Archive for the 'Festival' Category


[source: wikipedia.org]

* Le visiteur observe La Joconde pendant 25 secondes. Comment transformer cette expérience éphémère en rituel significatif? C’est l’une des questions soulevée lors de la Conférence internationale sur le tourisme culturel qui s’est tenue à Montréal la semaine dernière. Le site de Radio-Canada propose une série d’extraits sonores et un excellent dossier sur l’événement. 

* Le catalogue d’Intrus/Intruders [critique], l’exposition du Musée national des beaux-arts du Québec, est maintenant disponible. Si vous le trouvez dans la boutique en ligne du Musée, signalez-le-moi!

* L’exposition Yves Saint-Laurent du Musée des beaux-arts de Montréal a accueilli 140,000 visiteurs.

* Comme prévu, l’exposition Le Louvre à Québec [critique] continue d’être populaire. Le seuil du 400,000e visiteur a été franchi jeudi, le 2 octobre dernier. Hélène Lamoureux est l’heureuse élue.

* Parlant du Louvre, son antenne d’Abou Dhabi pourrait se garnir des réserves des autres musées sous le couvert de la protection des collections. Détails sur le site de La Tribune de l’art.

* Un million de personnes participent à la Nuit blanche de Toronto. Le collectif bgl avait une installation dans la Ville-Reine. 


[Image : Spiral Jetty, Robert Smithson, en date du 17 avril 2004, Wikipedia]

* Modern Art Notes a publié une série d’articles à lire sur la Spiral Jetty de Robert Smithson.

* Le marché de l’art suit les marchés boursiers: en baisse.

* Certains bateaux de croisière se transforment en musées flottants. Joan Blackman, de International Corporate Art, trouve les oeuvres et les place sur les paquebots de Royal Carribean. Les thèmes privilégiés? Eau, terre, feu, air. En 15 ans, c’est 100M$ en valeur qui s’est ajouté en oeuvres d’art, dont un Botero. [vidéo

* La villa Savoye de Le Corbusier a été réalisée en Lego!

Angela Grauerholz, La Bibliothèque, 1992. Photographie couleur, tirage cibachrome. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Il est facile de passer à côté de l’exposition Autour d’Angela Graeurholz proposée au Musée national des beaux-arts du Québec. Ainsi, les oeuvres ne sont pas mises en évidence. La majorité de l’exposition est accrochée dans les anciennes cellules de la vieille prison. Le couloir pour y accéder est sans issue. Pour aller voir le travail des artistes, il faut s’investir. Pour le comprendre, il faut également s’investir. Heureusement, cet investissement est récompensé.

Le travail de huit artistes compose le coeur de cette exposition. Ces oeuvres proviennent du Fonds national d’art contemporain de la France, « la plus grande collection internationale d’art vivant rassemblée en France [1]». Le Fnac possède 70,000 oeuvres qui sont rarement offertes au regard du public. Parfois, elles sont prêtées lors d’expositions, comme dans ce cas-ci.

Dans le cadre des fêtes célébrant le 400e anniversaire de Québec, le Fnac a proposé d’alimenter une exposition itinérante un peu particulière. Plutôt que d’avoir les mêmes oeuvres qui voyageraient d’un musée à un autre, ce sont des idées qui se sont promenées. On a voulu créer des dialogues entre Français et Québécois, établir des parentés et construire des connivences [2]. Ainsi, La Grande Traversée – horizons photographiques est un travail d’équipe entre des institutions de Brouage, La Rochelle, Rimouski, Gaspé, Rivière-du-Loup et Québec. À chaque fois, des oeuvres différentes du Fnac étaient proposées au regard des visiteurs, jamais les mêmes, jamais dans le même contexte.

Au Québec, le choix s’est porté sur le travail d’Angela Grauerholz, artiste établie à Montréal depuis 1976. À partir de deux de ses photographies gravitent sept artistes qui partagent une, deux, plusieurs approches dans leur travail. La commissaire de l’exposition, Agnès de Gouvion Saint-Cyr, a fouillé dans les archives du Fonds pour retrouver des oeuvres des artistes québécois issus de l’immigration. Ce faisant, elle a joué la carte de la grande traversée, du mouvement comme premier point commun. C’est ainsi que chaque cellule a été considérée comme un espace mental unique où un discours se tient, indépendant du discours de sa voisine, créant malgré tout un ensemble cohérent.

Pour apprécier l’exposition, il faut donc partir des oeuvres Grauerholz, se laisser inspirer par elles et chercher les intersections. Sinon, on risque de rester sur sa faim en s’arrêtant seulement sur l’esthétisme des photographies proposées. Heureusement, quelques pistes s’offrent à nous.

Angela Grauerholz, Landvermesser, 1992. Cibachrome couleur. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Avant de pénétrer dans le bloc cellulaire, le visiteur est accueilli par La Bibliothèque et Landvermesser. Ces deux tirage photographiques sont très grands et les reproductions sur ce blogue ne rendent nullement justice à l’effet qu’elles produisent.

Une première piste à suivre consiste à remarquer l’utilisation du flou par la photographe. S’il est plus visible dans La Bibliothèque, il est également présent dans Landvermesser. L’utilisation de cette technique est une façon d’empêcher une lecture totale de l’image. Ainsi, des zones d’ombre persistent, des régions qu’on ne connaît pas, du caché. Ces scènes ne se dévoilent pas complètement. Nous sommes dès lors entraînés dans le flou de la mémoire, cette zone obscure qu’on ne peut éclairer malgré tous nos efforts. Sommes-nous en présence de certains de nos propres souvenirs évanescents qui s’effritent au fil des années?

À cette subtilité s’ajoute une fermeture à l’égard de l’intimité des personnages. On tourne le dos au spectateur dans La Bibliothèque. Dans le paysage, au loin, se tiennent deux personnes qu’on ne peut que deviner. D’ailleurs, s’agit-il d’humains ou de statues? Bien malin qui saura le dire avec certitude – et peu importe. Dans les deux cas, il est impossible de saisir des bribes de la conversation qui se tient car on nous place à l’écart. Nous voguons continuellement dans un univers de suggestion, flottant entre le conscient et l’inconscient. Ces clés permettent d’aborder les oeuvres gravitant autour de la photographe.

Corinne Mercadier, L’or 3, 2005. Photographie noir et blanc, tirage baryté d’après fichier numérique. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La première cellule est occupée par Corinne Mercadier. Trois oeuvres nous font tourner sur nous-même : L’Or 1, L’Or 3 et Glasstype 16. Les deux premières photographies représentent un chien (ou est-ce un loup?) se tenant sur le bord d’une piscine (ou est-ce un plan solide?) ainsi qu’un homme jaillissant (plongeant?) dans l’eau. La troisième oeuvre représente un chemisier (une camisole? un survêtement?) flottant dans l’eau (l’éther? l’air?). Vous aurez bien évidemment compris que le flou est à l’honneur.

Martine Aballéa, Jus des neiges – Visitez (détail]) diptyque, 2001. Photographies noir et blanc retouchées et sérigraphie pour le texte. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La seconde cellule met en valeur le travail de Martine Aballéa. Le visiteur remarque en premier un panneau du diptyque Jus des neiges / Visitez. Composé de paysages hivernaux enneigés, les deux tableaux forment un dialogue intéressant. La netteté de la première image s’oppose à l’imprécision de la seconde. Si on a presque le sentiment qu’on pourrait traverser le cadre et pénétrer dans la forêt qui nous est proposée dans l’une, on se sent mal à l’aise face à l’autre, avec ses couleurs surnaturelles et ses contours imprécis. Convulsion des envies et Âmes mutilées jouent également avec la subtilité de la couleur. Se trouvent aussi représenté le contraste des matériaux, opposant la rigidité de la pierre à la temporalité humaine.

Isabelle Waternaux, Sans titre, 1994. Agrandissement photographique direct sur papier polaroïd. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Seton Smith et Isabelle Waternaux partagent le prochain espace. Ici, l’intimité est visitée par le biais du portrait. Ces deux artistes se questionnent sur cette technique de représentation utilisée dans l’art depuis des siècles. Le fond de la cellule nous accueille avec un personnage présenté en contre-plongée, au regard rêveur. Ce Sans titre de Waternaux est réalisé par technique polaroïd, agrandi. De son côté, un Portrait de Smith est constitué d’une salle floue, d’une image floue. On se retrouve comme un myope sans lunettes qui tenterait d’observer une scène. Il s’agit d’un beau questionnement sur les repères habituels utilisés dans ce genre de représentation.

Charles Decorps, Sans titre no 6, 2005. Photographie couleur sur papier chiffon. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Le travail de Charles Decorps est marqué par une maladie grave qui le force à visiter souvent l’hôpital. Ce faisant, il se questionne sur le thème de l’absence. Artistiquement, ses oeuvres sont donc empreintes de mélancolie. La société disparaît, tout comme la famille. Dans les trois Sans titre proposés ici, on voit des scènes où l’intimité est protégée, tout comme dans le travail d’Angela Grauerholz. Les personnages sont inscrits dans certaines activités de leur quotidien, mais ils nous tournent le dos, fermant la composition. Nous participons car nous sommes témoins des scènes représentées, mais on nous tient hors du cadre. En regardant de plus près la texture du papier sur lequel le tirage est réalisé, on peut remarquer qu’il s’agit de papier chiffon aux formes imprécises. La technique utilisée évite ainsi les contours précis, ajoutant une couche de flou dans la représentation. Nous sommes en présence de sfumato du XXIe siècle.

Jérôme Schlomoff, La Palombière, 2002. Vidéo d’après un film sténopé 35 mm tourné avec une caméra carton. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La prochaine cellule est occupée par une projection vidéo de Jérôme Schlomoff intitulée La Palombière. Cette vidéo a été tournée avec une caméra en carton à la manière de la camera obscura dans les couloirs de la palombière de monsieur Roumégoux. Plus concrètement, il s’agit d’un court montage d’un film durant à l’origine une cinquantaine de minutes. On semble suivre un personnage se promenant, mais il est difficile d’en être certain. Le flou ici se situe dans le sujet même de la projection : que regarde-t-on? Qu’est-on supposé remarquer? Quelle est la démarche? Ces questions assaillent le visiteur qui perd ses repères narratifs habituels.

Finalement, l’exposition se termine avec huit oeuvres de Tamara Keiichi. Jouant sur l’utilisation du trompe-l’oeil, l’artiste utilise la lumière pour créer des motifs imaginaires. De plus, sa maîtrise de la technique est telle qu’elle parvient à insuffler aux photographies des teintes dorées subtiles. Nous sommes en présence d’un questionnement de la réalité telle qu’on pourrait croire qu’une photographie peut la rendre. La troisième image sur la droite devrait attirer particulièrement l’attention du visiteur car il devient difficile de comprendre la structure de l’architecture qui nous est présentée. Comment le plancher est-il conçu pour laisser ainsi transparaître les fenêtres sur deux étages différents? Par quel jeu visuel l’artiste arrive-t-elle à cette construction?

D’autres angles d’approches sont évidemment possibles. L’utilisation du texte dans de nombreuses oeuvres constitue l’un d’entre eux. Une réflexion sur les pratiques historiques de l’art (trompe-l’oeil, portrait, etc.) se trace aussi en filigrane. Les pistes sont nombreuses.

Il convient de signaler que les oeuvres ne sont pas le produit d’une manipulation informatique. Tout au plus, certaines oeuvres ont-elles été travaillées lors du tirage pour accentuer des aspects esthétiques. Compte tenu de la grande variété des résultats proposés, ce tour de force mérite d’être souligné.

L’utilisation des contraintes imposées par les cellules est parfaite. En consacrant un espace à des artistes en nombre restreint, le visiteur peut prendre le temps de se laisser pénétrer par l’atmosphère se dégageant de chaque vision artistique. Coupé des autres ensembles, chaque lieu se vit indépendamment, comme s’il s’agissait d’une autre exposition. Ainsi, on vit huit expositions différentes en un seul espace. De plus, l’exiguïté des lieux permet une intimité avec les oeuvres, ce qui est rarement possible dans les grandes pièces aérées.

Comme toujours, un bémol doit être souligné comme à chaque fois que l’art contemporain fait son entrée au Musée national des beaux-arts du Québec. En effet, le public qui visite cette exposition risque d’être déboussolé. Voyageant entre la salle 10 où se tient l’exposition Je me souviens sur l’art historique et l’exposition temporaire Québec et ses photographes, le passant qui s’arrête dans les cellules de la prison risque de se perdre. Sans repères, il va probablement s’arrêter à des considérations purement esthétiques, comme je l’ai beaucoup entendu lors de ma visite. En ce sens, des pistes de réflexion mieux ciblées, comme des mots placés dans chaque cellule, auraient pu permettre d’éclairer le travail de ces artistes au grand talent sans forcer une interprétation unique.

Somme toute, il s’agit d’une exposition qui mérite l’investissement requis pour l’apprécier. Il faut s’abandonner devant chaque oeuvre et se laisser aller à la rêverie que ces univers provoquent. Le temps cessera de s’écouler, le quotidien disparaîtra. La technique du flou provoquera des questions sur des notions comme l’intimité et la perception de la réalité. Au final, que demander de plus à une exposition temporaire?

- INFORMATIONS PRATIQUES - 

  • L’exposition Autour d’Angela Grauerholz, oeuvres du Fonds national d’art contemporain de France est proposée au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 16 novembre 2008. [détails]
  • L’exposition est accessible gratuitement, tout comme la collection permanente.
  • Pour en savoir plus au sujet de la démarche artistique d’Angela Grauerholz, il est possible d’entendre une entrevue et de lire son profil, deux sources réalisées lorsqu’elle a reçu le prix Paul-Émile-Borduas en 2006. [détails]
  • Il est possible de voir l’autre branche québécoise de La Grande traversée – horizons photographiques chez VU dans le complexe Méduse. L’exposition Le Spectacle de la lune est à l’affiche jusqu’au 5 octobre 2008. [détails]

- NOTES - 

  1. Fond national d’art contemporain, Présentation, [en ligne], (page consultée en septembre 2008).
  2. Carl Johnson, La Grande traversée – horizons photographiques [coffret-souvenir de l’exposition], Rimouski, Musée régional de Rimouski, 2008.

Les Journées de la culture 2008 ont lieu cette fin de semaine. C’est l’occasion de s’immiscer dans les coulisses d’organismes culturels ou de voir les expositions sous un jour nouveau. Voici une sélection des activités se déroulant à Québec les 26, 27 et 28 septembre 2008.

* Au Musée national des beaux-arts du Québec, l’artiste Paryse Martin créera avec le public une oeuvre collective en carton. [détails] [communiqué de presse]

* Le Centre de conservation du Québec ouvre ses portes, un événement rare! Découvrez les sept ateliers de restauration et démonstrations par des spécialistes : archéologie-ethnologie, meuble, métal, œuvre sur papier, peinture, sculpture et textile. Vendredi seulement! [détails]

* Dans le complexe Méduse, les différents organismes proposent:
  * Avatar : Visites des studios pour découvrir l’univers de l’art audio et des arts médiatiques et pour rencontrer les technologues avatariens. Aussi, participation à la création d’une œuvre d’art audio en utilisant l’ensemble des équipements et dispositifs logiciels disponibles. [détails
 * L’Oeil de Poisson : Conférence de Richard Martel pour découvrir cet artiste important de la scène internationale de la performance, mais aussi fondateur et directeur du Lieu, centre en arts actuels de Québec. Aussi, exposition d’œuvres de ce créateur. [détails]

* Revivez le 200e anniversaire de Québec en revoyant le plan-relief Duberger au Parc-de-l’Artillerie. Deux visites commentées ont lieu samedi. Réservation requise [détails]

 * Si la muséologie vous passionne, Muséo-Gestion va démontrer le savoir-faire déployé dans le cadre de l’exposition au Musée du Bon-Pasteur. [détails]

* Dans Limoilou, l’Atelier Trois cinquième ouvre ses portes. J’ai eu l’occasion de visiter cet atelier sympathique et je vous invite à pénétrer dans la création actuelle. Les artistes sont nombreux et travaillent des techniques variées. Ouvert dimanche, de 12h à 18h. [détails]

* Partez à la découverte des oeuvres d’art public sur le campus de l’Université Laval grâce à un rallye. [détails]

* L’archéologie du site Roberval-Cartier est mis en valeur dans le vieux Cap-Rouge. Dimanche, de 14h à 16h. [détails]

* Revoyez des vues aériennes de Sillery et Sainte-Foy à la bibliothèque Charles-H.-Blais. Dimanche, de 14h à 15h30. [détails]

* La Chambre blanche propose une visite commentée de son installation Forêts d’ifs par Eric d’Orion. [détails

* Si l’ébénisterie ancienne vous intéresse, c’est l’occasion de vous familiariser avec les techniques ancestrales de finition du bois à l’École d’Ébénisterie Artebois [détails] ou à l’Institut québécois d’ébénisterie [détails].

* La coop du Fargy ouvre ses portes et présente une quinzaine de sculptures de la ville de Québec. [détails]

* Le patrimoine religieux est à l’honneur dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste [détails] et Saint-Charles-Borromée [détails]. Le patrimoine architectural de la Gare du Palais est également mis en valeur [détails].

* Le centre hospitalier Robert-Giffard propose une exposition d’oeuvres d’art réalisées par des artistes aux prises avec un trouble de santé mentale. [détails

* Les galeries d’art sont nombreuses à proposer des discussions ou des démonstrations: Galerie Bécot [détails], Galerie du Trait-Carré [détails],  Galerie Magella-Paradis [détails], Galerie Jacques-Cartier [détails], Galerie des arts visuels de l’Université Laval [détails], Vidéo-femmes [détails].

* Des artistes proposent également de nombreuses démonstrations : Anouk Lacasse [détails], Gérard Boulanger [détails], Hélène Brodeur et Nicole Latouche [détails], Edmond Thériault [détails], Paule Bossé [détails], Mireille Racine [détails].

* L’atelier de céramique St-Elme propose une démonstration de vitrail, dimanche, de 13h à 16h. [détails]

* Cahier complet des activités
Des cahiers encartés ont été ajoutés dans plusieurs publications, dont certains hebdos régionaux de mercredi ou jeudi. Le Journal de Québec de samedi contiendra également le cahier.

À l’occasion des Journées de la culture, le Musée national des beaux-arts du Québec organise une grande fête axée sur la création en compagnie de l’artiste Paryse Martin, avec la participation des étudiants de l’École des arts visuels de l’Université Laval.

Paryse Martin invite les gens de tous âges à simplement partager du bon temps « entre amis ». Dans une ambiance conviviale, en buvant un café ou un jus, les participants fabriqueront un relief de papier qui, assemblé à ceux des autres participants, deviendra une grande oeuvre collective, à la façon d’une courtepointe. Des matériaux simples – comme le carton bosselé et divers papiers récupérés –, des manipulations faciles – comme tourner ou plier le papier – permettront à tous de s’amuser. Une création collective ludique et sympathique!

Paryse Martin

Paryse Martin soutient une pratique en arts visuels depuis vingt ans, séjournant à Montréal, à Québec et en Europe. Elle vit et travaille présentement à Québec. Diplômée au doctorat en études et pratiques des arts de l’UQAM depuis 2007, elle enseigne comme chargée de cours à l’Université Laval. Boursière du Conseil des Arts du Canada ainsi que du Conseil des arts et des lettres du Québec, elle a diffusé son travail à travers le pays et à l’étranger. Elle a réalisé plusieurs oeuvres publiques, et on retrouve de ses oeuvres dans des collections publiques et privées.

Les 26, 27 et 28 septembre, de 13 h à 16 h 30
Jardin Pellan / Gratuit

L’installation temporaire Le Club est une commande de la Société du 400e pour souligner l’anniversaire de fondation de la ville de Québec. Symptomatique du manque de profondeur historique de ces célébrations, le trio de concepteurs a mis l’accent sur l’aspect ludique en évacuant toute référence à l’événement célébré.

Elle est plaisante, au premier coup d’oeil, l’installation imaginée par Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière qui sont regroupés sous le collectif bgl. La partie la plus visible de la création artistique est constituée de centaines de carrés bleus. Attachés à des dizaines de filins, ils sont suspendus entre les quais Noah et Renaud 1 dans le bassin Louise. Extrêmement mobiles, ils s’activent au gré du vent dans une cadence continue. Les artistes réussissent à créer un mouvement qui s’apparente à l’ondulation aquatique.


Figure 1. bgl. Le Club [vue de l’installation]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Comme le dirait Gombrich, toutes les conditions de l’illusion sont réunies [1]. En jouant sur les attentes des spectateurs, bgl parvient à tromper l’oeil. Bien malin le passant qui détectera au loin qu’il est en présence d’une oeuvre d’art. L’ondulation modérée des cartons bleus donne l’impression d’observer la surface de l’eau, comme si le niveau de ce bassin était plus élevé que dans ses voisins. L’effet est encore plus spectaculaire le soir, un moment où les repères visuels permettant de briser le mensonge sont plus effacés. Ce n’est qu’en s’approchant de très près que le spectateur s’aperçoit de la fourberie.


Figure 2. bgl. Le Club [détail de la plateforme]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Au bout de cette mer faite de plastique coloré se trouve la seconde partie de l’installation. Le visiteur est invité à descendre sur une plateforme dans un espace qui donne son nom à l’oeuvre. Dans ce club particulier, il se retrouve au milieu de vélos stationnaires disposés autour d’une table centrale. Plusieurs coupes de champagne vides ont été placées en son centre. Interactif, Le Club demande aux passants de participer à l’expérience en pédalant sur ces équipements d’exercice. En dépensant ainsi de l’énergie, ils activent une pompe qui puise l’eau du bassin pour la faire couler généreusement dans les verres.

En procédant de cette façon, Jasmin Bilodeau annonce que le groupe désire souligner que « [l]’est est une richesse au Québec mais on ne bouge pas beaucoup [2]». bgl espère illustrer ce problème d’une façon ludique, en impliquant les passants. Les ambitions sont grandes, le trio déclarant vouloir « intéresser le public et […] espérer un mouvement des gouvernements [3]» dans le dossier de l’eau.

Du même souffle, les artistes se félicitent d’avoir créé une oeuvre sur commande pour les Fêtes du 400e anniversaire de Québec sans intégrer de composante historique [4]. Ils mettent l’accent sur le côté contemporain de leur installation et sur la liberté dont doivent jouir les artistes, même lorsqu’ils répondent à une commande. En ce sens, il n’est pas anodin que cette oeuvre soit localisée devant le principal lieu de rassemblement des festivités.

Les artistes composant bgl sont clairement engagés dans une politique de revendication sociale. Leur travail, outre son caractère ludique, doit se décoder comme une dénonciation du gaspillage des ressources naturelles. À cet égard, ils considéreraient la création d’une installation similaire au Club mais en utilisant du pétrole [5].

Ce qui surprend c’est le plaisir avec lequel le trio opte de se concentrer sur un thème à saveur écologiste plutôt que sur l’histoire de la ville de Québec dans le cadre de cette commande. À la conférence de presse, c’est un sourire aux lèvres que Nicolas Laverdière a souligné ce fait. En choisissant de défendre une cause environnementale, les artistes s’engagent sur la voie du consensus puisque la protection de l’eau au Québec n’est pas un enjeu déchirant. Il aurait été intéressant de les voir intégrer la controversée question historique dans leur oeuvre, ne serait-ce que pour observer comment leur talent se serait exprimé. Ils semblent croire que la modernité doit évacuer le passé plutôt que de s’en servir comme tremplin.

Ce manque de profondeur possède ses limites. Depuis son inauguration en juin, l’installation connaît des ratés à cause de sa grande fragilité. Ainsi, la plateforme où reposent les vélos est interdite d’accès. L’oeuvre a perdu son message social. Il ne reste au spectateur que la vue des carreaux bleus flottant au gré du vent, doux rappel que les mécanismes les plus simples sont souvent les plus efficaces.

Somme toute, le visiteur est placé devant une oeuvre au caractère ludique amputé mais qui possède une valeur esthétique certaine. L’absence de lien avec l’anniversaire de la ville de Québec est un bel exemple de la vision anhistorique des célébrations du 400e dans le bassin Louise.

- INFORMATIONS PRATIQUES

  • C’est votre dernière chance de voir Le Club à l’Espace 400e. L’oeuvre est proposée au bassin Louise jusqu’au 28 septembre 2008. [détails]
  • C’est gratuit!
  • Prenez quelques secondes pour voir La Grande Croix - L’embarcation de farine de Pierre Bourgault au quai voisin. [détails]

- NOTES -

  1. E. H. Gombrich, L’Art et l’illusion, Paris, Phaidon, 2002, p. 174.
  2. Hubert Lapointe, « Pédaler pour réfléchir », Canoe, [en ligne], 14 juin 2008.
  3. Sébastien Hudon, « Pied de nez marin », Voir (Québec), [en ligne], 19 juin 2008.
  4. Lapointe, Ibid.
  5. Hudon, Ibid.

La sculpture La Grande Croix – Embarcation de farine est placée sous le thème de la rencontre entre les Premières Nations et les Français. Cette oeuvre a été créée pour faire suite à une commande pour les Fêtes du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec. L’artiste Pierre Bourgault a profité de cette occasion pour souligner les échanges importants entre les nations autochtones et les premiers colons.

Figure 1. Pierre Bourgault. La Grande Croix – Embarcation de farine. 2008. [Le cormoran déployant ses ailes ne fait pas partie de l’installation]

En se remémorant quelques aspects du commerce entre Micmacs et Français, il est possible de saisir avec plus de finesse le travail de Bourgault. Ainsi, dans les premières années de contact entre ces deux civilisations, les échanges commerciaux se faisaient grandement en faveur des pays européens [1]. Outre la farine, des fèves, outils et vêtements étaient fournis aux nations autochtones. En lien avec la conception micmaque de l’univers, ces biens étaient investis d’une connotation spirituelle. Puisque les Français arrivaient accompagnés de leurs croyances religieuses et de leurs habitudes de vie, les objets qu’ils commerçaient acquéraient une dimension insoupçonnée.

Les ravages sur l’organisation sociale traditionnelle furent destructeurs. Les Micmacs abandonnèrent rapidement leur système philosophie dans lequel ils se considéraient comme membres de l’écosystème global. Un peu naïfs, encouragés par les colons, menacés par des maladies infectieuses dévastatrices, ces Amérindiens commencèrent à chasser le gibier d’une façon abusive. La traite de la fourrure prit son envol tandis qu’une culture périclitait.

Du point de vue de la légende innue, la rencontre avec les Français s’est développée autour du commerce de la farine [2]. Les Anciens rapportent qu’il existe un avant et un après farine. Ce Traité de la farine serait une entente entre les deux nations, cet aliment fournissant aux chasseurs amérindiens la nourriture nécessaire pour subvenir à leurs besoins lorsque le caribou se faisait plus rare.

Le visiteur qui déambule dans l’Espace 400e ne peut manquer cette sculpture située entre les quais Buteau et Noad dans le bassin Louise. Sa forme de croix se détache nettement de la surface de l’eau qui agit comme toile de fond. Ce symbole de chrétienté est couché plutôt qu’être suspendu, comme il est usuel de le présenter. Cette transgression n’est pas anodine lorsqu’on considère la dépossession du territoire s’étant réalisée au cours des quatre cents dernières années avec le crucifix au bout des bras. Il s’agit d’un subtil rappel historique, d’un marquage du lieu avec le symbole.

La forme cruciforme est obtenue en utilisant une embarcation en aluminium dans laquelle sont placés des contenants vides d’eau de source. Au centre est disposé un panneau solaire qui fournit de l’énergie aux ampoules, le soir venu. De la farine se retrouve dans certains bidons. Cette information aide à rattacher l’installation au Traité de la Farine. L’utilisation de ces matériaux permet de faire un rappel subtil entre la commercialisation de l’eau et le fleuve Saint-Laurent sur lequel la sculpture flotte. Lorsqu’on considère que les bidons sont vides et qu’on trouve de la farine en leur sein, la symbolique est puissante : les porteurs de croix ont dépossédé le pays de l’eau à des fins commerciales en présentant des miettes en échange.

Ce travail d’art public est accompagné par un panneau explicatif qui est le bienvenu. Il permet aux vacanciers de plonger dans l’oeuvre à l’aide de quelques pistes. 

Il serait surprenant que cette oeuvre marque le grand public, car son propos demeure subtil. On croira plutôt que les passants trouveront cocasse de voir des bidons vides d’eau entre deux quais, placés en forme de croix. Étant peu familiers avec l’histoire de la relation entre les Autochtones et les Européens, ils liront la notice sans trop se poser de questions, continuant joyeusement leur chemin. Au-delà de l’aspect esthétique de son œuvre, le mérite de Pierre Bourgault consiste à installer la présence des Premières Nations en plein cœur des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec (Cépèg en Micmac). Dans un événement critiqué pour son caractère anhistorique, il s’agit d’un exploit digne de mention.

- INFORMATIONS PRATIQUES -

  • L’installation La Grande Croix - Embarcation de farine est proposée dans l’Espace 400e de Québec jusqu’au 28 septembre 2008. [détails]
  • Il n’y a aucune frais d’admission.

- NOTES -

  1. Calvin Martin, «The European Impact on the Culture of a Northeastern Algonquian Tribe: An Ecological Interpretation», The William and Mary Quarterly, [en ligne], vol. 31, no. 1 (janvier 1974), p. 4-26 (site consulté le 15 août 2008).
  2. Panneau explicatif accompagnant l’installation.

Engramme s’invite aux célébrations du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec par le biais de l’exposition Paysage de l’âme / Soulscape. Placé sous le signe de la rencontre, l’événement veut « illustrer et amplifier le souvenir des rencontres, réelles ou imaginaires, entre la ville de Québec et de nombreux artistes du Canada et de l’étranger[1] ». Ainsi, une commande a été passée aux artistes qui devaient produire une oeuvre originale soulignant leur souvenir ou leur vision de la ville québécoise. Le résultat est à la fois réjouissant et décevant.


[Figure 1. Andrée Laliberté, Sexy City I]


[Figure 2. Christina Cordero, Australians meet in Quebec City]


[Figure 3. Monica Biagioli, Quebec City Postcard]

La joie vient de l’éclatement des voix. Les expériences vécues sont multiples et les oeuvres proposées illustrent cette grande variété. Un premier angle pour aborder un tel thème consiste à personnaliser un lieu commun extrêmement connu. Ici, une illustration du Pont de Québec est transformée pour le faire terminer sur une île imaginaire[2] (figure 1). Là, le Château Frontenac apparaît en filigrane derrière un écran de couleurs vives. On aperçoit une rue du Vieux-Québec peuplée de silhouettes mystérieuses[3] (figure 2) ou perturbée par des interférences numériques[4] (figure 3). Noëlla Dionne choisit de nommer plusieurs parcs municipaux.

Malgré tout, l’utilisation de scènes urbaines est relativement restreinte. Il convient même de signaler qu’il est plus prononcé chez les artistes en provenance de l’extérieur de la région de la capitale nationale. Une familiarité avec les lieux et un émoussement de la découverte expliquent peut-être cette lecture différente de l’espace.


[Figure 4. Annie Lemaire. Ville fortifiée]


[Figure 5. Marie-Ève Pettigrew, Les illuminés]


[Figure 6. Diane Thuot. Volets clos]


[Figure 7. Christine Vallée. Québec, la porte du pays]


[Figure 8. Roger Pellerin. Expo à l'A.R.G.]


[Figure 9. Bernard Morency. Québec lieu de rencontre]


[Figure 10. Valérie Metz. Paul's party]

On retrouve en plus grand nombre des impressions colorées. Sous ce vocable peuvent être regroupées ces estampes qui utilisent un motif simple – une photographie légèrement retravaillée, par exemple – où sont ensuite appliquées de grandes surfaces de couleur. L’artiste parvient ainsi à créer une tache de colorée et concentrée, ce qui attire le regard. Dans ce type d’oeuvre, la couleur prend le pas sur la représentation. Les travaux d’Annie Lemaire[5] (figure 4), Marie-Ève Pettigrew[6] (figure 5) ou Diane Thuot[7] (figure 6) constituent des exemples. Parfois, le motif original est tellement déformé qu’il devient illisible[8] (figure 7).

Les regards sur la ville sont souvent intimes et personnels. Des histoires s’esquissent dans certaines oeuvres. C’est le cas de Expo à l’A.R.G. de Roger Pellerin (figure 8). Rappelons qu’Engramme a fait suite à l’Atelier de Réalisations Graphiques, créé en 1972. Le lien entre l’histoire de la ville et celle du centre d’artistes se fait par un clin d’oeil très personnel. Autre évocation énigmatique que le Québec lieu de rencontre de Bernard Morency[9] (figure 9) ou Paul’s party[10] (figure 10) de la vancouvéroise Valérie Metz[11].


[Figure 11. Nicole Simard. Trois Femmes]


[Figure 12. Nathalie Giguère. Plaine de vie IIII]

Si les gravures représentent des moments d’émotion ou des souvenirs suscités par la ville, il est surprenant que peu de figures humaines soient présentes. Une exception notable en ce domaine est Nicole Simard. Ses deux oeuvres[12] (figure 11) proposent des portraits tirés de photographiques d’époque. Québec semble lui inspirer des souvenirs d’histoires familiales qu’elle nous communique habilement. Une autre exception est Nathalie Giguère. Mettant en scène une jeune gemme (elle-même?) dans sa série Plaine de vie[13] (figure 12), elle parvient à imposer sa présence dans un style à la fois dépouillé et construit.

L’ensemble de cette symphonie de voix crée une courtepointe colorée, composée par ces centaines d’estampes. En reprenant une taille similaire à celle de la carte postale, les artistes invités par Engramme détournent un format associé à la vie touristique de Québec pour communiquer des points de vue personnels sur la capitale. Cependant, cette approche met en relief les lacunes de ce type d’exercice.

Ainsi, la déception vient aussi de l’éclatement des voix. La multiplication des vues s’exprime dans une cacophonie de laquelle il devient difficile de dégager un sens. Peut-être le thème imposé était-il trop vague? Toujours est-il que l’exposition Paysage de l’âme / Soulscape ne parvient pas à créer d’impression puissante chez le spectateur. Si chacun des artistes propose une vision originale, son expression par le biais d’un format si petit en réduit fortement la portée.

Il convient également de signaler que les sujets abordés par les estampiers sont très personnels. L’ensemble est propret et nullement subversif. De plus, à voir ces illustrations, il est difficile de croire que la ville représentée est la capitale d’une nation riche de quatre siècles et possédant un mouvement indépendantiste. La question politique est à peine effleurée. Il paraît également symptomatique d’apercevoir « Je me souviens » inscrit sur une estampe serbe[14] (figure 13). L’Ukrainien Jurij Sychow-Hlazun célèbre le 400e anniversaire de fondation de la ville par une oeuvre intitulée Québec’s 1607-2007[15] (figure 14) mais une telle erreur dans les dates est facilement pardonnable. Bien malin qui trouvera des fleurs de lys dans cette exposition sinon dans Arbre de la sagesse de Jacques Depuydt, un Belge. Serait-il possible que la relation de proximité fasse oublier cet aspect aux créateurs d’ici? Où se situe le discours en dehors du nombrilisme?


[Figure 13. Aleksandar Leka Mladenovic. Je me souviens]


[Figure 14. Jurij Sychow-Hlazun. Québec's 1607-2007]


[Figure 15. Berko. You are never far from the Berko's star-times square]


[Figure 16. Senol Sak. Angelfish]

Finalement, certaines oeuvres semblent vraiment incongrues et soulèvent des interrogations. Que vient faire dans cette exposition la vue de Times Square à New York[16] (figure 15) ? Pourquoi inclure un poisson-ange royal des tropiques[17] (figure 16) ? Louise Sanfaçon parle de ces « instantanés d’autres villes dans le monde, proposant des frontières nouvelles, fluides et télescopiques, à notre propre cité[18] ». S’il s’agit d’une belle façon de remercier des collaborateurs, les estampes proposées détonnent malgré tout.

Ces capsules d’émotions seront enfermées dans un coffret à la fin de l’exposition pour être ensuite offertes à la municipalité en tant que souvenir de l’été 2008. Les générations futures regarderont peut-être ces estampes comme un ensemble discordant, joli au premier coup d’oeil, mais laissant le spectateur sur sa faim.

- INFORMATIONS PRATIQUES -

  • L’exposition Paysage de l’âme / Soulscape est présentée par Engramme au complexe Méduse jusqu’au 31 août 2008. [localisation sur une carte]
  • L’admission est gratuite.
  • La galerie est ouverte vendredi [12-17h], samedi et dimanche [13-17h].

- NOTES -

  1. Louise Sanfaçon, Paysage de l’âme / Soulscape, catalogue d’exposition (Québec, Engramme, 7 juin – 31 août 2008), Québec, Engramme, 2008, p. VI.
  2. Andrée Laliberté, Sexy City I, estampe numérique, Québec.
  3. Christina Cordero, Australians meet in Quebec City, intaglio et chine collé, Australie.
  4. Monica Biagioli, Quebec City Postcard, estampe numérique, Angleterre.
  5. Annie Lemaire, Ville fortifiée, sérigraphie, Québec.
  6. Marie-Ève Pettigrew, Les illuminés, sérigraphie, Québec.
  7. Diane Thuot, Volets clos, estampe numérique, Québec.
  8. Christine Vallée, Québec, la porte du pays, estampe numérique, Québec.
  9. Roger Pellerin, Expo à l’A.R.G., linogravure et technique mixte, Québec.
  10. Bernard Morency, Québec lieu de rencontre, technique mixte, La Prairie.
  11. Valérie Metz, Paul’s party, estampe numérique, Vancouver.
  12. Nicole Simard, Trois Femmes, estampe numérique, Québec et Henri, Limoilou, circa 1920, estampe numérique, Québec.
  13. Nathalie Giguère, Plaine de vie I, II, III, IIII et IIIII, estampe numérique, Québec.
  14. Aleksandar Leka Mladenovic, Je me souviens, estampe numérique, Serbie et Je me souviens II, estampe numérique, Serbie.
  15. Jurij Sychow-Hlazun, Québec’s 1607-2007, estampe numérique, Ukraine.
  16. Berko, You are never far from the Berko’s star-times square, estampe numérique, Slovénie.
  17. Senol Sak, Angelfish, linogravure, Turquie.
  18. Sanfaçon, op. cit., p. VII.

- BIBLIOGRAPHIE -

  • SANFAÇON, Louise. Paysage de l’âme / Soulscape, catalogue d’exposition (Québec, Engramme, 7 juin – 31 août 2008), Québec, Engramme, 2008, 250 p.

- LISTE DES FIGURES -

  1. Laliberté, Andrée. Sexy City I. Estampe numérique, Québec.
  2. Cordero, Christina. Australians meet in Quebec City. Intaglio et chine collé, Australie.
  3. Biagioli, Monica. Quebec City Postcard. Estampe numérique, Angleterre.
  4. Lemaire, Annie. Ville fortifiée. Sérigraphie, Québec.
  5. Pettigrew, Marie-Ève. Les illuminés. Sérigraphie, Québec.
  6. Thuot, Diane. Volets clos. Estampe numérique, Québec.
  7. Vallée, Christine. Québec, la porte du pays. Estampe numérique, Québec.
  8. Pellerin, Roger. Expo à l’A.R.G. Linogravure et technique mixte, Québec.
  9. Morency, Bernard. Québec lieu de rencontre. Technique mixte, La Prairie.
  10. Metz, Valérie, Paul’s party. Estampe numérique, Vancouver.
  11. Simard, Nicole. Trois Femmes. Estampe numérique, Québec
  12. Giguère, Nathalie. Plaine de vie IIII. Estampe numérique, Québec.
  13. Leka Mladenovic, Aleksandar. Je me souviens. Estampe numérique, Serbie.
  14. Sychow-Hlazun, Jurij. Québec’s 1607-2007. Estampe numérique, Ukraine.
  15. Berko. You are never far from the Berko’s star-times square. Estampe numérique, Slovénie.
  16. Sak, Senol. Angelfish. Linogravure, Turquie.

Le Symposium de Baie-Saint-Paul va bon train. Les artistes invités ont environ deux semaines pour terminer leur oeuvre. Voici un état des 12 oeuvres en construction.

À titre indicatif, un symposium est une rencontre pendant laquelle des artistes créent des oeuvres tout au long de l’événement. Dans le cas de Baie-Saint-Paul, les artistes travaillent dans l’aréna municipal (sans glace, évidemment!) et le public peut visiter entre midi et 17h.

* Ricardo Alzati, Mexique
En cinq mots: Tromper l’oeil avec la photographie.
 

 

Anibal Catalan, Mexique
En cinq mots: Architecture paradoxale inspirant paix momentanée.

 

* Fanny Mesnard, France et Véronique Isabelle, Québec
En cinq mots: Quatre mains qui travaillent ensemble.
 

 

* Derek Mehaffey aka Other, Colombie-Britannique
En cinq mots: Mélanger graffiti et art visuel.  
 

 

* Graeme Patterson, Nouvelle-Écosse
En cinq mots : Stop motion hypnotisant et dansant. 
 

 

* Howie Tsui, Ontario
En cinq mots : Dépasser ses conventions picturales personnelles. 
 

 

* Annie Baillargeon, Québec
En cinq mots : Comme une fresque de Michel-Ange. 

 

* Sylvain Bouthillette, Québec
En cinq mots : C’est assez, c’est assez, hostie. 

 

* Dan Brault, Québec
En cinq mots : Musique en mouvement, éphémère chimère. 

 

* Josée Landry-Sirois, Québec
En cinq mots : Visiteurs intégrés, transformés en animaux. 

 

* Mathieu Valade, Québec
En cinq mots : Partir du Symposium, arriver où?  

 

* Josette Villeneuve, Québec
En cinq mots : Patience de moine, splendeur recyclée.  

Pour en savoir plus 
* Site officiel du Symposium
* Un commentaire dans Le Soleil 

L’exposition temporaire Le Réfectoire est une commande du Musée naval de Québec à Isabelle Laverdière. Il faut saluer l’initiative d’une institution militaire demandant à une artiste en artiste visuelle de concocter une installation pour célébrer le 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec. Ce geste « audacieux [1]» est placé sous le signe d’une fraternité qui transcenderait les conflits armés.


Figure 1. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [vue de l'installation], 2008.

Au premier abord, l’ouïe est stimulée pour créer une impression évanescente. Si le sol de l’immeuble est habituellement constitué d’une dalle de béton rigide et impersonnelle, ici elle est recouverte d’un plancher en bois raboteux. De grosses planches équarries s’imbriquent grossièrement les unes dans les autres. Leurs craquements se font entendre sous les pas des visiteurs, rappelant les sons qui devaient animer les grands voiliers de guerre des siècles passés. Mieux, ces planches sont légèrement mobiles, créant une instabilité qui se rapproche du tangage. À ce crépitement contribuant à l’ambiance sonore s’ajoute une suite de bruits marins amplifiant cette impression. David Dandy, Martien Bélanger et Alexandre Zacharie ont créé l’environnement sonore. L’ensemble est serein; les bruits et la musique ne sont pas guerriers, mais méditatifs.

La temporalité de l’exposition est signalée par un élément visuel significatif. Ainsi, l’espace clos est fermé à l’aide de toiles blanches mobiles. Il s’agit de la même structure que les banlieusards utilisent pour protéger leur voiture des intempéries hivernales. Plutôt que d’utiliser des murs, l’artiste a tendu ces surfaces qui se déplacent au gré des courants d’air. Elle crée un rappel des voiles des navires des époques passées d’une façon subtile. L’incongruité de l’installation est également signalée par un jeu d’ombres chinoises qui se déclenche lorsque les occupants de l’École navale voisine parcourent les couloirs de l’institution. Fragilité et instabilité dominent la mise en scène. À l’aide de quelques artifices, un ailleurs est créé.


Figure 2. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [détail], 2008.

L’utilisation de matériaux du pays permet d’ancrer l’oeuvre dans l’espace de Québec. L’ancien est mis en dialogue avec le présent. Les planches du sol sont faites de planches provenant d’étables tandis que les meubles sont recouverts de laine. S’opposent à ces matériaux chaleureux la toile blanche plastique des murs et l’utilisation éclatante de lampes fluorescentes tombant du plafond.

L’installation proprement dite est une exploration du thème du réfectoire. À l’origine lieu de rassemblement où les moines prenaient leurs repas dans les monastères, le terme s’est propagé pour désigner toute salle où une collectivité prend son repas. Dans ce Réfectoire, Laverdière place des acteurs de l’histoire maritime de Québec autour de la table centrale dans un dialogue continu à travers le temps. Six paires de capitaines s’opposent autour du Saint-Laurent. Le fleuve est représenté par une table centrale sur laquelle sont déposés des artefacts et des créations céramiques. Les personnages historiques assument leur présence par des chaises et leur silhouette découpée dans un miroir. Sur chaque siège est inscrite la date d’un conflit armé. Derrière, sous la silhouette du protagoniste se déroule un texte dans lequel il expose son point de vue sur le conflit armé. Par cet habile jeu de correspondances, ce ne sont plus deux chefs de flotte qui s’affrontent mais plutôt deux visions de l’histoire.


Figure 3. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [détail], 2008.

Le premier conflit auquel l’artiste fait référence est le combat entre Kirke et Champlain en 1629. Sur la table se trouvent des assiettes d’époque ainsi qu’un robinet trouvé sur le site de l’Abitation de Québec. Des créations céramiques d’Isabelle Laverdière côtoient ces trésors historiques. Du côté français, elle a créé une assiette du fond de laquelle s’élèvent trois navires. Chez l’anglais, la soucoupe en contient onze. Laverdière renforce ainsi le message de la supériorité numérique des forces britanniques à l’aide d’une création contemporaine. Ce jeu sur les forces en présence est présent dans les différents conflits illustrés. Il se termine, dans la dernière confrontation pendant la Seconde Guerre mondiale, par des sous-marins sillonnant le fond d’assiettes creuses.

Plus précisément, les conflits armés sur lesquels s’attarde l’exposition sont survenus en 1629 (Champlain, Kirke), 1690 (Frontenac, Phips), 1711 (Walker), 1759 (Saunders et Durell, Vaudreuil), 1779 (Haldimand), et 1942 (Fortin, Hartwig). Le visiteur attentif remarquera que les agresseurs et les défenseurs sont tous regroupés du même côté de la pièce. Ils sont de nationalité britannique ou américaine face à des Français ou des Canadiens.


Figure 4. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [détail], 2008.

Une oeuvre d’art installée sur une école militaire peut difficilement évacuer la propagande. Ici, elle se manifeste par le côté bon enfant de l’ensemble. Sans évacuer la dimension historique, il est surprenant que les horreurs de la guerre maritime ne soient même pas évoquées. Aucun mort n’est relevé parmi les conflits représentés. Nous sommes plutôt dans un duel de l’esprit où les chefs s’opposent à l’aide de bons mots et de fleurs. En exemple typique, les trente morts de l’expédition de Phips ne sont mentionnés nulle part. La phrase inscrite sous son miroir se lit ainsi :

« Ça c’est William Phips. Il part avec 34 navires de quelque part en Nouvelle-Angleterre, nous, on dit le Massachusets (sic). Puis, il fait des prisonniers en chemin, des femmes et des enfants même! Face à la menace des glaces (pas la crème glacée) et de Frontenac, il abdique. Ce pays il est dur, et ses habitants résistants ! »

Au lieu des horreurs de la guerre, l’emphase est placée sur une camaraderie entre marins qui transcende la guerre. Le torpillage du sous-marin allemand U-877 par la corvette St.Thomas illustre cette vision. Rappelons brièvement les faits. En décembre 1944, deux navires canadiens coulent le bâtiment ennemi qui sillonne les eaux du fleuve. L’équipage germanique devant se jeter dans les eaux glacées, les Canadiens les récupèrent. Une relation d’amitié se développa après la guerre entre les belligérants, le premier lieutenant Stanislas Déry et le commandant adjoint Peter Heisig. L’exposition se termine sur cette note idyllique.

Dans le contexte d’une commande cernée par la thématique (400e anniversaire de fondation de Québec) et par le commanditaire (Musée naval de Québec), l’artiste Isabelle Laverdière tire son épingle du jeu. Elle réalise un tour de force en créant une atmosphère d’instabilité et de chaleur dans un lieu rigide. Les métaphores visuelles sont appuyées par une utilisation originale des matériaux du pays. Ses créations céramiques viennent appuyer l’exhibition des artefacts historiques. Se situant aux frontières de l’opération marketing et de la création artistique, Le Réfectoire demeure, malgré ses défauts, une incursion de l’art contemporain chez les militaires. Ne serait-ce que pour cette dernière qualité, ce tour de force vaut le coup d’oeil.

- INFORMATIONS PRATIQUES - 

* L’installation Le Réfectoire par Isabelle Laverdière est présentée au Musée naval de Québec jusqu’au 15 novembre 2008. [carte]

* L’admission est gratuite.

* Il faut contacter le Musée pour les heures d’ouverture, au (418) 694-5387.

 

- NOTE -

[1] Dans son document d’accompagnement, le Musée naval de Québec parle de première au Canada.

- BIBLIOGRAPHIE -

CÔTÉ, Nathalie. « L’art contemporain chez les marins ».  Le Soleil, [en ligne], 9 août 2008, (page consultée le 15 août 2008).

LÉTOURNEAU, Jocelyn. Le coffre à outils du chercheur débutant. Montréal, Boréal, 2006, 266 p.

STACEY, C. P. « Phips, sir William » dans Biographi.ca, [en ligne], 2000, (page consultée le 15 août 2008).


Dessin de Pierre Bourgault, présenté au Mois Multi 9

* Le Mois Multi 9 présente le volet automnal de son édition 2008.

* Le Sacré n’attire plus grand monde.

* Une suggestion de blogue qui ravira vos yeux.


Bronzes retrouvés à Vancouver [Photo: Vancouver Police Department]

* Divers bronzes volés dans les parcs de la région de Vancouver sont retrouvés

* Des  vandales brisent un vitrail de Marc Chagall en cambriolant la cathédrale de Metz.

* Les milieux de la technologie et de l’art sont entrés en collision cette semaine. Un photographe a été expulsé du San Francisco Museum of Modern Art pour utilisation illégale de sa caméra. J’ai toujours trouvé surprenant cette gêne nord-américaine des musées face aux photographes, le milieu de l’art s’étant développé grâce à la copie

* Le musée Guggenheim de Bilbao (partie basque de l’Espagne) a perdu des millions à cause des taux de change fluctuants.

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