple de l’échec de l’imposante exposition de 300 œuvres par Durand-Ruel à Londres en 1905[13] et une recherche sur les activités de la galerie new-yorkaises à la même époque. L’ensemble de ces faits nourrira la seconde partie de notre étude.

 Finalement, il convient de signaler que jusqu’en 1988, un écrivain de l’art pouvait dire que la métropole n’avait pas connu de collectionneurs sérieux en se basant sur l’historiographie disponible[14]. Nous croyons que notre étude contribuera aux travaux récents cherchant à dissiper de telles considérations qui ne tiennent compte ni de la place historique de la peinture moderne chez les grands collectionneurs montréalais, ni de l’intérêt des marchands d’art envers ces acheteurs avisés.

Ce projet de maîtrise se fait sous la direction de monsieur Didier Prioul, professeur d’histoire de l’art à l’Université Laval (Québec). Il est appuyé par une bourse du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).


[1] Sicotte, Hélène. « L’implantation de la galerie d’art à Montréal : le cas de W. Scott & Sons, 1859-1914 : Comment la révision du concept d’œuvre d’art autorisa la spécialisation du commerce d’art ». Thèse de doctorat, Montréal, Université du Québec à Montréal, juillet 2003, 2 vol., p. 292.

[2] Ibid., p. 300.

[3] « Impressionism – The Subject of a Lecture by Raffaelli (sic), the Noted French Artist », The Gazette [Montréal], 3 mai 1895, p. 3.

[4] « Re Impressionism By Mr. W. Brymner, R.C.A. », The Gazette [Montréal], 12 mars 1896, p. 2.

[5] Sicotte, op. cit., p. 301.

[6] Ibid.

[7] Ibid., p. 366.

[8] Janet M. Brooke, Le Goût de l’Art. Les collectionneurs montréalais. 1880-1920, Catalogue d’exposition (Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, 8 décembre 1989 au 25 février 1990). Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, 1989, p. 12.

[9] Ibid.

[10] Sicotte, op. cit., p. 366.

[11] Brooke, op. cit., p. 16.

[12] Sicotte, op. cit., p. 164.

[13] John Rewald,, « Jours sombres de l’Impressionnisme », L’Oeil, no. 223, février 1974, p. 14-19.

[14] Brooke, op. cit., p. 15.

- BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE -

« Impressionism – The Subject of a Lecture by Raffaelli (sic), the Noted French Artist », The Gazette [Montréal], 3 mai 1895, p. 3.

« Re Impressionism By Mr. W. Brymner, R.C.A. », The Gazette [Montréal], 12 mars 1896, p. 2.

Brooke, Janet M. Le Goût de l’Art. Les collectionneurs montréalais. 1880-1920. Catalogue d’exposition (Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, 8 décembre 1989 au 25 février 1990). Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, 1989, 258 p.

Rewald, John. « Jours sombres de l’Impressionnisme », L’Oeil, no. 223, février 1974, p. 14-19.

Sicotte, Hélène. « L’implantation de la galerie d’art à Montréal : le cas de W. Scott & Sons, 1859-1914 : Comment la révision du concept d’œuvre d’art autorisa la spécialisation du commerce d’art ». Thèse de doctorat, Montréal, Université du Québec à Montréal, juillet 2003, 2 vol., 945 p.