
Vue de l'entrée de l'Aréna municipal de Baie Saint-Paul où se déroule le Symposium
Le Symposium de Baie-Saint-Paul bat son plein présentement dans Charlevoix. C’est par une belle journée que je suis allé pointer le bout de mon nez dans l’aréna municipal pour voir le développement de la création telle que déployée par les artistes. J’étais un peu appréhensif lors du trajet. C’est aux environs de Saint-Tite-des-Caps que j’ai compris l’origine de mon malaise.
Le thème de cette année est L’union fait la force. Selon ce que j’avais compris, le commissaire invité Stefan St-Laurent avait décidé de mettre l’accent sur «les arts et métiers des artisans d’antan». Les conférences offertes tout au long du mois d’août avaient pour thème la reliure d’art, le tapis crocheté et la courtepointe. *Soupir* Comment parler du problème que j’entrevoyais au Symposium sans passer pour un snob de l’Art qui crache sur les métiers d’art?
Près du sommet du Massif de la Petite-Rivière-Saint-François, j’avais trouvé la solution. Ce qui m’agaçait, ce n’était pas tant que les métiers d’art se revendiquent de l’Art. L’excellent travail du Centre MATERIA à Québec rend cette limite floue pour quiconque fréquente sa galerie, tout comme les broderies exceptionnelles de Micheline Beauchemin présentées au Musée national des beaux-arts de Québec tout récemment.
Non, ce qui m’énervait dans l’accent mis sur les arts et métiers traditionnels, c’était cette façon de dire que Baie-Saint-Paul ne pouvait être que traditionnelle et que ses citoyens ne pouvaient pas accueillir des oeuvres d’art contemporain à la fine pointe du développement.
Lors de mon entrevue avec Jacques Saint-Gelais Tremblay, directeur du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul et directeur du Symposium, j’avais particulièrement apprécié son grand respect pour ses concitoyens qui ne fréquentent pas nécessairement le MoMA à chaque saison [si vous ne savez pas ce que MoMA signifie, vous faites partie de cette clientèle]. Pour lui, les éditions successives du Symposium permettaient de développer le goût des résidants de Charlevoix pour les pratiques artistiques les plus actuelles.
C’est dans ce sens qu’une lecture de la région en mettant l’accent sur la tradition me posait problème. En descendant la côte vers la ville, je me suis que je me laisserais guider par les choix du commissaire. Je n’ai pas été déçu.
Ce que j’ai compris en entrant dans l’aréna, c’est que le Symposium était fidèle à lui-même. Les artistes créent sous les yeux des visiteurs durant tout le mois d’août. Les installations sont à l’honneur, comme la sculpture et, un peu, la peinture.
La démarche du commissaire se base sur les techniques développées par les artisans qui partent de la matière pour arriver à l’objet fini. Ce geste artisan est mis à l’honneur chez les artistes. C’est peut-être la raison pour laquelle l’origine des matériaux joue un rôle important dans l’événement cette année.
Ainsi, la famille Bomford a récupéré une barque pour l’intégrer à son installation. Des panneaux de tôle ondulée ont aussi été réutilisés pour former des motifs de colonnes à cannelures. Le photographe Benoît Aquin parcourt les rues de la ville pour en saisir les images. Jean-Robert Drouillard a modifié son projet de sculpture, intégrant un crâne d’ours noir plutôt qu’un crâne de taureau tel qu’initialement proposé. Bakery Group crée une oeuvre à partir du bois local.

Vue de l'installation en bois de Bakery Group (centre), avec les sculptures de Jean-Robert Drouillard (gauche) et l'installation de Geneviève et Matthieu (droite)

Vue partielle de l'installation de Cédric, Jim et Nathan Bomford

Sonny Assu s'inspire de son passé autochtone pour créer des tambours qui rappellent l'histoire de son peuple

Nicolas Galanin s'est numérisé et découpé en tranches fines pour recréer son portrait. À voir sur place!

Le collectif montréalais Seripop monte des centaines de sérigraphies sur une installation. Le résultat promet d'être spectaculaire.

L'artiste de Québec Jean-Robert Drouillard pose près de sa sculpture. Il poursuit son exploration du thème de la famille. Au moment de mon passage, il était en train de brûler sa sculpture en bois, sur laquelle il va adjoindre le crâne d'un ours. Métamorphose? Costume? Caricature? Radiographie? Le plaisir réside dans l'ambiguïté de son geste.
Par rapport aux deux années précédentes [2008, 2009], j’ai été surpris par la taille des oeuvres. Quelques installations sont imposantes.
Aussi, l’accent mis sur le geste artisan a une conséquence inattendue : les marteaux, scies et autres appareils se font entendre assez fortement. Le visiteur a vraiment l’impression de pénétrer dans l’atelier des artistes. Ça soude, ça transforme, ça crée. Les matériaux sont présents et on les sent. L’aspect technique du métier d’artiste est palpable.
En un sens, il me semble que le pari du commissaire est en train d’être relevé. En mettant l’accent sur le geste artisanal, les artistes questionnent la frontière de l’art. Peut-être s’agit-il d’un juste retour vers les mains? Si l’art est une cosa mentale, «une chose mentale» comme disait Léonard, il semble important de signaler qu’en 2010, il s’agit aussi d’une cosa manuale. À une époque où les moyens technologiques facilitent la création, le retour du geste de l’artiste paraît plus apprécié que jamais.
C’est le coeur partagé entre le bonheur et la tristesse que je suis reparti vers Québec. D’un côté, le consommateur d’art contemporain en moi a été rassasié. De l’autre, la dynamique même du Symposium consiste à voir les oeuvres se créer au fil des jours. Ils sont chanceux les résidents de Baie-Saint-Paul puisqu’ils peuvent suivre l’évolution des oeuvres petit à petit.
Sur un plan plus personnel, mes salutations à Catherine Baril, étudiante en histoire de l’art à l’Université Laval qui faisait un excellent travail d’animation, ainsi qu’à Paryse Martin, artiste et professeure à l’École des arts visuels que j’ai croisée et qui est toujours aussi passionnée.
Le Symposium se déroule à Baie-Saint-Paul jusqu’à la fin du mois d’août. Faith Ringgold sera présente lors de la dernière fin de semaine. Ateliers, conférences et concerts musicaux sont aussi au programme. Tous les détails sont disponibles sur le site du Symposium.
Ce billet est placé dans la catégorie «Critique». Je rappelle que ma démarche critique repose sur trois fondements : la subjectivité de mon point de vue, le développement historique de l’art et la quête impossible de la perfection.
