Archive for the 'Installation' Category

Au cinéma, la scène est mythique: un monolithe noir apparaît, éclairé comme un monument divin, le tout accompagné par une musique orchestrale imposante. Il s’agit de la scène du film 2001: L’Odyssée de l’espace que tout le monde connaît. 

Erick d’Orion rend hommage au compositeur responsable de cette oeuvre sonore désormais classique, Györgi Ligeti. Dans Déréliction, il évoque ainsi la méditation et la contemplation face au néant. 

L’artiste a également crée une seconde oeuvre intitulée Radiations. En partant d’une anecdote sur les radiations émises par son téléphone cellulaire, l’artiste est parvenu à créer un appareil qui exploite cette matière brute et qui la transforme en son. Jouant sur la notion de vibration - également associée aux portables - il a monté une oeuvre sonore qui marie bols de cuisine en acier inoxydable, moteurs 12 volts et ondes électromagnétiques.

Ce travail sonore est présenté dans le cadre de la série Excavations sonores. Proposée par AVATAR du Complexe Méduse, il s’agit d’une création originale et complexe. Il est bien évident que l’ensemble demande un effort d’écoute pour un public qui n’est pas habitué à ce type de travail. Au premier abord, il semble facile de classer ce genre de travail dans la catégorie du bruit.

Pourtant, si on se laisse aller, qu’on ferme ses yeux et qu’on ouvre son esprit, le rythme nous envahit. Je vous invite à tenter l’expérience car les oeuvres sont disponibles sur Internet dans le site du Nom de la chose, Radiations les premières 18 minutes, Déréliction par la suite; cette seconde oeuvre est plus méditative.

En écoutant le travail d’Érick D’orion, on se laisse porter par sa cadence et son intensité. L’artiste crée un mouvement, il parvient à communiquer avec nous par le biais du son. À la limite, en jouant avec des moteurs qui font vibrer des culs-de-poule, il joue avec le coeur de l’entendeur. 

Ces oeuvres musicales sont tout sauf pépères. Elles demandent une ouverture, une curiosité face à l’exploration et à l’expérimentation. Il s’agit pourtant de musique d’ascenseur, en un sens, puisqu’elles sont jouées dans l’appareil élévateur du Complexe Méduse pendant le mois de novembre. C’est une expérience que je vous invite à vivre comme une installation sonore. La musique des autres ascenseurs vous semblera encore plus ennuyante.

Erick D’Orion a donné une conférence aujourd’hui sur sa participation aux Excavations sonores, à laquelle j’ai participé. Je fournis ici un extrait vidéo de cet événement - il s’agit du moment où l’artiste répond à ma question sur son inspiration pour ses oeuvres. Il faut me pardonner la qualité médiocre de l’enregistrement, mais elle s’améliore quelques secondes après le début de l’entretien. J’ai transcrit, sous la vidéo, l’essentiel des propos de l’artiste sur ses créations.

- « Quelle est l’inspiration des deux excavations sonores? »

- « Pour la première pièce, qui est Radiations, c’est un peu la réflexion dont je parle dans le vidéo. Je me suis aperçu que le téléphone cellulaire sur moi, ça fait des buzz. Du coup, c’est sûr que des réflexions se font. On est présentement à l’Université [Laval] et c’est wi-fi. Du coup, c’est une réflexion sur les radiations puis sur le rayonnement dans lesquels on est. Ça, c’est une partie. »

« La deuxième partie, Déréliction, c’est un hommage au compositeur Ligeti qui est une influence marquante pour moi. Ligeti, vous en avez entendu parlé, vous en avez écouté certainement, mais vous ne le saviez pas. C’est 2001: L’Odyssée de l’espace quand le monolithe arrive, l’espèce de composition, le chant choral hyper-abstrait - ça, c’est du Ligeti. On entend du Ligeti dans Eyes Wide Shut. Dans plusieurs films de Stanley Kubrick, on entend du Ligeti, qui est un compositeur majeur du 20e siècle. Il a fait également Poème pour 100 métronomes qui est une pièce qui dure dix minutes. Il a utilisé cent métronomes et il les a partis en même temps. »

« La pièce Déréliction, c’est un clin d’oeil à ma façon - j’aimerais avoir les prétentions de ressembler à du Ligeti, mais pas du tout - à son Requiem, mais également à la pièce Lontano (?) qui est un moment contemplatif. La pièce peut durer deux minutes comme elle pourrait durer cinq jours. C’est quelque chose où tu te laisses bercer. »


[Erick D'Orion]

« Dernièrement, quand AVATAR a mis la pièce sur le site, j’ai réécouté la pièce depuis peut-être un an et demi. C’est quelque chose comme processus créatif, quand tu es dans un projet et que tu ne sais même plus pourquoi tu le fais, que tu es écoeuré, et tu finis. À un moment donné, tu as comme envie de t’en débarrasser et de passer à autre chose. C’est là qu’habituellement, tu t’allumes une cigarette. [Rires] C’est le recul que ça te prend à un moment donné. Dans des oeuvres un peu plus ardues comme ça, c’est du temps que ça prend. »

« Donc, depuis qu’elle avait été composée, je ne l’avais pas réécoutée. Et puis paf!, je l’ai écoutée et j’ai fait: “Ah oui! C’est pour ça que je l’ai composée!” Cette pièce-là est vraiment un hommage à Ligeti. »

Notons finalement que l’artiste travaille également sur Autour de Duchamp, phase I, une installation mariant tourne-disques, hauts-parleurs et échiquier!

Liens utiles:
* Le site d’Érick D’Orion
* Le Nom de la chose, où on peut écouter ses Excavations sonores intitulées Radiations et Déréliction 
* Sur YouTube, Erick D’Orion présente la technique derrière Radiations
* Sur Ubu Web, Le Poème symphonique pour 100 métronomes de Lugeti 
* Sur Ubu Web, un documentaire de 64 minutes en français sur Lugeti

* L’artiste Erick D’Orion, dont l’Excavation sonore fait l’objet d’une installation chez Avatar, donne une conférence ce midi au local 3310 de l’immeuble de La Fabrique (Université Laval). Avis aux intéressés et intéressées!

* Les deux expositions sur le lien entre l’art contemporain et le rock’n'roll font du tapage à Montréal. La fréquentation est assez importante, ce qui augure un joli succès lorsque les projecteurs s’éteindront.

Carl Trahan - Le Langage et son double

Les travaux récents de Carl Trahan portent sur la transposition de la traduction dans le domaine des arts visuels. Par le dessin, il pose un regard sur la traduction en traitant de la notion du double, du miroir renvoyant une image légèrement altérée de l’original. Le document traduit mène une existence parallèle à sa source initiale, le souci de fidélité dans la translation vers une autre langue ne peut exclure l’apparition d’expressions imagées et inattendues, conférant, au nouveau document produit, une identité de « faux jumeau » et questionnant du même coup la paternité de l’œuvre : la relation entre l’auteur et le traducteur.

Titre emprunté à l’ouvrage de l’auteur bilingue Julian Green, Le Langage et son double est une exposition constituée de différentes séries réalisées au cours des trois dernières années. Chacune des pièces que nous présente Carl Trahan aborde la traduction sous un angle conceptuel en utilisant le dessin, qui par nature se rapproche de l’écriture, comme principal médium.

Carl Trahan vit et travaille à Montréal et à Berlin. Il expose son travail multidisciplinaire depuis 1994. Depuis 2005, son intérêt pour les contextes linguistiques étrangers l’ont amené à réaliser des projets de résidence en Allemagne, en Finlande ainsi qu’en France.

Cette exposition est présentée à la Grande Galerie de l’Oeil de poisson.

 

Frédéric Lavoie - Au 18, rue de l’Hôtel de ville

Frédéric Lavoie compose des récits sonores et visuels portant sur les rapports de co-existence entre humains et objets dans l’espace habité. Présentées sous forme de monobandes, d’installations, de photographies ou encore d’interventions sonores, les œuvres de Frédéric Lavoie manipulent les données spatio-temporelles afin de questionner le point de vue du regardeur et ses attentes perceptuelles. Il crée ainsi des situations qui proposent une vision du réel à la fois construite, tordue et plausible.

Dans ce processus de création, le couplage entre ce qui est entendu et ce qui est aperçu n’est jamais admis comme tel. Il fait l’objet d’une enquête qui se matérialise à travers des stratégies qui vont de l’arbitraire d’un système de classification à la réévaluation de certains codes du langage cinématographique. Finalement, la mise en scène du geste performatif et une sensibilité particulière aux parcours et aux déplacements contribuent également à l’élaboration des récits de Frédéric Lavoie.

Pour Au 18, rue de l’Hôtel de Ville, il s’est baladé dans un bâtiment à l’écoute de pianistes en répétition.

Frédéric Lavoie vit et travaille à Montréal et détient une maîtrise en Arts Visuels et Médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Au Québec il a notamment présenté son travail à la Galerie B-312 et à SKOL à Montréal ainsi qu’au Musée régional de Rimouski. Son travail a également été présenté lors de nombreuses manifestations vidéo internationales, entre autre en Croatie et en Colombie-Britanique. Frédéric Lavoie a remporté la bourse Plein-sud 2009 accordée par le centre d’exposition Plein sud de Longueuil et y présentera son travail en 2009.

Cette exposition est présentée à la Petite galerie de l’Oeil de poisson.

 

 

Francis Montillaud - Faux fini

Par ses vidéos et installations, Francis Montillaud se réapproprie certains langages dans l’intention avouée d’en détourner la signification. Il tente de provoquer des questionnements sur nos habitudes de vie en exploitant la représentation d’une société axée sur le divertissement et les différentes figures d’autorité qui en font partie. Par des procédés de corruption, il trafique le réel et en propose une relecture en insistant sur certaines de ses absurdités. Francis Montillaud s’intéresse aux différentes strates qui composent la société : à ceux qui commandent, à ceux qui exécutent, à ceux qui s’accrochent et à ceux qui décrochent.

À partir d’un enregistrement audio d’une leçon d’anglais, Francis Montillaud a réalisé une monobande dans laquelle il interprète les trois personnages de la leçon : le maître et ses deux élèves. En repositionnant de façon narrative ces dialogues irréels dont le but premier est l’apprentissage d’une langue seconde, il crée un récit où se côtoient contrôle, manipulation, naïveté, sadisme et paranoïa.

Francis Montillaud vit et travaille à Montréal. En 2003, il complétait un baccalauréat en Arts Plastiques de l’Université Laval à Québec. En 2007, Francis Montillaud présentait une installation dans le bassin de la Place des Arts à Montréal. Son travail vidéographique a été présenté au Canada, en France ainsi qu’au Maroc. Il a notamment pris part à la Manif d’art 3 à Québec en 2005.

Cette exposition est présentée à Entrée Vidéo de l’Oeil de poisson.

Les chiffres sont sortis pour l’exposition Sophie Caille à DHC / ART Fondation pour l’art contemporain. L’exposition gratuite Prenez soin de vous a connu un franc succès, avec 14 000 visiteurs en 4 mois et demi. [source: Le Devoir]

Les Journées de la culture 2008 ont lieu cette fin de semaine. C’est l’occasion de s’immiscer dans les coulisses d’organismes culturels ou de voir les expositions sous un jour nouveau. Voici une sélection des activités se déroulant à Québec les 26, 27 et 28 septembre 2008.

* Au Musée national des beaux-arts du Québec, l’artiste Paryse Martin créera avec le public une oeuvre collective en carton. [détails] [communiqué de presse]

* Le Centre de conservation du Québec ouvre ses portes, un événement rare! Découvrez les sept ateliers de restauration et démonstrations par des spécialistes : archéologie-ethnologie, meuble, métal, œuvre sur papier, peinture, sculpture et textile. Vendredi seulement! [détails]

* Dans le complexe Méduse, les différents organismes proposent:
  * Avatar : Visites des studios pour découvrir l’univers de l’art audio et des arts médiatiques et pour rencontrer les technologues avatariens. Aussi, participation à la création d’une œuvre d’art audio en utilisant l’ensemble des équipements et dispositifs logiciels disponibles. [détails
 * L’Oeil de Poisson : Conférence de Richard Martel pour découvrir cet artiste important de la scène internationale de la performance, mais aussi fondateur et directeur du Lieu, centre en arts actuels de Québec. Aussi, exposition d’œuvres de ce créateur. [détails]

* Revivez le 200e anniversaire de Québec en revoyant le plan-relief Duberger au Parc-de-l’Artillerie. Deux visites commentées ont lieu samedi. Réservation requise [détails]

 * Si la muséologie vous passionne, Muséo-Gestion va démontrer le savoir-faire déployé dans le cadre de l’exposition au Musée du Bon-Pasteur. [détails]

* Dans Limoilou, l’Atelier Trois cinquième ouvre ses portes. J’ai eu l’occasion de visiter cet atelier sympathique et je vous invite à pénétrer dans la création actuelle. Les artistes sont nombreux et travaillent des techniques variées. Ouvert dimanche, de 12h à 18h. [détails]

* Partez à la découverte des oeuvres d’art public sur le campus de l’Université Laval grâce à un rallye. [détails]

* L’archéologie du site Roberval-Cartier est mis en valeur dans le vieux Cap-Rouge. Dimanche, de 14h à 16h. [détails]

* Revoyez des vues aériennes de Sillery et Sainte-Foy à la bibliothèque Charles-H.-Blais. Dimanche, de 14h à 15h30. [détails]

* La Chambre blanche propose une visite commentée de son installation Forêts d’ifs par Eric d’Orion. [détails

* Si l’ébénisterie ancienne vous intéresse, c’est l’occasion de vous familiariser avec les techniques ancestrales de finition du bois à l’École d’Ébénisterie Artebois [détails] ou à l’Institut québécois d’ébénisterie [détails].

* La coop du Fargy ouvre ses portes et présente une quinzaine de sculptures de la ville de Québec. [détails]

* Le patrimoine religieux est à l’honneur dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste [détails] et Saint-Charles-Borromée [détails]. Le patrimoine architectural de la Gare du Palais est également mis en valeur [détails].

* Le centre hospitalier Robert-Giffard propose une exposition d’oeuvres d’art réalisées par des artistes aux prises avec un trouble de santé mentale. [détails

* Les galeries d’art sont nombreuses à proposer des discussions ou des démonstrations: Galerie Bécot [détails], Galerie du Trait-Carré [détails],  Galerie Magella-Paradis [détails], Galerie Jacques-Cartier [détails], Galerie des arts visuels de l’Université Laval [détails], Vidéo-femmes [détails].

* Des artistes proposent également de nombreuses démonstrations : Anouk Lacasse [détails], Gérard Boulanger [détails], Hélène Brodeur et Nicole Latouche [détails], Edmond Thériault [détails], Paule Bossé [détails], Mireille Racine [détails].

* L’atelier de céramique St-Elme propose une démonstration de vitrail, dimanche, de 13h à 16h. [détails]

* Cahier complet des activités
Des cahiers encartés ont été ajoutés dans plusieurs publications, dont certains hebdos régionaux de mercredi ou jeudi. Le Journal de Québec de samedi contiendra également le cahier.

L’installation temporaire Le Club est une commande de la Société du 400e pour souligner l’anniversaire de fondation de la ville de Québec. Symptomatique du manque de profondeur historique de ces célébrations, le trio de concepteurs a mis l’accent sur l’aspect ludique en évacuant toute référence à l’événement célébré.

Elle est plaisante, au premier coup d’oeil, l’installation imaginée par Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière qui sont regroupés sous le collectif bgl. La partie la plus visible de la création artistique est constituée de centaines de carrés bleus. Attachés à des dizaines de filins, ils sont suspendus entre les quais Noah et Renaud 1 dans le bassin Louise. Extrêmement mobiles, ils s’activent au gré du vent dans une cadence continue. Les artistes réussissent à créer un mouvement qui s’apparente à l’ondulation aquatique.


Figure 1. bgl. Le Club [vue de l’installation]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Comme le dirait Gombrich, toutes les conditions de l’illusion sont réunies [1]. En jouant sur les attentes des spectateurs, bgl parvient à tromper l’oeil. Bien malin le passant qui détectera au loin qu’il est en présence d’une oeuvre d’art. L’ondulation modérée des cartons bleus donne l’impression d’observer la surface de l’eau, comme si le niveau de ce bassin était plus élevé que dans ses voisins. L’effet est encore plus spectaculaire le soir, un moment où les repères visuels permettant de briser le mensonge sont plus effacés. Ce n’est qu’en s’approchant de très près que le spectateur s’aperçoit de la fourberie.


Figure 2. bgl. Le Club [détail de la plateforme]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Au bout de cette mer faite de plastique coloré se trouve la seconde partie de l’installation. Le visiteur est invité à descendre sur une plateforme dans un espace qui donne son nom à l’oeuvre. Dans ce club particulier, il se retrouve au milieu de vélos stationnaires disposés autour d’une table centrale. Plusieurs coupes de champagne vides ont été placées en son centre. Interactif, Le Club demande aux passants de participer à l’expérience en pédalant sur ces équipements d’exercice. En dépensant ainsi de l’énergie, ils activent une pompe qui puise l’eau du bassin pour la faire couler généreusement dans les verres.

En procédant de cette façon, Jasmin Bilodeau annonce que le groupe désire souligner que « [l]’eau est une richesse au Québec mais on ne bouge pas beaucoup [2]». bgl espère illustrer ce problème d’une façon ludique, en impliquant les passants. Les ambitions sont grandes, le trio déclarant vouloir « intéresser le public et […] espérer un mouvement des gouvernements [3]» dans le dossier de l’eau.

Du même souffle, les artistes se félicitent d’avoir créé une oeuvre sur commande pour les Fêtes du 400e anniversaire de Québec sans intégrer de composante historique [4]. Ils mettent l’accent sur le côté contemporain de leur installation et sur la liberté dont doivent jouir les artistes, même lorsqu’ils répondent à une commande. En ce sens, il n’est pas anodin que cette oeuvre soit localisée devant le principal lieu de rassemblement des festivités.

Les artistes composant bgl sont clairement engagés dans une politique de revendication sociale. Leur travail, outre son caractère ludique, doit se décoder comme une dénonciation du gaspillage des ressources naturelles. À cet égard, ils considéreraient la création d’une installation similaire au Club mais en utilisant du pétrole [5].

Ce qui surprend c’est le plaisir avec lequel le trio opte de se concentrer sur un thème à saveur écologiste plutôt que sur l’histoire de la ville de Québec dans le cadre de cette commande. À la conférence de presse, c’est un sourire aux lèvres que Nicolas Laverdière a souligné ce fait. En choisissant de défendre une cause environnementale, les artistes s’engagent sur la voie du consensus puisque la protection de l’eau au Québec n’est pas un enjeu déchirant. Il aurait été intéressant de les voir intégrer la controversée question historique dans leur oeuvre, ne serait-ce que pour observer comment leur talent se serait exprimé. Ils semblent croire que la modernité doit évacuer le passé plutôt que de s’en servir comme tremplin.

Ce manque de profondeur possède ses limites. Depuis son inauguration en juin, l’installation connaît des ratés à cause de sa grande fragilité. Ainsi, la plateforme où reposent les vélos est interdite d’accès. L’oeuvre a perdu son message social. Il ne reste au spectateur que la vue des carreaux bleus flottant au gré du vent, doux rappel que les mécanismes les plus simples sont souvent les plus efficaces.

Somme toute, le visiteur est placé devant une oeuvre au caractère ludique amputé mais qui possède une valeur esthétique certaine. L’absence de lien avec l’anniversaire de la ville de Québec est un bel exemple de la vision anhistorique des célébrations du 400e dans le bassin Louise.

- INFORMATIONS PRATIQUES

  • C’est votre dernière chance de voir Le Club à l’Espace 400e. L’oeuvre est proposée au bassin Louise jusqu’au 28 septembre 2008. [détails]
  • C’est gratuit!
  • Prenez quelques secondes pour voir La Grande Croix - L’embarcation de farine de Pierre Bourgault au quai voisin. [détails]

- NOTES -

  1. E. H. Gombrich, L’Art et l’illusion, Paris, Phaidon, 2002, p. 174.
  2. Hubert Lapointe, « Pédaler pour réfléchir », Canoe, [en ligne], 14 juin 2008.
  3. Sébastien Hudon, « Pied de nez marin », Voir (Québec), [en ligne], 19 juin 2008.
  4. Lapointe, Ibid.
  5. Hudon, Ibid.

* Un nouveau site Internet à placer dans vos favoris: Cinéma Muet Québec propose des tonnes d’archives sur l’oeuvre cinématographique produit dans la nation entre les années 1896 et 1930. Films, textes et autres documents sont disponibles. Avec un nom barbare comme celui-là, il est certain qu’il s’agit d’une initiative subventionnée par le Gouvernement canadien!

* L’oeuvre La Grande Vague - La Mémoire de l’eau salée de Marc Lincourt va demeurer en France. La chronologie du refus de la Ville de Québec est décrite dans un article du Devoir.

* Les travaux de restauration du Guggenheim New York tirent à leur fin. L’extérieur blanc de l’immeuble sera utilisé comme espace de projection à chaque vendredi, d’ici la fin de l’année, par l’artiste Jenny Holzer.

À l’occasion de la Journée internationale de la paix, le Musée de la civilisation de Québec lance une invitation à allumer une bougie, posant ainsi un geste pour la paix.

Installation

1 000 soldates de la paix sont installées au Musée. Cette oeuvre collective, initiée par la sculpteure Claude Desjardins, est récipiendaire de la Médaille de la Paix du YMCA du Canada 2007. « Les Soldates de la Paix » est un mouvement international de pratique de la paix, non confessionnel et sans allégeance politique, ouvert à tous, hommes, femmes et enfants. 

Concrètement, le geste de chacun(e) prend la forme d’une oeuvre sculpturale en argile représentant une « Soldate de la Paix ». Par le pouvoir créateur et l’engagement, le geste favorise la prise de conscience face à notre pouvoir et notre responsabilité à créer la paix dans le monde et à intégrer cette conscience de plus en plus dans nos actions quotidiennes.

L’événement a lieu dans le hall du Musée le dimanche 21 septembre, de 11 à 17 heures.

La sculpture La Grande Croix – Embarcation de farine est placée sous le thème de la rencontre entre les Premières Nations et les Français. Cette oeuvre a été créée pour faire suite à une commande pour les Fêtes du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec. L’artiste Pierre Bourgault a profité de cette occasion pour souligner les échanges importants entre les nations autochtones et les premiers colons.

Figure 1. Pierre Bourgault. La Grande Croix – Embarcation de farine. 2008. [Le cormoran déployant ses ailes ne fait pas partie de l’installation]

En se remémorant quelques aspects du commerce entre Micmacs et Français, il est possible de saisir avec plus de finesse le travail de Bourgault. Ainsi, dans les premières années de contact entre ces deux civilisations, les échanges commerciaux se faisaient grandement en faveur des pays européens [1]. Outre la farine, des fèves, outils et vêtements étaient fournis aux nations autochtones. En lien avec la conception micmaque de l’univers, ces biens étaient investis d’une connotation spirituelle. Puisque les Français arrivaient accompagnés de leurs croyances religieuses et de leurs habitudes de vie, les objets qu’ils commerçaient acquéraient une dimension insoupçonnée.

Les ravages sur l’organisation sociale traditionnelle furent destructeurs. Les Micmacs abandonnèrent rapidement leur système philosophie dans lequel ils se considéraient comme membres de l’écosystème global. Un peu naïfs, encouragés par les colons, menacés par des maladies infectieuses dévastatrices, ces Amérindiens commencèrent à chasser le gibier d’une façon abusive. La traite de la fourrure prit son envol tandis qu’une culture périclitait.

Du point de vue de la légende innue, la rencontre avec les Français s’est développée autour du commerce de la farine [2]. Les Anciens rapportent qu’il existe un avant et un après farine. Ce Traité de la farine serait une entente entre les deux nations, cet aliment fournissant aux chasseurs amérindiens la nourriture nécessaire pour subvenir à leurs besoins lorsque le caribou se faisait plus rare.

Le visiteur qui déambule dans l’Espace 400e ne peut manquer cette sculpture située entre les quais Buteau et Noad dans le bassin Louise. Sa forme de croix se détache nettement de la surface de l’eau qui agit comme toile de fond. Ce symbole de chrétienté est couché plutôt qu’être suspendu, comme il est usuel de le présenter. Cette transgression n’est pas anodine lorsqu’on considère la dépossession du territoire s’étant réalisée au cours des quatre cents dernières années avec le crucifix au bout des bras. Il s’agit d’un subtil rappel historique, d’un marquage du lieu avec le symbole.

La forme cruciforme est obtenue en utilisant une embarcation en aluminium dans laquelle sont placés des contenants vides d’eau de source. Au centre est disposé un panneau solaire qui fournit de l’énergie aux ampoules, le soir venu. De la farine se retrouve dans certains bidons. Cette information aide à rattacher l’installation au Traité de la Farine. L’utilisation de ces matériaux permet de faire un rappel subtil entre la commercialisation de l’eau et le fleuve Saint-Laurent sur lequel la sculpture flotte. Lorsqu’on considère que les bidons sont vides et qu’on trouve de la farine en leur sein, la symbolique est puissante : les porteurs de croix ont dépossédé le pays de l’eau à des fins commerciales en présentant des miettes en échange.

Ce travail d’art public est accompagné par un panneau explicatif qui est le bienvenu. Il permet aux vacanciers de plonger dans l’oeuvre à l’aide de quelques pistes. 

Il serait surprenant que cette oeuvre marque le grand public, car son propos demeure subtil. On croira plutôt que les passants trouveront cocasse de voir des bidons vides d’eau entre deux quais, placés en forme de croix. Étant peu familiers avec l’histoire de la relation entre les Autochtones et les Européens, ils liront la notice sans trop se poser de questions, continuant joyeusement leur chemin. Au-delà de l’aspect esthétique de son œuvre, le mérite de Pierre Bourgault consiste à installer la présence des Premières Nations en plein cœur des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec (Cépèg en Micmac). Dans un événement critiqué pour son caractère anhistorique, il s’agit d’un exploit digne de mention.

- INFORMATIONS PRATIQUES -

  • L’installation La Grande Croix - Embarcation de farine est proposée dans l’Espace 400e de Québec jusqu’au 28 septembre 2008. [détails]
  • Il n’y a aucune frais d’admission.

- NOTES -

  1. Calvin Martin, «The European Impact on the Culture of a Northeastern Algonquian Tribe: An Ecological Interpretation», The William and Mary Quarterly, [en ligne], vol. 31, no. 1 (janvier 1974), p. 4-26 (site consulté le 15 août 2008).
  2. Panneau explicatif accompagnant l’installation.