Marc Gauthier
Mon espace consacré à l'art et à son histoire. Point focal: Québec.
Mes impressions sur Portraits de spectateurs de Rachel Echenberg à La Bande Vidéo

[image tirée de l'installation Portraits de spectateurs]

Dans Portraits de spectateurs, Rachel Echenberg nous propose une exploration du rapport entre l’observateur et l’observé. Pour m’être entretenu avec l’artiste dans le cadre de l’émission La Démarche, j’ai pu l’entendre parler de son parcours artistique balisé par la performance et l’exploration des divers modes d’expression vidéo.

C’est un peu ce mélange entre performance et vidéo que l’on retrouve dans cette installation proposée par la Bande vidéo jusqu’au début du mois de décembre 2009. La mise en scène est plutôt simple: dans la petite salle, trois écrans de télévision sont tournés vers un banc circulaire, placé au centre.

Sur chacun des écrans, un personnage est filmé, de la tête jusqu’au début du torse. Les visages sont concentrés et tournés vers nous. Des reflets lumineux sont projetés sur eux. On devine bien rapidement qu’ils sont filmés en train de regarder un film ou une émission quelconque.

En nous asseyant sur le banc central, nous nous retrouvons observés par eux. Pourtant, ce n’est pas le cas, puisque ces personnes regardent un film. Seul leur regard est dirigé vers nous.

La première impression qui se dégage de l’expérience pourrait être qualifiée de factice. L’ensemble manque de naturel et semble forcé. On sait qu’ils savent. On sait que ces personnages ne regardent pas leur écran de télévision dans le confort de leur salon, mais dans un local aménagé dans ce but. Quel vérité se dégage alors des émotions qu’ils ressentent?

Lorsque je vois un homme pleurer, je sais qu’il sait qu’il pleure tout en se sachant filmé. Idem pour cette fille qui semble retenir son rire. Où est le naturel? Le fait que tant le cadrage que la mise en scène soient identiques pour chacun des personnages ajoutent à cette impression de fausseté.

Avec le temps, cette résistance se mue tranquillement en participation. On établit un lien avec ces performeurs.

L’utilisation de notre banc qui pivote contribue à notre mise en mouvement. Après 10, 20, 30 secondes, on se lasse à observer un visage impassible. On tourne légèrement la tête pour regarder un autre écran, juste à temps pour s’apercevoir que le performeur y a été remplacé. Surgit alors la question suivante: que se passe-t-il sur le troisième écran? On pivote encore un peu et hop!, on remarque que le troisième écran a aussi changé de personnage.

Cette installation nous fait donc pivoter constamment sur le banc central. On est sollicité, on se questionne, on bouge. On observe. Et parfois, une personne nous hypnotise, sans qu’on ne sache trop pourquoi. On pénètre dans son regard, on le suit, jusqu’à ce que l’image disparaîsse. Ce moment évanescent évanoui, il ne nous reste plus qu’à nous tourner vers un autre des écrans et recommencer l’aventure.

Il arrive que les trois écrans diffusent la même scène durant un court moment. Il faut alors s’observer soi-même en train de tourner, regardant les trois écrans dans un rapide mouvement, comme à la recherche des variations sur le même thème.

Selon moi, Portraits de spectateurs constitue une expérience à vivre. Ne serait-ce que par ses questions sur le rapport entre observer et être observé, il s’agit d’une réussite. Ici, le spectateur devient performeur.

Il faudrait aussi se demander s’il ne s’agit pas aussi d’une performance en différé de la part de Rachel Echenberg puisqu’elle fait partie des personnages filmés et, de ce point de vue, elle contribue à la performativité de l’oeuvre.

Le seul hic de l’installation est, peut-être, sa qualité intimiste. Il m’a semblé qu’il s’agissait d’une expérience à vivre en solitaire, ne serait-ce que pour la possibilité de faire tourner le banc central. En ce sens, peut-être vaudrait-il mieux éviter la visite de la galerie dans les moments les plus achalandés, bien qu’il s’agisse là d’un voeu pieux pour la plupart des visiteurs aux horaires chargés.

Somme toute, Portraits de spectateurs constitue une visite hypnotisante où notre corps devient un objet actif dans le rapport entre observateur et observé.

Informations pratiques

  • Portraits de spectateurs est diffusé dans la galerie de la Bande vidéo jusqu’au 5 décembre 2009
  • L’entrée est gratuite
  • La durée de la projection totalise une trentaine de minutes, mais il ne me semble pas nécessaire d’y participer au complet pour faire l’expérience de l’oeuvre
  • Le communiqué de presse complet est disponible sur le blogue
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1 Comment to “Mes impressions sur Portraits de spectateurs de Rachel Echenberg à La Bande Vidéo”

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