
L’initiative derrière la Galerie Tzara est sympathique: créer un lieu sans but lucratif où artistes et collectionneurs pourront se retrouver. L’espace a ouvert ses portes en janvier 2009 et il a déjà réussi à recruter 190 membres. Il ne s’agit pas d’un mince exploit lorsqu’on sait que la carte de membre coûte 50 dollars. Du nombre, moins de la moitié sont des artistes. Ce projet semble donc répondre à un besoin de la communauté.
Il serait trompeur de voir dans la Galerie Tzara un simple lieu d’exposition. Hélène Pélissier, co-fondatrice, me racontait que les ambitions débordent du cadre des arts visuels pour se plonger dans la littérature, les ateliers pour enfants, les performances. On espère que le groupe aura l’énergie et les ressources pour expérimenter à la hauteur de leurs ambitions.
Pour l’exposition Jampack, les artistes ont chacun proposé une oeuvre. Les murs sont couverts de peintures, estampes et assemblages les plus variés qui représentent bien la diversité de la production artistique d’aujourd’hui. On remarquera que les textures sont à l’honneur, les matériaux étant explorés et poussés dans leurs limites expressives. La seule contrainte qui a été imposée aux artistes consistait en une superficie d’un mètre carré.
Le visiteur est accueilli dans la longue salle par trois installations au centre. Sur sa gauche se trouvent de nombreuses estampes, principalement des sérigraphies. Réalisée par Michèle Renaut, on remarquera St-Vincent-de-Paul, une reproduction de l’église éponyme déplacée de la Côte d’Abraham vers un champ de fleurs. La ruine est romancée, le pittoresque est créé.
Pour sa part, Carole Baillargeon propose Douze robes d’été, un ensemble de tableaux de petite dimension qui représentent le motif vestimentaire créé à l’aide de fils textiles. Ces cadres peu dispendieux (75 dollars chacun) trouvent preneur rapidement.
Si vous ne croyez pas à l’oeil artistique, allez poser vos yeux sur Coeur de ciel de Marc April. Dans cette photographie d’un ciel nuageux, on perçoit le soleil qui tente de percer le ciel avec difficulté. Or, en fixant la source solaire, on remarque sa forme de coeur, couché, sur les nuages. Illusion optique ou retouchage, peu importe; l’important est cette transformation de notre vision que l’artiste réussit.
Le jeu sur les textures est particulièrement présent dans Healing colors de Johanne Normand. La peinture saturée de couleurs représente une femme africaine avec son enfant en bandoulière, déambulant dans un marché de fruits et légumes. La richesse des couleurs utilisées est mise en relation avec un travail sculptural sur la matière, qui ajoute une couche de motifs. C’est un peu comme si on était en présence d’une poterie de peinture, une tablette de runes illustrée.
L’oeuvre la plus dada – j’essaie d’écrire cela sans trop me prendre au sérieux – est proposée par Hélène Larouche. Intitulée La Reine des reines, il s’agit d’une peinture qui représente une femme avec une tête de cheval et des pieds remplacés par des sabots. Son corps est composé de volutes, elle est assise sur un bloc en damier et l’arrière-plan est animé par des couleurs créant des ombres. Bienvenue de l’autre côté du miroir.
Dans le même esprit – où on se demande «mais qu’est-ce que ça représente?» – on remarque Graffitti percing de Pibo. Cette installation suspendue est composée de sacs de jute colorée sur lesquels on semble reconnaître deux seins. On y trouve aussi des câbles tordus, des poignées chromées, de la peinture… Une oeuvre où la recherche du quoi est bien inutile.
De leur côté, les objets représentés par Pierre Jolin sont facilement identifiables. Bagel et biscuit sont vissés sur le mur de la galerie. Clin d’oeil dada sympathique.
Notons finalement le travail de Chantal Brunelle, Lapin bouche en dents. Dans ce crâne suggéré aux lignes successives multiples, les yeux vous envoûteront. Devant l’oeuvre, on cherche le regard du lapin et on s’y perd. Les orbites créent un effet de profondeur qui nous fait halluciner.
En ce qui concerne les sculptures situées au centre de la pièce dont j’ai parlé au début de ce texte, Eclat #1, Experience 2 accueille le visiteur. Il s’agit d’une sculpture de Pierre St-Vincent. Pour vous donner une idée de l’oeuvre, imaginez-vous une guitare cubiste de Braque ou Picasso dont les cordes sortiraient du tableau.
Habituellement, les oeuvres vendues dans le cadre d’une exposition sont étiquetées avec un point rouge. l’ensemble demeurant complet jusqu’à la fin de l’événement. Ici, que nenni! Les acheteurs partent avec leur coup de coeur sous le bras, libérant de l’espace pour une autre oeuvre du même artiste. Selon la vigueur du marché, Jampack varie donc au fil des semaines.
Tout au long du parcours, on remarquera une représentation importante des femmes dans l’exposition, comme cela semble de plus en plus la norme dans le milieu artistique actuel. Dans cette exposition, la proportion est d’environ deux femmes pour un homme.
Somme toute, une exposition avec quelques oeuvres puissantes et une grande production variée. Une visite agréable qui permettra aux collectionneurs de faire des découvertes.
Informations pratiques dans le Calendrier culturel. L’entrée est gratuite. L’événement se termine le 16 août 2009.

[Galerie Tazara, rue Saint-Paul, Québec]


Merci pour cette critique.
Je ne manquerais pas d’aller voir cette expo. Prochaine lecture, la critique que vous avez fait de l’exposition Femmes artistes au MNBA.
Heureuse de vous avoir découvert.
Merci d`avoir parlé de mon travail dans votre critique
C`est un encouragement pour moi qui me dit de continuer.
Une vraie critique, parfois les critiques se résument à modifier quelque peu les écrits que l`on retrouve dans mon CV.
Ca fait chaud au coeur!
Chantal
et son petit lapin hypnotique