Le Musée national des beaux-arts du Québec dira Good Bye! à l’exposition La peinture à l’époque de la reine Victoria. Collection Royal Holloway, Londres ce dimanche lundi, Fête du Travail [détails]. Je n’ai pas encore vu l’exposition – un été chargé ayant restreint mes occupations – mais je me promets bien d’y faire un tour d’ici là.
Ce sera aussi l’occasion de jeter un coup d’oeil sur Femmes artistes. L’éclatement des frontières, 1965-2000, une exposition pour laquelle j’ai une préférence. En effet, j’aime toujours mieux les expositions bâties à partir des collections de notre musée national. Cela m’apparaît plus ardu à monter, certes, mais ô combien enrichissant pour notre histoire de l’art québécoise. À quoi bon avoir des trésors dans les voûtes et bâtir un agrandissement si ce n’est que pour exposer les oeuvres des autres?
Ajout du samedi 4 septembre 2010
J’ai visité les deux expositions hier. Tant la Collection Royal Holloway que Femmes artistes sont présentées dans deux salles. Le public était nombreux pour les peintures victoriennes et épars pour les artistes contemporaines québécoises. Il est un peu tard pour en faire une critique construite, mais je dirais que je suis sorti déçu du Musée national des beaux-arts du Québec.
La Collection Royal Holloway nous présente des oeuvres mal entretenues. Le vernis de certaines toiles est si sombre qu’on peine à distinguer le bleu du ciel. Les très nombreux cadres abîmés en sont un autre indice patent. J’espère qu’une partie des fonds récoltés par la mise en circulation de ces oeuvres servira à leur restauration.
De plus, l’époque victorienne est un concept tellement vaste qu’il peut englober n’importe quoi produit en Angleterre durant 60 ans. J’ai cherché Burne-Jones, Holman Hunt, G. F. Watts ou Alma-Tadema, sans succès. Je signale en passant que je n’ai pas choisi ces grands absents au hasard. Il s’agit d’artistes dont le secrétaire de l’Art Association of Montreal désirait une oeuvre pour une exposition consacrée à l’art anglais dans la métropole en 1889 (cf. The Montreal Herald, 17 juillet 1889, selon le spicilège 3 du MBAM). Je crois qu’on pourrait difficilement trouver plus victorienne comme peinture, ce qui souligne la grande subjectivité du titre de cette exposition.
Malgré tout, quelques oeuvres méritent le coup d’oeil, dont les deux Millais et les toiles de Leighton. L’audio-guide accompagne une dizaine de tableaux. Je n’ai pu m’empêcher de sursauter lorsqu’on y a mentionné l’influence de l’impressionnisme dans une toile du Scandinave Ludwig Munthe réalisée en 1873 – surtout que la première exposition collective des peintres dits impressionnistes remonte à 1874. Il me semble que ce peintre est plutôt à rattacher à Düsseldorf pour cette période. M’enfin, j’ai peut-être mal entendu.
Du côté des Femmes artistes, une sacrée chance que les oeuvres sont intéressantes. La scénographie est lourde, surtout dans la salle du pavillon Charles-Baillairgé. En contrepartie, les commentaires sont succincts. Il me semble que les commissaires ont eu de la difficulté à créer un propos cohérent à partir des oeuvres présentes dans la collection du MNBAQ. Ça tire dans tous les sens.

Jocelyne Alloucherie, Oeuvres de sable (Les Déserts No. 1), 1999. Cèdre, acajou, plâtre et sable, 178 x 177 x 46 cm. Coll. MNBAQ, achat grâce à l'appui du Conseil des arts du Canada dans le cadre de son programme d'aide aux acquisitions
Selon moi, l’inscription des oeuvres dans la démarche de chacune des artistes aurait mieux permis aux visiteurs de se les approprier. Par exemple, j’aurais aimé qu’on aille plus loin dans le cartel consacré à l’oeuvre de Diane Landry pour mieux la situer dans son parcours personnel. En plus de la cadrer dans le temps, cette façon de procéder aurait pu ouvrir sur la pratique actuelle de l’artiste car, et c’est l’avantage de Femmes artistes, de nombreuses plasticiennes sont encore actives en 2010. Telle que présentée, je crains que les visiteurs ne voient dans son oeuvre qu’une carafe à café. Je signale en terminant l’oeuvre de Jocelyne Alloucherie qui, pratiquement, ne peut être vue qu’en musée. M’enfin (bis).
Allez faire un tour d’ici lundi, ça vaut toujours le coup d’oeil. J’ai quand même entendu des oh! et des ah! parmi les visiteurs présents. Femmes artistes se termine en octobre 2010.
Ce billet est placé dans la catégorie «Critique». Je rappelle que ma démarche critique repose sur trois fondements : la subjectivité de mon point de vue, le développement historique de l’art et la quête impossible de la perfection.
