Le Musée de la civilisation de Québec propose d’explorer les Fascinantes momies d’Égypte cet été. Les expositions de ce musée se présentant souvent selon une approche ethnologique, Momies ne fait pas exception à cette règle. On y explore le processus de momification, les croyances entourant la mort et l’égyptomanie au Québec.
En premier lieu, il convient de souligner que le Musée vise dans le mille avec cette exposition. Le grand public est au rendez-vous et les foules se pressent aux guichets. Le parcours est simple, aéré, diversifié. Les stations pour approfondir les connaissances sont nombreuses et les espaces bien identifiés. Les enfants ne s’ennuient pas, ce qui en fait une exposition estivale parfaite pour les vacanciers.
Certains points forts sont à souligner. Signalons d’abord la présence de la momie d’Ankhor, offerte au regard avec ses trois cercueils. La muséographie intéressante permet de constater la gradation de la momie vers les cercueils intérieur, intermédiaire et extérieur. Dans un espace adjacent sont regroupées les momies animales: crocodile, serpent, ibis, faucon et chat.
Le processus de momification est décrit à l’aide de quelques explications essentielles, mais tous les aspects sont traités. Les extractions du cerveau et des viscères sont évoquées. Dans ce dernier cas, on expose des vases cénopes où les organes étaient déposés après l’éviscération. Le traitement différent du coeur – siège de l’intelligence et des émotions – est illustré à l’aide des pierres qui étaient parfois placées symboliquement à sa place dans le corps du défunt. Le bandelettage est l’objet d’une petite station.
Tous les écoliers de la région de Québec savent que le Musée de la civilisation possède une momie et un cercueil, legs du Séminaire de Québec. L’exposition a été l’occasion de mettre à jour les connaissances à leur sujet. La momie a été explorée par tomodensitométrie, c’est-à-dire par imagerie médicale grâce à l’aide du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL). En d’autres termes, Nan-oun-ef a été examiné sous toutes ses coutures. En effet, il existe un mystère entourant cette momie: si le cercueil identifie le personnage qu’il protège, il n’existe aucun moyen de savoir avec certitude si la momie qu »il contient est la bonne.
La plus grande trouvaille révélée par ce film se trouve dans l’observation que le cerveau, la langue et les yeux du défunt n’auraient pas été extraits par son nez, mais plutôt par une incision à la jonction du crâne et de la colonne vertébrale. Alors que l’extraction nasale est devenue un lieu commun, voilà une découverte réalisée par nos scientifiques qui enrichit les connaissances sur la momification.
En complément, signalons que le contexte de l’expédition de 1868 de Louis-Nazaire Bégin, du Séminaire de Québec, est présenté, tout comme l’intérêt que le seigneur de Lotbinière portait à l’Égypte autour de 1840.
Mais qu’en est-il des arts visuels? Qu’est-ce que les passionnés d’histoire de l’art peuvent se mettre sous la dent dans cette exposition? À cette question, la réponse est souvent la même au MCQ: peu de choses pour les arts visuels, malgré le potentiel des objets présentés. L’institution s’intéresse plus aux fonctions des objets qu’à leur insertion dans l’histoire de l’art.
N’étant pas un spécialiste de l’iconographie égyptienne, j’arrive assez rapidement aux limites de mes connaissances. Je me réfère à Ernst Gombrich qui résume le mieux les principes de l’art égyptien, tels que vus par un historien de l’art: «[La ] combinaison de la régularité géométrique avec une observation aigüe de la nature caractérise tout l’art égyptien[1] ». L’important n’est pas le critère de la beauté, mais que tout soit représenté puisque les images sont faites pour être vues par l’âme du mort. Les règles iconographiques sont strictes et suivies durant des millénaires.
Malheureusement, ce n’est pas dans cette exposition que le visiteur en apprendra plus sur ces règles iconographiques. Pourtant, les objets d’étude sont nombreux et auraient pu permettre une telle exploration, comme les grandes images sur les cercueils ou le Linceul de Sinsaos (Thèbes, 109 A.D.) Il faut arriver armé de solides connaissances en art égyptien pour s’y retrouver. Pour moi, il s’agit d’une occasion manquée.
Somme toute, Fascinantes momies d’Égypte est une exposition à la fois ludique et instructive qui s’adresse d’abord et avant tout à un public familial. En ce sens, le Musée de la civilisation réussit son pari. Par contre, les amateurs d’arts visuels devront se préparer préalablement afin d’apprécier les subtilités de l’art égyptien.
Fascinantes momies d’Égypte possède un site Internet bâti sur l’idée d’apprendre en jouant. Signalons aussi que la très grande majorité des objets proviennent du Rijksmuseum van oudheden (Leyde, Pays-Bas).
Les informations pratiques sont disponibles dans le calendrier culturel.
- NOTE -
[1] Gombrich, Ernst. Histoire de l’art. Paris, Phaïdon, 2006 [1950], p. 58-68.


J’ai oeuvré au Musée de la civilisation de 1987 à 2003. Votre remarque concernant la place de l’art pose le problème plus global de la collaboration entre le MCQ et le Musée des beaux-arts du Québec (le Musée des Plaines). Je n’ai jamais compris, et encore aujourd’hui, pourquoi les deux Musées ne collaborent pas davantage. L’exposition sur les momies d’Égypte n’est pas la seule qui aurait pu être traitée en tandem.
Bonjour monsieur Monette,
Bien malin qui pourra répondre à cette question. Attendez de lire mon billet sur les expositions autour de la bataille des Plaines d’Abraham – qui paraîtra samedi – qui souligne cette lacune d’une façon encore plus aiguë.
[...] lu ma critique de cette exposition [...]