
Il faut visiter la salle d’exposition d’Engramme à ce temps-ci de l’année. Dans un espace lumineux situé en tête de proue du complexe Méduse, la salle nous fournit notre dose de soleil quotidienne, tel que recommandé par Santé Canada. C’est tout le contraire des visites estivales où les murs rideaux transforment l’espace en serre on l’on étouffe.
Il faut aussi visiter la salle d’exposition d’Engramme à ce temps-ci de l’année aussi parce que deux artistes y proposent des oeuvres extrêmement intelligentes. Pour bien en saisir la portée, il faut d’abord se replonger dans l’époque médiévale.
Imaginez que vous êtes un moine cloîtré, chargé de de transcrire un document sacré. Vous allez passer des mois à cette tâche. Le support sur lequel vous allez vous pencher risque d’être d’une excellente qualité, en lien avec l’effort que vous allez déployer dans les prochaines semaines. Il s’agit probablement de velin, une peau de veau nettoyée, tendue, tannée.
Avançons maintenant que quelques décennies, voire de quelques siècles. Une nouvelle doctrine s’instaure dans les ordres religieux. Le travail du moine cloîtré des siècles précédents semble ringard et dépassé. Mais le velin sur lequel il s’est penché a conservé toute sa fraîcheur. Que faire?
Rien de plus simple: on gratte un peu la surface de ces écrits démodés pour remettre à neuf le support. Puis, on pourra y mettre notre propre doctrine.
Un palimpseste, c’est ce parchemin manuscrit où l’ancien a été effacé pour faire place au nouveau.
D’un point de vue conceptuel, ce type de procédé soulève des questions fort intéressantes. Par exemple, est-il possible de supprimer complètement les traces de l’ancienne forme? Est-on dans l’effacement ou dans l’ajout de novueau sens? Si on ajoute un texte nouveau où se devine l’ancien, l’impact est-il le même que si on avait utilisé un support vierge?
C’est ce genre de questions qui me trottaient dans l’esprit en visitant Palimpsest*Palimpseste chez Engramme, proposé jusqu’au début du mois de décembre 2009.
L’espace est divisé en deux sections, chaque moitié étant consacré au travail d’une artiste différente.
En premier lieu, on est accuelli par le travail de Carolyn Wren. Son langage artistique utilise la carte géographique. Dans une certaine partie de son travail, on retrouve nettement le mélange des sens propre aux palimpsestes. Ainsi, elle illustre des parties de l’anatomie humaine sur lesquelles elle ajoute des cartes géographiques. Par exemple, on aura des dents identifiées à la Voie maritime du Saint-Laurent, une colonne vertébrale qui trace le parcours du Niagara ou un crâne rappelant le Lac Ontario.
La question du lien entre le support et le texte est exploré dans ses manteaux sur lesquels sont imprimés des cartes où le mot Saskatchewan apparaît d’une façon récurrente. J’ai moins noté le lien avec le palimpseste dans ces objets. Par contre, la chanson des Trois Accords m’a accompagné tout le long de ma visite.

Dans la petite section consacrée à Angela Silver, l’artiste explore la notion de traces et de leur création. Ainsi, sur un mur, on retrouve plein de taches noires, infime quantité de petits picots. Au sol, des dizaines de feuilles noires sont accumulées. C’est après avoir jeté un coup d’oeil aux gants de boxe situés derrière qu’on comprend le geste posé. À ces gants ont été ajoutés des boules de gravure, à la manière des poings américains.
On est donc dans la gravure, mais dans la gravure comprise comme laissant des traces. Je ne sais pas si ces gants ont servi à créer les traces sur le mur, mais l’ensemble est extrêmement efficace. Seul hic: je n’ai pas senti que j’étais en présence de palimpsestes, a contrario de l’impression évoquée par le titre.
Somme toute, Engramme propose une exposition double fort intelligente, mais où le lien avec le palimpseste n’est pas toujours clair.
Informations pratiques
- L’exposition Palimpsest*Palimpsestes est visible dans la galerie d’Engramme jusqu’au 13 décembre 2009
- L’accès est gratuit
- Le communiqué de presse complet est disponible sur le blogue


[...] Palimpsest*Palimpseste de Carolyn Wren et Angela Silver chez Engramme [...]