Marc Gauthier
Mon espace consacré à l'art et à son histoire. Point focal: Québec.
Le Musée de l’informatique à Montréal ?
Le Musée de linformatique à Paris lors de ma visite en mai 2008. Photo personnelle.

Le Musée de l'informatique à Paris lors de ma visite en mai 2008. Photo personnelle.

Le Louvre pour tous a attiré mon attention sur un article publié sur lesoir.be, un site d’information belge.

Peut-être connaissez-vous le Musée de l’informatique à Paris? Il est localisé dans la Grande Arche du quartier de la Défense.

Je devrais plutôt écrire qu’il y était situé puisque, depuis le mois d’avril, l’organisation se retrouve sans locaux suite à un problème technique et à la volonté affirmée du Ministère de l’Écologie pour récupérer cet espace. C’est donc dire que les TRS-80 et Apple II se retrouvent entreposés quelque part dans la région parisienne.

Selon l’article, le directeur du musée, Philippe Nieuwbourg, aurait reçu des propositions concrètes en lien avec l’hébergement de son musée. Les statistiques de fréquentation du Musée seraient de 250 000 visiteurs annuellement. En ce sens, l’institution devrait demeurer dans une grande ville, toujours selon le directeur.

Or, monsieur Nieuwbourg affirme avoir trouvé des lieux intéressants à Bruxelles et à Montréal. La citation exacte est la suivante : « Montréal dispose également de lieux intéressants. » Je me demande quels seraient les lieux montréalais qui pourraient accueillir cette collection.

Spontanément, c’est le Centre des science de Montréal qui me vient à l’esprit. Son mandat éducatif et son public jeune pourraient l’intéresser à une collection dont une partie est tournée vers la technologie et les jeux vidéos. Par contre, il me semble que les collections permanentes sont déjà bien installées et je vois mal dans quels processus existants les objets pourraient s’insérer.

Moins probable, mais possible, serait le Musée des ondes Émile Berliner. Bien que l’institution soit principalement consacrée à la technologie audio, peut-être considèrent-ils un élargissement de leur mission vers la technologie en général dans le cadre de leur agrandissement? J’en doute, mais c’est toujours possible.

Finalement, la collection du Musée de l’informatique pourrait peut-être convenir à un lieu d’exposition comme le Centre d’exposition de Montréal. Le seul hic, c’est que ce lieu, qui présente Bodies, qui a exposé des artefacts du Titanic et qui s’est penché sur l’univers de Narnia, ne possède pas de collection permanente.

Quant à la fréquentation, je me questionne fortement sur la capacité d’attraction de ce type de collection par elle-même. Si l’achalandage est impressionnant, il me semble qu’une forte partie de la clientèle devait être composée de visiteurs de proximité, explorant la collection parce qu’ils se trouvent au sommet de la Grande Arche. Je ne crois pas que la majorité d’entre eux visitaient la Grande Arche pour explorer les collections du Musée.

C’est du moins l’expérience que j’ai faite de ce musée dont j’ignorais complètement l’existence au moment de ma visite panoramique au sommet de l’arche. Mon but recherché consistait plutôt à jeter un regard sur la longue perspective offerte par l’avenue des Champs-Élysées et sa vue sur l’Art de triomphe. J’ai visité la collection mi-amusé, mi-ennuyé, et les visiteurs n’étaient pas très nombreux. Sans universaliser mon cas particulier, il me semble évident que tout déménagement va affecter d’une façon considérable l’intérêt pour la collection.

Pourtant, ces objets font partie du patrimoine et de l’histoire. L’impact des technologies sur notre vie est indéniable, surtout depuis les années 1980. Les ordinateurs personnels ont changé la société et nous continuons encore à nous adapter à ces changements technologiques.

Ces objets sont gros et encombrants. Ils ne sont pas encore passés par le purgatoire du temps qui institue un regard distant. Ils ne sont que datés. On ne les voit pas encore avec un regard éloigné, comme on peut le faire avec les vieux téléphones, les vieilles radios et, depuis peu, les vieux téléviseurs.

Sommes-nous prêt à accueillir un musée de l’informatique ? Pour y faire quoi ? Si le regard esthétique sur les objets n’est pas encore possible, que nous reste-t-il ?

En dehors de la forme, il reste la fonction. Les vieux postes de radio nous paraissent aujourd’hui design et représentatifs d’une époque. Mais en plus, ils émettaient des émissions qui ont fait date. On n’a qu’à penser à l’adaptation du roman de H. G. Wells, La Guerre des mondes, que Orson Welles a réalisée, pour voir deux angles par lesquels ils peuvent devenir du patrimoine : matériel et immatériel. Or, La Guerre des mondes et les postes de radio font partie de deux stratégies de conservation différentes.

Je ne suis pas un expert sur la question de la conservation, mais je crois qu’un phénomène similaire se produit dans le cas des ordinateurs. Les programmes qui fonctionnaient sur ces machines sont très souvent évacués. En d’autres termes, la fonction est détachée de la forme. C’est un écueil qui ne semble pas évité par le Musée de l’informatique puisque s’il met aussi l’accent sur le jeu vidéo, ce sont plutôt les consoles que les jeux proprement dits qui font l’objet de la collection.

C’est la raison pour laquelle que je crois que le lieu le plus probable pour cette collection, le Centre des sciences de Montréal, ne me semble même pas crédible.

L’institution met l’accent sur l’interaction avec le participant dans sa démarche pédagogique. On touche, on bouge, on est fasciné et intéressé. Dans le cas du Musée de l’informatique, les objets sont inertes et ne fonctionnent pas. Il me semble que, tout au plus, le Centre pourrait désirer la collection pour l’utiliser, selon ses besoins, à des fins d’illustration.

Dès lors, vraiment, il doit exister d’autres lieux intéressants à Montréal pour monsieur Nieuwbourg. Je serais curieux de connaître lesquels.

Ne manquez pas de lire les commentaires puisque le directeur du Musée, Philippe Nieuwbourg, précise sa position.

Un nouvel article sur Numerama ne mentionne même pas Montréal. Est-ce significatif? [lire le nouveau billet]

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8 Comments to “Le Musée de l’informatique à Montréal ?”

  1. Bonjour et merci pour votre billet, qui met la lumière sur la disparition de notre musée consacré à l’informatique et aux jeux vidéos.

    Créateur de ce musée, je me dois de vous apporter quelques éléments de réponses à vos interrogations :

    - Concernant la fréquentation du musée, nous accueillions 250 000 visiteurs par an, dont environ la moitié venait pour la vue sur Paris et l’autre moitié pour le musée de l’informatique et celui du jeu vidéo. Cette répartition était très dépendante des périodes de l’année. Pendant la saison touristique (avril à septembre environ) l’essentiel des visiteurs étaient des touristes attirés par le belvédère. En revanche, le reste de l’année, quand les touristes sont moins nombreux et la visibilité moins bonne, l’attrait essentiel était les musées.
    - Concernant le contenu, je sens que vous n’avez pas été sensible à ce retour dans l’histoire de l’informatique. Je peux le comprendre, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Nous sommes unique pour tous ceux qui ont connu l’informatique des années 50/60 et qui souhaitent la revoir, pour ceux qui ont débuté la micro-informatique dans les années 80 et la retrouvent avec nostalgie… mais surtout pour les enseignants qui souhaitent donner un peu de perspective à une génération numérique sans histoire. Nous accueillions en moyenne une visite scolaire par jour ! Comme le dit le journaliste Michel Chevalet, notre parrain, il y a des musées des chemins de fer, de l’automobile, de l’aéronautique… et il n’y avait pas de musée de l’informatique, ce qui était un manque.
    - L’absurdité de certaines élites françaises risque de conduire à la fermeture définitive du toit de la grande arche. Ce n’est pas le musée qui est visé, mais le batiment. Plus de belvédère, mais plus de musées non plus. Nous allons donc être contraints de déménager. Ce qui m’amène à envisager de grandes villes européennes mais pourquoi pas aussi nord-américaines. Il y a un très beau musée de l’informatique, très grand et très visité à Montain View.

    Concernant Montréal, je vais me permettre de vous faire remarquer qu’il y a déjà un musée de l’informatique ! Et oui ;-)
    L’an dernier, je suis venu, invité par le Pavillon d’Education Commununautaire Hochelaga Maisonneuve pour l’ouverture d’une première exposition, qui a attiré quelques centaines de personnes en quelques jours.
    Grâce au dynamisme de Louise Montgrain, Anne-Lise Caron et Marc-André Léger, ce musée va devenir permanent. Je vous invite d’ailleurs à nous rejoindre le 10 septembre prochain pour son inauguration.
    Vous en saurez plus sur http://www.imusee.org/Accueil.html
    Ce n’est encore qu’une étape, et le chemin est long, mais nous avons déjà pris des contacts, politiques et économiques pour envisager l’étape supplémentaire, celle de la création d’une véritable cité numérique autour de l’informatique et des jeux vidéos.
    Je ne vous répondrai en revanche pas sur le lieu… gardons le mystère… d’autant que plusieurs espaces sont étudiés, mais aucun pour l’instant de ceux que vous avez mentionnés ;-)
    Au plaisir de vous croiser à Montréal le 10 septembre !

  2. Marc dit :

    Bonjour monsieur Nieuwbourg,

    Je veux d’abord vous remercier d’avoir placé ce commentaire suite à mon billet. Il me semble que le dialogue est toujours la meilleure façon de préciser les points de vue. Je me dois donc de vous répondre ;)

    En tout premier lieu, je tiens à préciser que je ne suis pas contre l’idée d’un musée de l’informatique, bien au contraire. Ceci étant dit, je trouve intéressante la comparaison que vous faites avec les autres musées à vocation technologique (chemin de fer, automobile, aéronautique). Vous rejoignez en cela mon propos sur les objets de communication comme le téléphone, la radio et la télévision.

    Ma réflexion ne concernait pas tant la pertinence d’un tel musée que les défis auxquels les administrations font face pour stimuler l’intérêt du public. C’est la raison pour laquelle je trouve qu’il manquait à votre institution le verso de son recto, c’est-à-dire les programmes informatiques pour lesquels les objets ont été conçus. En ce sens, j’apprécie les nuances que vous apportez au sujet de votre clientèle.

    Cependant, je me permets de vous corriger quant à l’existence d’un musée de l’informatique à Montréal. Il ne s’agit pas d’un musée tel que peut le définir la Société des musées québécois, mais plutôt d’un lieu d’interprétation. La différence de statut est importante puisqu’elle signale différents objectifs et un rapport différent quant à la collection.
    Je vous suggère de consulter cette page à ce sujet :
    http://www.smq.qc.ca/mad/smq/musee/index.php

    Bien évidemment, il n’est pas dans mon intention de dénigrer le travail que font les intervenants d’Hochelaga-Maisonneuve, un travail que je trouve remarquable. Par contre, il existe une différence indéniable entre un musée installé au sommet de la Grande Arche à Paris et un centre communautaire dans l’un des quartiers les plus pauvres de Montréal. Quant à votre projet d’une cité numérique, il me laisse perplexe puisqu’il existe déjà dans la métropole québécoise une Cité du Multimédia et une Cité du commerce électronique, soutenues par les administrations publiques.

    Finalement, je comprends votre position à l’égard de la fermeture du toit de la Grande Arche et je la partage. Il me semble qu’il s’agit d’un geste de cloisonnement d’un lieu public dont la jouissance ne profitera plus qu’à quelques privilégiés de votre société. J’ose espérer que la crainte de voir cette collection quitter le sol français fera bouger vos dirigeants.

  3. Merci pour votre réponse, le débat est en effet intéressant. Vous avez parfaitement raison sur la terminologie. Et cela me permet de découvrir une différence de plus entre nos deux langues. En France un musée a toujours deux facettes : conservation et exposition, mais on parle toujours de musée. La notion de lieux d’interprétation n’existe pas.
    Je vais donc l’ajouter à mon vocabulaire.
    Le PEC Hochelaga-Maisonneuve dispose d’une très belle collection, qu’il entretient et conserve afin justement de la transmettre aux futures générations. Il ne se contentent pas de l’exposer.

    En ce qui concerne notre projet, je connais en effet la cité du multimédia, mais je n’y ai rien trouvé qui se rattache au passé (à moins que cela n’ait été développé depuis) et fasse le lien entre l’histoire et le futur. Or « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur », disait Winston Churchill. Nous en sommes convaincus et défendons la transmission de l’histoire des technologies de l’information.

    Tout cela évoluera dans mon esprit dès le mois de septembre car j’ai prévu un voyage d’une dizaine de jours à Montréal pour étudier le projet et rencontrer ceux qui nous ont proposé de le monter. Stay tuned :-)

  4. Marc dit :

    Je prends note de votre précision concernant l’iMusée. J’ai fait d’autres vérifications et il semble bien qu’il s’agisse d’un musée au sens entendu par la SMQ, et non d’un lieu d’interprétation:
    http://www.smq.qc.ca/mad/guidemusees/fiches/institution.php?ID=50-55-163037

    En ce qui concerne la Cité du Multimédia, vous avez aussi raison de souligner l’absence de projet à caractère historique ; il s’agit du nom d’une région de Montréal dans laquelle existe des stimulants économiques.

    Je suis partagé entre deux points de vue à cet égard : il me semble que votre projet serait plus viable au centre-ville de Montréal, près des acteurs s’intéressant déjà aux technologies. D’un autre côté, je ne vois pas pourquoi les résidants d’Hochelaga-Maisonneuve ne pourraient pas développer cet angle d’une façon encore plus approfondie, surtout auprès de la clientèle scolaire. J’arrive au bout de mes connaissances en muséologie, en toute franchise.

    Je suis très curieux de suivre l’évolution de votre projet. Tenez-moi au courant !

  5. J’espère que vous viendrez pour l’inauguration le 10/09. Envoyez moi un courriel, je vous ferai suivre l’invitation.
    A bientôt !

  6. [...] not forget to read the comments on the French blog as the Director of Museum, Philippe Nieuwbourg clarify his [...]

  7. [...] la capitale française et qu’il avait présenté son point de vue sur le blogue en 2010. [premier billet] [second [...]

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