Marc Gauthier
Mon espace consacré à l'art et à son histoire. Point focal: Québec.
Critique d’exposition: Mise en parallèle des expositions La prise de Québec, 1759-1760 au Musée national des beaux-arts du Québec et 1756-1763, récit d’une guerre au Musée de la Civilisation de Québec
Categories: Art, Critique, Histoire


[Benjamin West, La Mort du général Wolfe, 1770, huile sur toile, 151 × 213 cm, Musée des beaux-arts du Canada]

L’année 2009 est l’occasion de souligner les 250 ans de la bataille des Plaines d’Abraham, événement marquant dans la psyché des peuples français d’Amérique. Les deux plus grands musées de Québec proposent une exposition autour du sujet cet été. L’occasion est trop belle pour y résister: et si on comparait le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée de la civilisation de Québec?

La prise de Québec, 1759-1760 est le sujet exploré par le Musée national des beaux-arts du Québec. Dès le départ, une accroche. Pourquoi la prise de Québec? Pourquoi ce parti pris en faveur des Britanniques? L’exposition n’aurait-elle pu s’intituler La perte de Québec, 1759-1760, si le point de vue français avait été considéré? Le titre Les Batailles de Québec et Sainte-Foy, 1759-1760 m’aurait semblé plus neutre.

On pourrait se mettre à argumenter que je coupe les cheveux en quatre en m’attardant sur un mot. Peut-être. Je soumettrais au jury le fait suivant: l’exposition a été produite en collaboration avec la Commission des Champs de batailles nationaux du Canada (CCNB). Lorsqu’on se rappelle la controverse entourant cet organisme, il convient déjà d’être sur ses gardes.

L’exposition propose quarante peintures et gravures, séparées en sept thèmes. Il s’agit d’un parcours dense composé principalement d’oeuvres de petite dimension dans une salle. L’ouverture est marquée par le profil des deux généraux en présence, James Wolfe et le marquis de Montcalm. Deux portraits sont exposés, l’un antérieur d’une décennie à la Bataille, l’autre postérieur d’un siècle. Puis, les batailles navales et terrestres sont évoquées, suivies des décès des deux protagonistes.

Les conséquences de la guerre sur Québec sont illustrées à l’aide des gravures inspirées du travail de Richard Short. Des reproductions de huit des douze estampes que comptent l’album original sont exposées. L’ensemble se conclut sur la bataille de Sainte-Foy.

À mon sens, une seule oeuvre mérite le déplacement dans toute l’exposition. Il s’agit d’une stupéfiante esquisse de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté pour La Mort de Montcalm. Dans cette huile sur toile de 1902, l’artiste a représenté d’une façon inhabituelle le sujet de la mort du Marquis, transporté par des brancardiers à travers Québec vers la maison où il poussera son dernier soupir. Appartenant à l’archevêché de Rimouski, il s’agit d’un tableau qui circule peu et qui mérite le coup d’oeil.

L’exposition La Prise de Québec, 1759-1760 offre le strict minimum au visiteur. On a bâti le propos autour de quelques thèmes marquants et réuni quelques oeuvres traitant de ces sujets. L’histoire de l’art ne sera pas bouleversée. Peu de réflexion autour de l’utilisation de ces thèmes dans un camp ou dans l’autre, pas de mise en relief du lien unissant propagande et art, presque pas d’exploration du décalage dans la signification des événements selon les Français, Britanniques, Canadiens et Québecois.

Dans la Basse-ville, l’exposition 1756-1763, récit d’une guerre est présentée en même temps au Musée de la Civilisation de Québec. L’expérience du visiteur féru d’histoire commence mal puisqu’on a placé en exergue la phrase: «Un vrai scénario de film». Ouch! Va-t-on nous offrir un traitement anachronique? Heureusement, les doutes sont rapidement dissipés. En ponctuant le parcours de scènes jouées par des comédiens qui humanisent les événements, le Musée réussit à rendre vivants le passé, sans sombrer dans le vulgaire. Vive la vulgarisation réussie.

Contrairement à sa cousine sur Grande-Allée, l’institution choisit de présenter l’ensemble de la Guerre de Sept Ans qui a marqué l’histoire de l’Europe et, conséquemment, celle des colonies en Amérique. Les enjeux de la Guerre sont présentés, une guerre dans laquelle la Bataille des Plaines d’Abraham ne constitue qu’un épisode parmi d’autres. Le jeu des victoires et des défaites entre France, Angleterre, Prusse et autres puissances est habilement illustré. L’inscription de ces événements dans la suite de la Guerre de succession d’Autriche est facilement compréhensible.

Une autre particularité vaut la peine d’être soulignée: on retrouve de nombreux tableaux contemporains aux événements décrits. Quelques oeuvres en provenance du musée du Château de Versailles sont ainsi exposées, dont une oeuvre de Jean-Baptiste Le Paon de 1760 représentant l’attaque d’un village par les troupes françaises.

Concernant le Québec, les pressions sur les possessions de la Nouvelle-France sont faciles à comprendre. L’expansion voulue par les colonies anglaises vers l’Ouest, les visées sur Montréal, l’importance des écrous que sont Louisbourg et Québec, tous ces aspects sont évoqués et accessibles. Le journal de campagne de Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry est exposé, tout comme le canon de fusil à silex de Montcalm.

Ici aussi se retrouvent les gravures inspirées par Richard Short et des portraits de Wolfe et Montalm. Cependant, là où le bât blesse pour le Musée national des beaux-arts du Québec, c’est que le Musée de la civilisation propose des portraits des deux généraux réalisés dans les années entourant la Bataille des Plaines d’Abraham.

Qu’on fasse la comparaison: le portrait du marquis de Montcalm a été réalisé à Québec vers 1759 au Musée de la civilisation tandis que notre Musée national des beaux-arts nous expose une oeuvre réalisée vers 1871. L’affront est similaire pour Wolfe: huile sur toile réalisée vers 1758 au MCQ, tableau de 1749 au MNBAQ. Le musée ethnographique réjouira l’amateur d’arts visuels.

1756-1763, récit d’une guerre se termine avec la fin de la Guerre et la cession des colonies américaines de la France à la Grande-Bretagne. Les conséquences historiques du Traité de Paris sont soulignées, dont la naissance des vélléités indépendantistes des Anglais d’Amérique et la constitution d’un immense empire colonial britannique.

Somme toute, si vous désirez insérer la Bataille des Plaines d’Abraham dans son contexte historique, rien ne bat une visite au Musée de la civilisation de Québec. En prime, vous aurez accès à certaines oeuvres peintes intéressantes. Et si vous passez par le Musée national des beaux-arts du Québec, allez jeter un coup d’oeil sur le Suzor-Coté.

Une dernière question à laquelle il faudrait bien répondre: pourquoi en cette année anniversaire, le Musée des beaux-arts du Canada n’a-t-il pas prêté La Mort du Général Wolfe de Benjamin West? Cette oeuvre majeure dans l’histoire de l’art est évoquée dans les deux expositions de Québec: le MNBAQ nous présente une copie de Theodor Falckeysen tandis que le MCQ propose une gravure de P. Somebody. Pourtant, aucune entente entre les institutions ne semble avoir réussi à faire circuler le tableau. Pour le voir, vous devrez vous rendre à Ottawa. Peut-être est-ce un peu cela, l’héritage des Plaines d’Abraham.

Tous les détails pratiques concernant La prise de Québec, 1759-1760 et de 1756-1763, récit d’une guerre sont disponibles dans le calendrier culturel.

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