Archive for September, 2008

Angela Grauerholz, La Bibliothèque, 1992. Photographie couleur, tirage cibachrome. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Il est facile de passer à côté de l’exposition Autour d’Angela Graeurholz proposée au Musée national des beaux-arts du Québec. Ainsi, les oeuvres ne sont pas mises en évidence. La majorité de l’exposition est accrochée dans les anciennes cellules de la vieille prison. Le couloir pour y accéder est sans issue. Pour aller voir le travail des artistes, il faut s’investir. Pour le comprendre, il faut également s’investir. Heureusement, cet investissement est récompensé.

Le travail de huit artistes compose le coeur de cette exposition. Ces oeuvres proviennent du Fonds national d’art contemporain de la France, « la plus grande collection internationale d’art vivant rassemblée en France [1]». Le Fnac possède 70,000 oeuvres qui sont rarement offertes au regard du public. Parfois, elles sont prêtées lors d’expositions, comme dans ce cas-ci.

Dans le cadre des fêtes célébrant le 400e anniversaire de Québec, le Fnac a proposé d’alimenter une exposition itinérante un peu particulière. Plutôt que d’avoir les mêmes oeuvres qui voyageraient d’un musée à un autre, ce sont des idées qui se sont promenées. On a voulu créer des dialogues entre Français et Québécois, établir des parentés et construire des connivences [2]. Ainsi, La Grande Traversée – horizons photographiques est un travail d’équipe entre des institutions de Brouage, La Rochelle, Rimouski, Gaspé, Rivière-du-Loup et Québec. À chaque fois, des oeuvres différentes du Fnac étaient proposées au regard des visiteurs, jamais les mêmes, jamais dans le même contexte.

Au Québec, le choix s’est porté sur le travail d’Angela Grauerholz, artiste établie à Montréal depuis 1976. À partir de deux de ses photographies gravitent sept artistes qui partagent une, deux, plusieurs approches dans leur travail. La commissaire de l’exposition, Agnès de Gouvion Saint-Cyr, a fouillé dans les archives du Fonds pour retrouver des oeuvres des artistes québécois issus de l’immigration. Ce faisant, elle a joué la carte de la grande traversée, du mouvement comme premier point commun. C’est ainsi que chaque cellule a été considérée comme un espace mental unique où un discours se tient, indépendant du discours de sa voisine, créant malgré tout un ensemble cohérent.

Pour apprécier l’exposition, il faut donc partir des oeuvres Grauerholz, se laisser inspirer par elles et chercher les intersections. Sinon, on risque de rester sur sa faim en s’arrêtant seulement sur l’esthétisme des photographies proposées. Heureusement, quelques pistes s’offrent à nous.

Angela Grauerholz, Landvermesser, 1992. Cibachrome couleur. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Avant de pénétrer dans le bloc cellulaire, le visiteur est accueilli par La Bibliothèque et Landvermesser. Ces deux tirage photographiques sont très grands et les reproductions sur ce blogue ne rendent nullement justice à l’effet qu’elles produisent.

Une première piste à suivre consiste à remarquer l’utilisation du flou par la photographe. S’il est plus visible dans La Bibliothèque, il est également présent dans Landvermesser. L’utilisation de cette technique est une façon d’empêcher une lecture totale de l’image. Ainsi, des zones d’ombre persistent, des régions qu’on ne connaît pas, du caché. Ces scènes ne se dévoilent pas complètement. Nous sommes dès lors entraînés dans le flou de la mémoire, cette zone obscure qu’on ne peut éclairer malgré tous nos efforts. Sommes-nous en présence de certains de nos propres souvenirs évanescents qui s’effritent au fil des années?

À cette subtilité s’ajoute une fermeture à l’égard de l’intimité des personnages. On tourne le dos au spectateur dans La Bibliothèque. Dans le paysage, au loin, se tiennent deux personnes qu’on ne peut que deviner. D’ailleurs, s’agit-il d’humains ou de statues? Bien malin qui saura le dire avec certitude – et peu importe. Dans les deux cas, il est impossible de saisir des bribes de la conversation qui se tient car on nous place à l’écart. Nous voguons continuellement dans un univers de suggestion, flottant entre le conscient et l’inconscient. Ces clés permettent d’aborder les oeuvres gravitant autour de la photographe.

Corinne Mercadier, L’or 3, 2005. Photographie noir et blanc, tirage baryté d’après fichier numérique. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La première cellule est occupée par Corinne Mercadier. Trois oeuvres nous font tourner sur nous-même : L’Or 1, L’Or 3 et Glasstype 16. Les deux premières photographies représentent un chien (ou est-ce un loup?) se tenant sur le bord d’une piscine (ou est-ce un plan solide?) ainsi qu’un homme jaillissant (plongeant?) dans l’eau. La troisième oeuvre représente un chemisier (une camisole? un survêtement?) flottant dans l’eau (l’éther? l’air?). Vous aurez bien évidemment compris que le flou est à l’honneur.

Martine Aballéa, Jus des neiges – Visitez (détail]) diptyque, 2001. Photographies noir et blanc retouchées et sérigraphie pour le texte. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La seconde cellule met en valeur le travail de Martine Aballéa. Le visiteur remarque en premier un panneau du diptyque Jus des neiges / Visitez. Composé de paysages hivernaux enneigés, les deux tableaux forment un dialogue intéressant. La netteté de la première image s’oppose à l’imprécision de la seconde. Si on a presque le sentiment qu’on pourrait traverser le cadre et pénétrer dans la forêt qui nous est proposée dans l’une, on se sent mal à l’aise face à l’autre, avec ses couleurs surnaturelles et ses contours imprécis. Convulsion des envies et Âmes mutilées jouent également avec la subtilité de la couleur. Se trouvent aussi représenté le contraste des matériaux, opposant la rigidité de la pierre à la temporalité humaine.

Isabelle Waternaux, Sans titre, 1994. Agrandissement photographique direct sur papier polaroïd. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Seton Smith et Isabelle Waternaux partagent le prochain espace. Ici, l’intimité est visitée par le biais du portrait. Ces deux artistes se questionnent sur cette technique de représentation utilisée dans l’art depuis des siècles. Le fond de la cellule nous accueille avec un personnage présenté en contre-plongée, au regard rêveur. Ce Sans titre de Waternaux est réalisé par technique polaroïd, agrandi. De son côté, un Portrait de Smith est constitué d’une salle floue, d’une image floue. On se retrouve comme un myope sans lunettes qui tenterait d’observer une scène. Il s’agit d’un beau questionnement sur les repères habituels utilisés dans ce genre de représentation.

Charles Decorps, Sans titre no 6, 2005. Photographie couleur sur papier chiffon. Coll. Fonds national d’art contemporain.

Le travail de Charles Decorps est marqué par une maladie grave qui le force à visiter souvent l’hôpital. Ce faisant, il se questionne sur le thème de l’absence. Artistiquement, ses oeuvres sont donc empreintes de mélancolie. La société disparaît, tout comme la famille. Dans les trois Sans titre proposés ici, on voit des scènes où l’intimité est protégée, tout comme dans le travail d’Angela Grauerholz. Les personnages sont inscrits dans certaines activités de leur quotidien, mais ils nous tournent le dos, fermant la composition. Nous participons car nous sommes témoins des scènes représentées, mais on nous tient hors du cadre. En regardant de plus près la texture du papier sur lequel le tirage est réalisé, on peut remarquer qu’il s’agit de papier chiffon aux formes imprécises. La technique utilisée évite ainsi les contours précis, ajoutant une couche de flou dans la représentation. Nous sommes en présence de sfumato du XXIe siècle.

Jérôme Schlomoff, La Palombière, 2002. Vidéo d’après un film sténopé 35 mm tourné avec une caméra carton. Coll. Fonds national d’art contemporain.

La prochaine cellule est occupée par une projection vidéo de Jérôme Schlomoff intitulée La Palombière. Cette vidéo a été tournée avec une caméra en carton à la manière de la camera obscura dans les couloirs de la palombière de monsieur Roumégoux. Plus concrètement, il s’agit d’un court montage d’un film durant à l’origine une cinquantaine de minutes. On semble suivre un personnage se promenant, mais il est difficile d’en être certain. Le flou ici se situe dans le sujet même de la projection : que regarde-t-on? Qu’est-on supposé remarquer? Quelle est la démarche? Ces questions assaillent le visiteur qui perd ses repères narratifs habituels.

Finalement, l’exposition se termine avec huit oeuvres de Tamara Keiichi. Jouant sur l’utilisation du trompe-l’oeil, l’artiste utilise la lumière pour créer des motifs imaginaires. De plus, sa maîtrise de la technique est telle qu’elle parvient à insuffler aux photographies des teintes dorées subtiles. Nous sommes en présence d’un questionnement de la réalité telle qu’on pourrait croire qu’une photographie peut la rendre. La troisième image sur la droite devrait attirer particulièrement l’attention du visiteur car il devient difficile de comprendre la structure de l’architecture qui nous est présentée. Comment le plancher est-il conçu pour laisser ainsi transparaître les fenêtres sur deux étages différents? Par quel jeu visuel l’artiste arrive-t-elle à cette construction?

D’autres angles d’approches sont évidemment possibles. L’utilisation du texte dans de nombreuses oeuvres constitue l’un d’entre eux. Une réflexion sur les pratiques historiques de l’art (trompe-l’oeil, portrait, etc.) se trace aussi en filigrane. Les pistes sont nombreuses.

Il convient de signaler que les oeuvres ne sont pas le produit d’une manipulation informatique. Tout au plus, certaines oeuvres ont-elles été travaillées lors du tirage pour accentuer des aspects esthétiques. Compte tenu de la grande variété des résultats proposés, ce tour de force mérite d’être souligné.

L’utilisation des contraintes imposées par les cellules est parfaite. En consacrant un espace à des artistes en nombre restreint, le visiteur peut prendre le temps de se laisser pénétrer par l’atmosphère se dégageant de chaque vision artistique. Coupé des autres ensembles, chaque lieu se vit indépendamment, comme s’il s’agissait d’une autre exposition. Ainsi, on vit huit expositions différentes en un seul espace. De plus, l’exiguïté des lieux permet une intimité avec les oeuvres, ce qui est rarement possible dans les grandes pièces aérées.

Comme toujours, un bémol doit être souligné comme à chaque fois que l’art contemporain fait son entrée au Musée national des beaux-arts du Québec. En effet, le public qui visite cette exposition risque d’être déboussolé. Voyageant entre la salle 10 où se tient l’exposition Je me souviens sur l’art historique et l’exposition temporaire Québec et ses photographes, le passant qui s’arrête dans les cellules de la prison risque de se perdre. Sans repères, il va probablement s’arrêter à des considérations purement esthétiques, comme je l’ai beaucoup entendu lors de ma visite. En ce sens, des pistes de réflexion mieux ciblées, comme des mots placés dans chaque cellule, auraient pu permettre d’éclairer le travail de ces artistes au grand talent sans forcer une interprétation unique.

Somme toute, il s’agit d’une exposition qui mérite l’investissement requis pour l’apprécier. Il faut s’abandonner devant chaque oeuvre et se laisser aller à la rêverie que ces univers provoquent. Le temps cessera de s’écouler, le quotidien disparaîtra. La technique du flou provoquera des questions sur des notions comme l’intimité et la perception de la réalité. Au final, que demander de plus à une exposition temporaire?

- INFORMATIONS PRATIQUES - 

  • L’exposition Autour d’Angela Grauerholz, oeuvres du Fonds national d’art contemporain de France est proposée au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 16 novembre 2008. [détails]
  • L’exposition est accessible gratuitement, tout comme la collection permanente.
  • Pour en savoir plus au sujet de la démarche artistique d’Angela Grauerholz, il est possible d’entendre une entrevue et de lire son profil, deux sources réalisées lorsqu’elle a reçu le prix Paul-Émile-Borduas en 2006. [détails]
  • Il est possible de voir l’autre branche québécoise de La Grande traversée – horizons photographiques chez VU dans le complexe Méduse. L’exposition Le Spectacle de la lune est à l’affiche jusqu’au 5 octobre 2008. [détails]

- NOTES - 

  1. Fond national d’art contemporain, Présentation, [en ligne], (page consultée en septembre 2008).
  2. Carl Johnson, La Grande traversée – horizons photographiques [coffret-souvenir de l’exposition], Rimouski, Musée régional de Rimouski, 2008.

Le North Carolina Arts Council propose une série de vidéo sur les musées de l’État selon une formule originale intitulée Museums in a minute. Ainsi, chaque institution est présentée par un clip d’une minute qui offre un survol rapide de la collection du musée. Une initative qui titille la curiosité!

Parmi les musées déjà présentés, on retrouve The Gregg Museum of Art and DesignThe Asheville Art MuseumThe Mint MuseumsThe Nasher Museum of Art et le North Carolina Museum of Art. Mieux, tous ces clips ont été placés sur YouTube pour une plus grande diffusion.

Est-ce une idée que les institutions d’ici pourraient reprendre?


[Annie Thibault, Essaimage et prolifération (détail), 2007, boîtes de Pétri, gélose, cultures fongiques, acier inoxydable, collection de l'artiste. Photo: Musée des beaux-arts du Canada]

Le Musée [...] du Québec propose une visite de Intrus / Intruders avec le journaliste scientifique Yannick Villedieu et l’artiste Annie Thibault le mercredi 1er octobre à 19h30. Les deux personnalités partageront leur réflexions sur l’univers de l’art. Puisqu’il s’agit d’une visite dans les collections permanentes, l’événement est gratuit. 

Rappelons que dans l’exposition Intrus / Intruders, Annie Thibault propose une installation autour de la porte d’entrée de la salle 1. L’artiste a saupoudré des semences de champignons sur le gel de glucose de boîtes de Pétri, ces disques utilisés en microbiologie. Ainsi, une faune bactérienne se développe à l’intérieur du musée depuis le début de l’exposition.

L’aspect le plus surprenant de ce travail est la valeur esthétique de ce motif aux formes naturelles guidées par la main artistique. Le résultat pourrait être qualifié de matière première d’art bactérien. Il s’agit d’une installation s’introduisant avec justesse dans le musée, jouant sur la notion de parasitage.

Les informations pratiques se trouvent sur le site du Musée national des beaux-arts du Québec.


[Image tirée du film J.A. Martin, photographe, de Jean Beaudin]

Le Musée national des beaux-arts du Québec présente aujourd’hui deux films dans le cadre de l’exposition Québec et ses photographes. 

J.A. Martin, photographe est proposé à 13h30 dans l’auditorium de l’institution. Ce film, réalisé par Jean Beaudin, raconte l’histoire d’une femme qui accompagne son mari photographe pendant sa tournée de villages au Québec au tournant du XXe siècle.

Le documentaire Ernest Livernois, photographe, est projeté à sa suite, à 15h00. Ce documentaire retrace les faits saillants de la carrière du Québécois.

Les deux projections sont gratuites

Informations supplémentaires.

Les Journées de la culture 2008 ont lieu cette fin de semaine. C’est l’occasion de s’immiscer dans les coulisses d’organismes culturels ou de voir les expositions sous un jour nouveau. Voici une sélection des activités se déroulant à Québec les 26, 27 et 28 septembre 2008.

* Au Musée national des beaux-arts du Québec, l’artiste Paryse Martin créera avec le public une oeuvre collective en carton. [détails] [communiqué de presse]

* Le Centre de conservation du Québec ouvre ses portes, un événement rare! Découvrez les sept ateliers de restauration et démonstrations par des spécialistes : archéologie-ethnologie, meuble, métal, œuvre sur papier, peinture, sculpture et textile. Vendredi seulement! [détails]

* Dans le complexe Méduse, les différents organismes proposent:
  * Avatar : Visites des studios pour découvrir l’univers de l’art audio et des arts médiatiques et pour rencontrer les technologues avatariens. Aussi, participation à la création d’une œuvre d’art audio en utilisant l’ensemble des équipements et dispositifs logiciels disponibles. [détails
 * L’Oeil de Poisson : Conférence de Richard Martel pour découvrir cet artiste important de la scène internationale de la performance, mais aussi fondateur et directeur du Lieu, centre en arts actuels de Québec. Aussi, exposition d’œuvres de ce créateur. [détails]

* Revivez le 200e anniversaire de Québec en revoyant le plan-relief Duberger au Parc-de-l’Artillerie. Deux visites commentées ont lieu samedi. Réservation requise [détails]

 * Si la muséologie vous passionne, Muséo-Gestion va démontrer le savoir-faire déployé dans le cadre de l’exposition au Musée du Bon-Pasteur. [détails]

* Dans Limoilou, l’Atelier Trois cinquième ouvre ses portes. J’ai eu l’occasion de visiter cet atelier sympathique et je vous invite à pénétrer dans la création actuelle. Les artistes sont nombreux et travaillent des techniques variées. Ouvert dimanche, de 12h à 18h. [détails]

* Partez à la découverte des oeuvres d’art public sur le campus de l’Université Laval grâce à un rallye. [détails]

* L’archéologie du site Roberval-Cartier est mis en valeur dans le vieux Cap-Rouge. Dimanche, de 14h à 16h. [détails]

* Revoyez des vues aériennes de Sillery et Sainte-Foy à la bibliothèque Charles-H.-Blais. Dimanche, de 14h à 15h30. [détails]

* La Chambre blanche propose une visite commentée de son installation Forêts d’ifs par Eric d’Orion. [détails

* Si l’ébénisterie ancienne vous intéresse, c’est l’occasion de vous familiariser avec les techniques ancestrales de finition du bois à l’École d’Ébénisterie Artebois [détails] ou à l’Institut québécois d’ébénisterie [détails].

* La coop du Fargy ouvre ses portes et présente une quinzaine de sculptures de la ville de Québec. [détails]

* Le patrimoine religieux est à l’honneur dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste [détails] et Saint-Charles-Borromée [détails]. Le patrimoine architectural de la Gare du Palais est également mis en valeur [détails].

* Le centre hospitalier Robert-Giffard propose une exposition d’oeuvres d’art réalisées par des artistes aux prises avec un trouble de santé mentale. [détails

* Les galeries d’art sont nombreuses à proposer des discussions ou des démonstrations: Galerie Bécot [détails], Galerie du Trait-Carré [détails],  Galerie Magella-Paradis [détails], Galerie Jacques-Cartier [détails], Galerie des arts visuels de l’Université Laval [détails], Vidéo-femmes [détails].

* Des artistes proposent également de nombreuses démonstrations : Anouk Lacasse [détails], Gérard Boulanger [détails], Hélène Brodeur et Nicole Latouche [détails], Edmond Thériault [détails], Paule Bossé [détails], Mireille Racine [détails].

* L’atelier de céramique St-Elme propose une démonstration de vitrail, dimanche, de 13h à 16h. [détails]

* Cahier complet des activités
Des cahiers encartés ont été ajoutés dans plusieurs publications, dont certains hebdos régionaux de mercredi ou jeudi. Le Journal de Québec de samedi contiendra également le cahier.

À l’occasion des Journées de la culture, le Musée national des beaux-arts du Québec organise une grande fête axée sur la création en compagnie de l’artiste Paryse Martin, avec la participation des étudiants de l’École des arts visuels de l’Université Laval.

Paryse Martin invite les gens de tous âges à simplement partager du bon temps « entre amis ». Dans une ambiance conviviale, en buvant un café ou un jus, les participants fabriqueront un relief de papier qui, assemblé à ceux des autres participants, deviendra une grande oeuvre collective, à la façon d’une courtepointe. Des matériaux simples – comme le carton bosselé et divers papiers récupérés –, des manipulations faciles – comme tourner ou plier le papier – permettront à tous de s’amuser. Une création collective ludique et sympathique!

Paryse Martin

Paryse Martin soutient une pratique en arts visuels depuis vingt ans, séjournant à Montréal, à Québec et en Europe. Elle vit et travaille présentement à Québec. Diplômée au doctorat en études et pratiques des arts de l’UQAM depuis 2007, elle enseigne comme chargée de cours à l’Université Laval. Boursière du Conseil des Arts du Canada ainsi que du Conseil des arts et des lettres du Québec, elle a diffusé son travail à travers le pays et à l’étranger. Elle a réalisé plusieurs oeuvres publiques, et on retrouve de ses oeuvres dans des collections publiques et privées.

Les 26, 27 et 28 septembre, de 13 h à 16 h 30
Jardin Pellan / Gratuit

Le Musée national des beaux-arts du Québec inaugure aujourd’hui deux nouvelles expositions.

Québec et ses photographes, 1850-1908, La collection Yves Beauregard propose 400 photographies de la Vieille-Capitale. [infos]

Autour d’Angela Grauerholz, Oeuvres du Fonds national d’art contemporain de France fait dialoguer des artistes français avec l’artiste du Québec. [infos]

J’ai eu le plaisir de visiter les deux expositions suite à l’invitation du Musée. Mes critiques suivront sous peu.

L’installation temporaire Le Club est une commande de la Société du 400e pour souligner l’anniversaire de fondation de la ville de Québec. Symptomatique du manque de profondeur historique de ces célébrations, le trio de concepteurs a mis l’accent sur l’aspect ludique en évacuant toute référence à l’événement célébré.

Elle est plaisante, au premier coup d’oeil, l’installation imaginée par Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière qui sont regroupés sous le collectif bgl. La partie la plus visible de la création artistique est constituée de centaines de carrés bleus. Attachés à des dizaines de filins, ils sont suspendus entre les quais Noah et Renaud 1 dans le bassin Louise. Extrêmement mobiles, ils s’activent au gré du vent dans une cadence continue. Les artistes réussissent à créer un mouvement qui s’apparente à l’ondulation aquatique.


Figure 1. bgl. Le Club [vue de l’installation]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Comme le dirait Gombrich, toutes les conditions de l’illusion sont réunies [1]. En jouant sur les attentes des spectateurs, bgl parvient à tromper l’oeil. Bien malin le passant qui détectera au loin qu’il est en présence d’une oeuvre d’art. L’ondulation modérée des cartons bleus donne l’impression d’observer la surface de l’eau, comme si le niveau de ce bassin était plus élevé que dans ses voisins. L’effet est encore plus spectaculaire le soir, un moment où les repères visuels permettant de briser le mensonge sont plus effacés. Ce n’est qu’en s’approchant de très près que le spectateur s’aperçoit de la fourberie.


Figure 2. bgl. Le Club [détail de la plateforme]. 2008. Bassin Louise, Québec.

Au bout de cette mer faite de plastique coloré se trouve la seconde partie de l’installation. Le visiteur est invité à descendre sur une plateforme dans un espace qui donne son nom à l’oeuvre. Dans ce club particulier, il se retrouve au milieu de vélos stationnaires disposés autour d’une table centrale. Plusieurs coupes de champagne vides ont été placées en son centre. Interactif, Le Club demande aux passants de participer à l’expérience en pédalant sur ces équipements d’exercice. En dépensant ainsi de l’énergie, ils activent une pompe qui puise l’eau du bassin pour la faire couler généreusement dans les verres.

En procédant de cette façon, Jasmin Bilodeau annonce que le groupe désire souligner que « [l]’est est une richesse au Québec mais on ne bouge pas beaucoup [2]». bgl espère illustrer ce problème d’une façon ludique, en impliquant les passants. Les ambitions sont grandes, le trio déclarant vouloir « intéresser le public et […] espérer un mouvement des gouvernements [3]» dans le dossier de l’eau.

Du même souffle, les artistes se félicitent d’avoir créé une oeuvre sur commande pour les Fêtes du 400e anniversaire de Québec sans intégrer de composante historique [4]. Ils mettent l’accent sur le côté contemporain de leur installation et sur la liberté dont doivent jouir les artistes, même lorsqu’ils répondent à une commande. En ce sens, il n’est pas anodin que cette oeuvre soit localisée devant le principal lieu de rassemblement des festivités.

Les artistes composant bgl sont clairement engagés dans une politique de revendication sociale. Leur travail, outre son caractère ludique, doit se décoder comme une dénonciation du gaspillage des ressources naturelles. À cet égard, ils considéreraient la création d’une installation similaire au Club mais en utilisant du pétrole [5].

Ce qui surprend c’est le plaisir avec lequel le trio opte de se concentrer sur un thème à saveur écologiste plutôt que sur l’histoire de la ville de Québec dans le cadre de cette commande. À la conférence de presse, c’est un sourire aux lèvres que Nicolas Laverdière a souligné ce fait. En choisissant de défendre une cause environnementale, les artistes s’engagent sur la voie du consensus puisque la protection de l’eau au Québec n’est pas un enjeu déchirant. Il aurait été intéressant de les voir intégrer la controversée question historique dans leur oeuvre, ne serait-ce que pour observer comment leur talent se serait exprimé. Ils semblent croire que la modernité doit évacuer le passé plutôt que de s’en servir comme tremplin.

Ce manque de profondeur possède ses limites. Depuis son inauguration en juin, l’installation connaît des ratés à cause de sa grande fragilité. Ainsi, la plateforme où reposent les vélos est interdite d’accès. L’oeuvre a perdu son message social. Il ne reste au spectateur que la vue des carreaux bleus flottant au gré du vent, doux rappel que les mécanismes les plus simples sont souvent les plus efficaces.

Somme toute, le visiteur est placé devant une oeuvre au caractère ludique amputé mais qui possède une valeur esthétique certaine. L’absence de lien avec l’anniversaire de la ville de Québec est un bel exemple de la vision anhistorique des célébrations du 400e dans le bassin Louise.

- INFORMATIONS PRATIQUES

  • C’est votre dernière chance de voir Le Club à l’Espace 400e. L’oeuvre est proposée au bassin Louise jusqu’au 28 septembre 2008. [détails]
  • C’est gratuit!
  • Prenez quelques secondes pour voir La Grande Croix - L’embarcation de farine de Pierre Bourgault au quai voisin. [détails]

- NOTES -

  1. E. H. Gombrich, L’Art et l’illusion, Paris, Phaidon, 2002, p. 174.
  2. Hubert Lapointe, « Pédaler pour réfléchir », Canoe, [en ligne], 14 juin 2008.
  3. Sébastien Hudon, « Pied de nez marin », Voir (Québec), [en ligne], 19 juin 2008.
  4. Lapointe, Ibid.
  5. Hudon, Ibid.

Michel Rivard, Benoit Brière et Stéphane Rousseau sont en vedette dans la version longue de la vidéo Culture en péril. Pendant plus de 8 minutes, les artistes dénoncent les coupures budgétaires dans certains programmes culturels réalisés par le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

On comprend que la vidéo imagine un futur possible dans la vision conservatrice de gestion de la culture.

Quelques nouveautés: Rivard qui utilise le Harper’s Political Dictionary au lieu du Harrap’s English Dictionary, la lettre H qui est prise pour du hash, un voyage aux États-Unis qui sert à avorter, les Beatles qui font la promotion du LSD et un jeu de mots sur Beau Dommage - Michel Rivard transformé en Damaged River et donc en écologisme…

La vidéo a été lancée dans le cadre d’un spectacle hier, à Montréal. Le blogue Les coupures, ça tue la culture contient tous les renseignements autour de cet événement ainsi que les lettres ouvertes d’artistes comme Michel Tremblay, Marie Chouinard, Robert Lepage et Wajdi Mouawad.

* Un nouveau site Internet à placer dans vos favoris: Cinéma Muet Québec propose des tonnes d’archives sur l’oeuvre cinématographique produit dans la nation entre les années 1896 et 1930. Films, textes et autres documents sont disponibles. Avec un nom barbare comme celui-là, il est certain qu’il s’agit d’une initiative subventionnée par le Gouvernement canadien!

* L’oeuvre La Grande Vague - La Mémoire de l’eau salée de Marc Lincourt va demeurer en France. La chronologie du refus de la Ville de Québec est décrite dans un article du Devoir.

* Les travaux de restauration du Guggenheim New York tirent à leur fin. L’extérieur blanc de l’immeuble sera utilisé comme espace de projection à chaque vendredi, d’ici la fin de l’année, par l’artiste Jenny Holzer.

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