Marc Gauthier
Mon espace consacré à l'art et à son histoire. Point focal: Québec.
Mes impressions sur l’exposition Au pays des sculptures jouets au Centre Materia

[Aurélien le singe acrobate, (2006). Bois, acrylique, métal, corozo]

L’exposition Au pays des sculptures jouets du Centre MATERIA aurait pu s’intituler Objets de tentation tellement l’envie est grande de manipuler ce qu’on nous propose.

Dans une démarche mariant à la fois les beaux-arts (sculpture) que les métiers d’art (jouet), le duo formé par Marie-Annick Viatour et Gaétan Berthiaume propose leurs créations récentes. Les oeuvres sont mises en lien avec des poèmes et des textes de Michel Tremblay, dont l’univers a servi d’inspiration pour certaines pièces.

Le visiteur est accueilli par une musique de Noël, ce qui est tout à fait conforme avec le sentiment du lieu. On n’a pas aussitôt franchi les portes de la salle d’exposition que la banalité du quotidien est derrière nous. On se retrouve dans un magasin de jouets pour adultes, où nos désirs peuvent être comblés en y mettant le prix.

Partout, le même motif : une main entourée du cercle rouge barré. Ne pas toucher. Regarder. Observer. Lire les poèmes.

On comprend naturellement les artistes et la galerie d’avoir voulu protéger les objets des manipulations trop nombreuses des visiteurs. Il suffit de faire un tour dans les grands magasins et de voir les démonstrateurs pour savoir les ravages causés par une usure prématurée.

Mais si on ne peut les toucher, s’agit-il encore de jouets?

Si on ne peut s’amuser, n’est-on pas dans la représentation d’un jouet plutôt que dans un jouet véritable?

J’ai en tête le Cirque d’Alexander Calder, dont j’ai vu une exposition à Pompidou récemment, qui pose le même genre de question. Il me semble qu’on se trouve dans la représentation du jouet en tant que symbole, plutôt que dans le jouet effectif. Un autre parallèle m’est venu en tête, soit la mise en musée de la porcelaine de Sèvres qui perd ainsi ses fonctions utilitaires pour devenir un simple objet esthétique. On est un peu dans cette dynamique dans cette exposition-ci.

La seule exception à cette règle est constituée de L’Oreille gourmande, un pavillon d’oreille surdimensionné, placé au mur et transformé en jeu de poches. On peut y jouer et lancer des projectiles sur lesquels se trouvent des phrases tirées de Bonbons assortis de Michel Tremblay.

Dans toute ma subjectivité, j’ai quelques coups de coeur.  Les jumeaux Mosquito représente deux super-héros suspendus par un mince fil de métal, flottants dans l’espace dans un mouvement circulaire. Victor l’homme fort est construit sur un principe similaire, mais cette fois-ci ce sont deux poids qu’un personnage central tient en équilibre.

Signalons finalement Tic-tac-toe chinois, une oeuvre mélangeant le jeu de go avec le jeu de tic-tac-toe, avec une pièce en décalage. Sculpture ou jouet? Il s’agit d’un exemple parfait de cette ambiguïté.

Est-ce une exposition à voir? Bien sûr.

Doit-on acheter les objets qui y sont présentés? Seulement si on est bien conscient qu’il ne s’agit pas de jouets, mais de sculptures représentant des jouets.

Informations pratiques

  • L’exposition Au pays des sculptures jouets est proposée au Centre MATERIA jusqu’au 13 décembre 2009
  • L’entrée est gratuite
  • Les objets sont en vente. Selon la liste des prix que j’ai obtenue, les montants à débourser vont de $100 à $1000
  • Le communiqué de presse complet est disponible sur le blogue
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2 Comments to “Mes impressions sur l’exposition Au pays des sculptures jouets au Centre Materia”

  1. [...] Mes impressions sur l’exposition Au pays des sculptures jouets au Centre Materia [...]

  2. [...] pas tant que les métiers d’art se revendiquent de l’Art. L’excellent travail du Centre MATERIA à Québec rend cette limite floue pour quiconque fréquente sa galerie, tout comme les broderies [...]

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