Nov 6th, 2008
L’art de propager les stéréotypes
Les fleurs
Le quotidien Le Soleil du groupe Gesca publie une entrevue en deux parties avec la nouvelle directrice du Musée national des beaux-arts du Québec, Esther Trépanier. Si l’entrevue sert surtout de faire-valoir pour les expositions à venir et qu’elle manque un peu d’esprit critique, il est toujours intéressant de lire le point de vue de la (nouvelle) direction.
Le pot
Il me semble incroyable qu’en 2008, un journaliste culturel continue d’associer la féminité aux larmes et aux émotions. Nous nageons dans le stéréotype le plus profond. Allô?
À propos de la fin de l’exposition du Louvre à Québec, la directrice aurait eu un pincement au coeur bien compréhensible concernant la fin de cette aventure. Malgré ses défauts, je reconnais quand même les efforts déployés lors de cet événement. Il m’apparaît cependant inexcusable de retrouver cette remarque en conclusion de l’article, concernant cette fin d’expo:
Esther Trépanier verse quelques larmes, qu’elle a du mal à sécher. Muséologue, elle n’en reste pas moins femme. C’est cela aussi, le changement de style à la direction du Musée…
Ce discours est rempli du stéréotype habituel: les femmes sont émotives, les hommes sont en contrôle de leurs émotions.
Nous versons également une, deux, trois larmes pour cette femme en charge d’une si grande institution. Pauvre directrice, elle est si émotive qu’elle a du mal à sécher ses larmes. Quel flot incontrôlable a dû la submerger pour qu’elle ne puisse assécher ce torrent qui s’écoulait de ses yeux. Sa féminité a dû l’empêcher d’attraper un mouchoir; elle aurait d’ailleurs eu besoin d’une aide masculine. D’ailleurs, son mouchoir était probablement bien rangé et décoré d’une façon si jolie. Il est presque certain qu’après l’entrevue, madame Trépanier a dû téléphoner à ses copines pour placoter de l’entretien et dire qu’elle chance elle avait d’avoir été en présence d’un homme qui s’intéressait à elle, pauvre petite personne. Ensuite, elle s’est dirigée vers ses cours de broderie pour arriver juste à temps à la maison afin de préparer le repas de toute la maisonnée qui piaillait d’impatience. Après avoir corrigé les devoirs des enfants, elle a écouté les doléances de son mari après sa rude journée de travail - heureusement qu’il est là, pilier de la famille. Puis, après avoir couché les marmots, elle a prié pour ne pas pleurer le lendemain, puisqu’elle n’en reste pas moins femme.
C’est en continuant de colporter des stéréotypes sur les femmes qu’elles finissent par gagner 80% du salaire des hommes pour un travail équivalent. Esther Trépanier est historienne de l’art et muséologue. Pour ma part, c’est sur ces points que je me permettrai des commentaires, des critiques et des éloges. En ce sens, il me semble que si elle s’intéresse au travail des femmes dans l’art, justement, c’est pour contrer les stéréotypes et non pour qu’on les reproduise.
Nota: J’ai modifié le titre de ce billet puisque je trouvais qu’il allait dans le sens du stéréotype plutôt que de chercher à le combattre.

