Marc Gauthier
Mon espace consacré à l'art et à son histoire. Point focal: Québec.
Critique de l’exposition «carnet de l’intranquille» de Judith Bellavance chez Lacerte Art contemporain
Categories: 2000+, Art, Galeries, Peinture

Il ne reste que quelques jours pour apprécier l’exposition carnet de l’intranquille proposée par Judith Bellavance chez Lacerte Art contemporain. Délicatesse, poésie et transformation de son langage artistique sont à l’ordre du jour.

La délicatesse se manifeste dans les oeuvres par l’approche formelle privilégiée par Judith Bellavance. L’artiste travaille en fines couches superposées de peinture, appliquées les unes sur les autres. Ce chevauchement crée un effet de flou important dans les motifs illustrés, un genre de sfumato remis au goût du jour. Ainsi, au premier regard, le visiteur reconnaît vaguement un objet dans les toiles: ici, une chaise, là, une sorte de table. En s’approchant du tableau, la profondeur des couches révèle d’autres images occultées par la peinture. Souvent, il va s’agir de simples traits qui confèrent à l’oeuvre des lignes de force et qui dynamisent l’ensemble. Quelques fois, ce sont des effets de textures qui sont camouflés au plus profond du motif. C’est qu’il arrive à l’artiste de travailler en grattant son support, ce qui crée creux et reliefs qui sont ensuite intégrés à l’oeuvre.

La poésie s’exprime littéralement dans les oeuvres de Bellavance par un procédé similaire. L’artiste inscrit de courtes phrases dans plusieurs de ses tableaux. Ces mots sont gravés ou peints, c’est selon. Ils indiquent souvent le titre de l’oeuvre, comme dans le tableau mots pour demain (acrylique sur bois) où la phrase est grattée à même le support. Pourtant, au premier coup d’oeil, on ne distingue qu’une chaise qui semble surgir d’un brouillard blanc et bleu.

Les couleurs utilisées alimentent cet aspect vaporeux. Oubliez l’orange criard ou le jaune serin dans cette exposition. Plutôt, nous naviguons dans des teintes chaleureuses que la technique utilise avec justesse. Le seul moment où les couleurs sont exploitées dans un langage pictural contrasté se retrouve dans la dichotomie entre l’objet représenté et le fond duquel il se détache.

L’iconographie de l’artiste participe également à la sensation de flou qui se dégage de l’exposition. Dans chaque toile, on se demande ce qu’on observe. Est-ce une chaise? Une table? Est-ce vraiment un meuble? Et que représente cette espèce de forme triangulaire qui semble se déployer au vent? Seule constante: les motifs se placent au centre de l’oeuvre, comme suspendus dans une mer de brume.

En entrant dans la grande salle blanche de la galerie d’art, un rapide coup d’oeil permet donc de cerner certaines caractéristiques du langage de l’artiste: motif central qui tranche avec le fond, couleurs apaisantes, grandes lignes dynamisant l’ensemble. En observant les oeuvres de plus près, on découvre des mots grattés, des motifs enfouis qu’il faut deviner sous les couches de peinture et quelques autres détails dans le même style. En décortiquant les dates de production, on voit la transformation du langage de l’artiste. Certains motifs disparaissent, comme l’objet triangulaire non identifié, pour faire place aux lignes qui rappellent vaguement les branches d’un arbre.

La production la plus récente de Judith Bellavance laisse tomber ces lignes courbes. Heureusement, serais-je tenté d’ajouter, car elles semblent gâcher un peu son travail de poésie. Comme des lignes de discorde qui perturberaient l’harmonie des tableaux, elles jurent par leur aspect moins bien travaillé et aléatoire.

Mais tiens, j’y pense, l’exposition s’intitule carnet de l’intranquille. Peut-être ces lignes doivent-elles être comprises à cette lecture, c’est-à-dire en tant qu’élément perturbateur d’une poésie trop tranquille? Difficile de trancher, voire inutile de chercher à le faire.

Somme toute, une exposition qui plaira par sa délicatesse aux amateurs de finesse et de poésie sans bouleverser les conventions picturales.

Informations pratiques

  • Le carnet de l’intranquille de Judith Bellavance est proposé chez Lacerte Art contemporain jusqu’au 21 mars.
  • Mon coup de coeur va à l’oeuvre mots pour demain, une acrylique sur bois où la phrase-titre est grattée dans l’oeuvre.
  • Les prix varient de 1600$ à 2950$.
  • L’entrée est libre; on ne vous demandera pas votre déclaration d’impôt à la porte pour vérifier si vous êtes un acheteur potentiel.
  • Les détails pratiques sont disponibles dans le calendrier culturel. Le communiqué de presse est disponible sur le blogue.
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