Ceux et celle qui croient que l’estampe est un médium plat devront refaire leurs devoirs en visitant l’exposition Boom Town de Colin Lyons, présentée chez Engramme jusqu’au 18 avril 2010. Rappelons que l’estampe est ce procédé qui consiste à presser un support (habituellement une feuille de papier) sur une matrice pour imprimer les motifs qui y sont présents. La gravure constitue un exemple de ce procédé artistique où l’artiste burine un plaque, verse de l’encre dans les traces créées et presse un feuille de papier pour obtenir son oeuvre.
Dans Boom Town, les oeuvres qui nous sont proposées sont tridimensionnelles. En entrant dans l’espace, l’ensemble paraît se structurer autour de trois parties. Sur des présentoirs blancs très bas se trouvent posés des modèles réduits d’immeubles. Au premier regard, leur couleur noire délavée frappe l’oeil. Les formes sont industrielles et la texture rappelle les structures usées par le temps. Comme de fait, les immeubles représentent des usines qui paraissent vieillies par ce jeu sur les textures. En circulant au milieu de ces reliques d’un passé encore présent, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec le texte de Robert Smithson de 1967 intitulé A Tour of The Monuments of Passaic, N. J. En remarquant que l’une des usines arborait l’enseigne Farine Five Roses, j’ai été surpris; je n’étais plus dans l’abstrait mais plutôt dans la représentation d’une réalité proche de la mienne. Je me suis alors surpris à chercher à identifier tous ces immeubles, sans succès.
Si les maquettes constituent la première partie de Boom Town, de grandes estampes sur les murs forment la seconde. De l’entrée de la pièce, alors que toute mon attention était dirigée sur les modèles réduits, un rapide coup d’oeil m’avait convaincu qu’il s’agissait de représentations de plans architecturaux. Bien que les images soient noires, elles étaient découpées en formes géométriques facilement identifiables, comme sur une coupe où l’immeuble serait projeté selon différentes perspectives. Ce n’est qu’en me rapprochant que j’ai compris que ces dessins constituaient les matrices à partir desquelles les maquettes étaient produites. En découpant les silhouettes ainsi imprimées, l’artiste pouvait recréer des modèles réduits d’usine à volonté.
C’est d’ailleurs ce qu’il a fait dans la troisième partie. Sur un présentoir dans le fond de la salle, un enchevêtrement d’une vingtaine de modèles réduits forme un magma imprécis d’usines empilées les unes sur les autres.
Voyons voir… À l’aide d’une technique qui part d’une matrice et qui permet de produire des oeuvres similaires en plusieurs exemplaires, voilà que Colin Lyons a tenu un discours sur l’industrialisation, la surproduction et la surconsommation. En effet, ma lecture de l’oeuvre se fait à partir des modèles réduits d’usines délavées, usées, pressées comme un citron au maximum de leur capacité. Lorsque ces usines deviendront désuètes et des déchets empilés, d’autres modèles seront prêt à prendre le relais. Boom town indeed.
L’exposition Boom Town est présentée dans les locaux d’Engramme jusqu’au 18 avril 2010. Tous les détails pratiques sont disponibles dans le calendrier culturel.
