
Maquette de l'agrandissement du Musée national des beaux-arts du Québec
C’est un véritable parterre de dignitaires qui étaient présents pour l’annonce de la firme d’architectes qui a remporté le concours d’agrandissement du Musée national des beaux-arts du Québec. On retrouvait:
- John R. Porter, président de la Fondation du Musée
- Pierre Lassonde, président du C.A. du Musée et mécène
- Charles-Mathieu Brunelle, président du jury d’architecture
- Josée Verner, ministre fédérale
- Christine Saint-Pierre, ministre provinciale
- Esther Trépanier, directrice-générale du MNBAQ
Le maire Labeaume était absent, remplacé par Julie Lemieux, responsable de la culture dans l’administration municipale.
Tout ce beau monde a prononcé de beaux discours à tour de rôle à la tribune, sauf Esther Trépanier. Est-ce symptomatique que la directrice-générale du Musée, celle qui devra composer avec l’agrandissement une fois les confettis retombés, n’y prenne pas place? J’espère que non.

De gauche à droite: Pierre Lassonde et John R. Porter
En toute honnêteté intellectuelle, il faut reconnaître que ce projet d’agrandissement est le bébé de messieurs Porter et Lassonde. Il est donc normal qu’ils soient ceux qui prennent le plus de place lors de cette annonce. Le projet a été décrit comme la « matérialisation du rêve de 2 hommes » par monsieur Porter, après tout.
Monsieur Lassonde a parlé d’un projet qui « [...] continuera notre mission, mais répondra à notre public. » Pour sa part, monsieur Brunelle m’a un peu fait marrer lorsqu’il a parlé des conflits mondiaux sur la planète et que l’ouverture d’une nouvelle aile de musée « [...] contribue, d’une certaine manière, à changer le monde. » Un peu de rêve pour un projet rêvé, finalement.

De gauche à droite: Shohei Shigematsu, architecte de la firme O.M.A., John R. Porter, Pierre Lassonde
Par la suite, le public a eu droit à une vidéo présentant la firme O.M.A., celle qui a remporté le concours. Puis, les politiciennes ont pris la parole. Nous étions évidemment dans la récupération, madame Verner se distinguant à ce niveau en glissant le Plan d’action économique du Canada (vous savez, celui qui est dans les publicités, sur les affiches et bientôt sur Grande-Allée).
Vint ensuite le tour des questions des journalistes. Je ne nommerai pas les deux premières personnes à avoir pris le micro, mais vraiment, appeler ces questions des moments journalistiques est généreux.
Première question, dirigée vers monsieur Porter: Qu’est-ce qui vous plaît dans ce projet? Autant lui demander s’il préfère le bleu ou le rouge, puisque *normalement*, le jury était composé de plusieurs personnes et que monsieur Porter n’était qu’une voix parmi d’autres.
Seconde question, dirigée encore une fois vers monsieur Porter: Comment avez-vous réagi lorsque vous avez-vu le projet gagnant? Que pouvait-il dire, sinon pousser un «Wow!» expressif? D’oh! Même moi, je pose de meilleures questions sans avoir d’expérience.
Heureusement, Diane Tremblay du Journal de Québec est venue sauver l’honneur des membres de la FPJQ. Elle a posé une question extrêmement pertinente, au lendemain du dépôt d’un budget qui demande aux Québécois de se serrer la ceinture : combien le processus de sélection a-t-il coûté? Malheureusement, elle n’a eu droit qu’à une réponse lénifiante de monsieur Porter, qui lui a dit, en gros, qu’il fallait lui faire confiance.
Cet aspect duplessiste/lénifiant était aussi manifeste quand monsieur Porter a présenté les résultats d’un sondage qui dirait que plus de 80% des gens sont en faveur du projet. L’opposition est marginale, c’est clair?
Bon, je me considère comme faisant partie du nombre de ceux qui *appuient* le projet, au point où c’en est rendu. Cependant, j’aime bien avoir les chiffres sur la table, au cas où… Mais bon, il semble que les journalistes culturels de Québec – sauf Diane Tremblay du Journal de Québec – préfèrent les questions quasi-pipole.
Somme toute, que retenir de cet événement?
Que j’espère, dans 15 ans, quand tout ce beau monde sera à la retraite, que je ne ferai pas partie de la génération d’historiens de l’art en train de ramasser les pots cassés en me disant « je vous l’avais dit! » mais que je tenterai plutôt de faire oublier cette époque où j’exprimais certaines réserves.
Pour rappel, la plus importante de mes craintes concerne l’ajout de surfaces d’expositions et l’injection de millions dans le béton et leurs conséquences sur les finances de notre Musée national. En corollaire, j’ai peur d’assister à une lente consolidation du Musée national des beaux-arts du Québec comme pôle touristique, aux dépens de vocations muséales moins populaires comme la recherche, la diffusion de l’art ancien et la conservation.

Vue en arrivant de l'est du pavillon proposé
Remarques en vrac
* John R. Porter aimerait que le nouveau pavillon marque le paysage urbain de Québec lorsqu’on arrive de l’est, comme le Château Frontenac le fait de l’ouest. On rappellera qu’il s’agissait de la volonté première lors de la création du Musée de la Province, ce qui explique son orientation sur les plaines d’Abraham en direction de Grande-Allée. Surtout, on soulignera que la maquette remise aux journalistes laisse songeur à cet égard en raison de la forte présence des arbres, ces ennemis de la perspective visuelle.
* Amusant: Les architectes ont placé une sculpture qui ressemble au Stegosaurus d’Alexander Calder devant la maquette, tandis que des sculptures de Rodin (Les Bourgeois de Calais) sont devant l’image de synthèse.

Détail de la maquette dévoilée lors du dévoilement de l'agrandissement du MNBAQ

Détail de l'agrandissement proposé pour le Musée national des beaux-arts du Québec

Maquette utilisée par les architectes
* Une maquette des architectes traînait sur leur table. Sympa, surtout quand on sait que les architectes ont compris Québec comme une ville où les couches historiques se superposaient. Ils ont donc conçu leur projet comme une transition de la façade moderne vers les couches historiques de l’ancienne prison et des Plaines d’Abraham. L’immeuble est donc une couche supplémentaire qui semble s’infiltrer sous les couches historiques. Évidemment, ils rasent le couvent des Dominicains en passant, mais leur mandat ne prévoyait pas sa sauvegarde.
* Drôle de stratégie que d’avoir révélé le nom de la firme gagnante dans la pochette de presse remise aux journalistes. Le résultat concret aura été un dévoilement du nom des gagnants sur les sites Internet de cyberpresse *avant* leur dévoilement officiel.
* Où sont les artistes dans le projet? On dit vouloir inclure 50 ans d’histoire de l’art au musée pour se rendre jusqu’à aujourd’hui (1960-2010). Il me semble que le rapprochement avec le milieu artistique n’est pas toujours évident en milieu muséal et j’aurais aimé les entendre un peu plus.
* La question qui tue, comme dirait l’autre : quel nom va porter ce nouveau pavillon? Je propose Portlasseronde, un mélange de Porter et Lassonde. C’est moins à la mode qu’avant, mais c’est original! Je taquine car au fond, ça nous prendrait plus de mécènes comme Pierre Lassonde pour doter, enfin, le MNBAQ d’un fond autonome qui assurerait son financement en dehors des aléas politiques.

[...] à agrandir le Musée ? La firme O.M.A. (Rotterdam) remporte le concours. J'ai quelques commentaires sur cette annonce. J'ai aussi préparé un parcours visuel du nouveau bâtiment. [...]
Vous avez raison de vous étonner de l’absence de madame Trépanier. Ce n’est pas la première fois qu’on lui manque de respect. Il y a un déficit de savoir -vivre chez certains historiens d’art musélogues . Pire, le « silence des journalistes » à ce propos est consternant. Vous avez raison aussi de vous inquiéter de ce sur-investissement dans le béton et enfin de l’absence des artistes d’ici ?