À lire

Dernières critiques

Critique des expositions proposées à l'Oeil de poisson en mars

Je vais l’avouer en commençant : je ne suis pas un fan de l’art vidéo. D’une façon générale, ces recherches formelles m’ennuient totalement et je ne vois pas l’intérêt, en tant que spectateur, d’assister au work in progress des artistes. Plus souvent qu’autrement, j’ai l’impression d’observer une personne créative qui s’est arrêtée sur un effet de style et qui nous le propose comme pièce de méditation sur la vie en général.

Et lorsque la scène est plus complète, lorsqu’un propos est construit, lorsqu’on tente de me dire quelque chose, j’ai l’impression de regarder un sous-produit cinématographique. Et en plus, il me semble que l’art vidéo, à l’époque d’Internet et de YouTube, se consomme bien plus facilement dans le confort de mon salon. Pourquoi aller dans une galerie? Quel sera l’ajout à ma perception dans cette façon d’entrer en contact avec l’oeuvre?

Ça tombe mal: L’Oeil de poisson propose deux vidéos dans sa grande galerie. Ouch!

Photographie : Daniel Olson

Photographie : Daniel Olson

Pas trop bête, j’ai décidé de commencer ma visite par la petite galerie. Cet espace gros comme un 3 1/2 à Manhattan (comprendre 50 pieds carrés) est souvent donné à des artistes qui proposent des oeuvres vraiment sympathiques. C’est encore le cas cette fois-ci où le visiteur est accueilli avec une grande affiche représentant un clown. On dirait un panneau-réclame pour un spectacle de cirque annoncé.

Au fond de la petite pièce, derrière un panneau dans lequel on a découpé un grand carré, on aperçoit un habit de clown suspendu au mur. Ma première lecture a transformé ce costume en habit vidé de son essence. En effet, qu’est-ce qu’un habit de clown sans personne pour l’animer? C’est d’une tristesse qui emplit immédiatement de nostalgie. On sent que la fête a eu lieu ou qu’elle se produira bientôt, mais que nous ne sommes pas dans le bon moment.

En s’approchant du panneau de bois, on découvre que l’installation nous propose l’envers d’une loge. Que voit-on de l’autre côté? Sur une tablette sont déposés un masque avec des lunettes auquel un nez et des moustaches sont attachés, des ballons dégonflés, des bonbons… Le carré découpé représente un miroir par lequel on plonge dans la loge. Et les niveaux de sens continuent de s’accumuler au fil de l’observation. Tiens, une fiole pouvant contenir de l’alcool. Ah! Ce cendrier est vraiment rempli de mégots. Et comme l’ensemble est malpropre! Finalement, le rôle de clown semble user son interprète. Et puis, quand on y pense, si nous sommes dans l’espace représentant un miroir, l’image que nous projetons est-elle celle d’un clown?

Tandis que mon esprit vogue dans ces réflexions, j’entends les sons provenant de la grande galerie. Des bruits d’eau, peut-être, ou des sons métalliques? Impossible de le savoir car l’entrée est camouflée par un grand rideau noir. Bon, il est temps de faire le vide de mon esprit pour ouvrir les canaux de réception. À bas les préjugés, me dis-je en déplaçant légèrement le rideau pour affronter ces sons qui accompagnent les vidéos.

Le visiteur est accueilli par une grande projection sur le mur du fond. On y voit des images de synthèse qui reproduisent un champ de maïs. La pièce est plongée dans le noir, sauf la lumière émanant des vidéos. Les épis de maïs semblent éclairés faiblement par une lumière diffuse, comme si elle émanait d’une caméra.

On entend un bruissement. La caméra bouge rapidement et nous nous déplaçons dans le champ de maïs. Nous sommes à la poursuite d’une bibitte qui se déplace dans ce champ. La qualité de réalisation est très bonne. Les sons sont clairs, les images de synthèse sont bonnes, l’ambiance créée efficace.

Qu’est-ce qu’on cherche? Quel est cet objet qui se déplace dans le champ?

Au fur et à mesure que mes yeux s’habituent à l’obscurité, je commence à remarquer des détails qui m’échappaient au début. Je discerne des traces au sol, comme des sillons laissés par des roues de tracteur dans lesquels se trouvent des flaques d’eau. À l’arrière-plan se détache des silhouettes d’arbres, de fermes, de silos de grains. La lumière du ciel m’apparaît de plus en plus claire. Est-ce qu’il s’agit d’une illusion liée à l’acclimatation de mon oeil à la noirceur ou un effet voulu par l’artiste? Difficile de trancher.

Bon, d’accord, c’est bien. Mais que cherche-t-on au juste? Car la course après l’objet courant non identifié se poursuit. Le rythme est toujours le même. La caméra se fixe sur un épi de maïs, on attend quelques instants, un bruit se fait entendre, la caméra se déplace vers un autre épi qui bougeait un peu plus loin.

Après un certain temps, la clef de l’énigme se révèle à moi. Tiens, me dis-je, n’ai-je pas déjà vu cet épi de maïs-là? J’attends un peu. Oui, oui, il revient ici encore une fois. Il s’agit d’une boucle. Ouais, super.

Au moment où je délaisse l’écran pour me tourner vers l’autre projection vidéo, la salle se remplit d’un éclair blanc. Holà! Je n’avais pas vu cet éclair-là. La boucle que j’avais décodée est donc trompeuse. Je me suis fourvoyé.

Je recommence donc l’ensemble du processus. J’écoute de nouveau la vidéo, cette fois-ci en me disant que je vais attendre jusqu’à la fin pour connaître l’origine ce grand éclair blanc. Je m’investis dans cette vidéo. Je veux ma récompense. Je ne gâcherai pas votre plaisir en vous dévoilant la cause de cette luminosité. Ce n’est pas un gros punch, mais comme c’est le seul que la vidéo possède, il serait malvenu d’en dévoiler la teneur.

Quant à l’autre vidéo, il s’agit d’un cochon qui saute dans les airs. Si, si! Inutile de dire que cette projection laisse froid, malgré un bel effet de texture. Zzzzz. On croirait observer des exercices de graphisme tels qu’ils sont réalisés dans le cadre d’un cours d’une A.E.C. Seul ajout qui est le moindrement intéressant, cette insertion d’une image fixe, comme une radiographie du cochon.

Photo: Michel Boulanger

Photo: Michel Boulanger

D’une point de vue conceptuel, ces deux projections questionnent le mouvement perpétuel. Fuir propose de petites nuances entre chaque boucle qui se termine sur le gros plan sur l’épi de maïs. Pour sa part, le petit cochon saute de plus en plus haut avant de retomber sur le sol vers une inertie quasi-complète. La mise en commun des deux expositions lie ensemble culture du maïs et élevage du porc, des problématiques bien contemporaines dans l’agriculture québécoise.

Sans ces clés de lecture, votre expérience risque fort de ressembler à ce que j’ai décrit plus haut. Soyez averti!  Ce ne sont pas des exercices de style, mais un propos soutenu par une démarche vidéo.

Ah, ce damné art contemporain qui nous demande de nous investir pour bien l’apprécier.

Ne peut-on pas nous donner toute la matière tout cuit dans le bec, comme dans un film hollywoodien?

Je suppose que se trouvent là tout l’intérêt et toute la difficulté de l’art vidéo tel qu’on nous le propose en galerie.

En sortant ou en entrant des galeries de L’Oeil de poisson, il ne faut pas manquer de jeter un coup d’oeil à l’entrée vidéo, cette projection dans le couloir du complexe Méduse. Dans le cas présent, elle nous diffuse l’image du clown dont nous retrouvons le costume dans la petite galerie, filmé à travers le miroir de la loge. Vraiment sympa.

Informations pratiques

  • L’exposition avec le clown s’intitule Cheap Tricks de Daniel Olson. Elle est présentée dans la Petite Galerie et dans l’entrée vidéo jusqu’au 21 mars 2010. Les détails pratiques se retrouvent dans le calendrier culturel. Le communiqué de presse est disponible sur le blogue.
  • Les deux projections vidéos de la Grande Galerie sont regroupées au sein du projet Champ témoin de Michel Boulanger. Ici aussi, les détails pratiques se retrouvent dans le calendrier culturel et le communiqué de presse est sur le blogue.
  • L’entrée est libre.
Related Posts with Thumbnails

1 comment to Critique des expositions proposées à l’Oeil de poisson en mars

Leave a Reply

 

 

 

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>