Archive for August, 2008

* Chop-chop! Le gouvernement conservateur canadien abolit un autre programme à vocation culturelle. Une manifestation de soutien aux arts est prévue à Québec le mercredi 3 septembre 2008. Le gouvernement de Terre-Neuve a annoncé qu’il remplacerait à ses frais les programmes fédéraux abolis.

* Le Musée [...] du Québec propose une visite de Intrus / Intruders avec l’écrivain Gilles Pellerin et l’artiste Daniel Olson le mercredi 3 septembre à 19h30. Les deux personnalités partageront leurs réflexions sur l’univers de l’art. Puisqu’il s’agit d’une visite dans les collections permanentes, l’événement est gratuit. 

* Parlant du Musée [...] du Québec, l’exposition Le Louvre à Québec est, évidemment, ouverte pendant la Fête du Travail.

* En septembre, grande rétrospective prévue sur les Automatistes à la Galerie Orange de Montréal.

* Toutes les oeuvres volées au Musée d’anthropologie de l’Université de Colombie-Britannique ont maintenant été retrouvées.

* Les expositions dans les musées contribuent à augmenter la cote des artistes. Dernier exemple: Francis Bacon est le sujet d’une rétrospective par Tate Britain en septembre. Résultat: ses oeuvres atteignent des records aux ventes aux enchères, son Étude pour Tête de George Dyer (1967) se vendant 26M $CAN en juillet. Cette semaine, Art Newspaper analyse les tendances du marché autour de l’oeuvre de Bacon. 


[Tiziano Vecellio dit Le Titien, Diane et Actéon, 1556-1559, huile sur toile, 185x202 cm, National Gallery of Scotland, Edinbourg] 

* Comment augmenter la valeur de vos tableaux? Vous les prêtez pendant des décennies à des musées, à un point tel qu’ils semblent appartenir à l’institution. Puis, vous annoncez que vous allez les vendre. Le musée veut donc les acheter, à fort prix. Dernier exemple: deux tableaux du Titien à la National Gallery d’Écosse.

* Damien Hirst continue de bien vendre.

* Bonne nouvelle! Le pillage des sites archéologiques irakiens serait terminé.

* Survol des acquisitions récentes au Musée d’Orsay.

* Le critique d’art anglais John Russell décède à l’âge de 89 ans. Il s’était posé en défenseur des oeuvres de Francis Bacon, Lucian Freud et Bridget Riley, entre autres. Une rétrospective de cette dernière est d’ailleurs proposée au Musée d’art moderne de la ville de Paris, que j’ai vue.

Engramme s’invite aux célébrations du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec par le biais de l’exposition Paysage de l’âme / Soulscape. Placé sous le signe de la rencontre, l’événement veut « illustrer et amplifier le souvenir des rencontres, réelles ou imaginaires, entre la ville de Québec et de nombreux artistes du Canada et de l’étranger[1] ». Ainsi, une commande a été passée aux artistes qui devaient produire une oeuvre originale soulignant leur souvenir ou leur vision de la ville québécoise. Le résultat est à la fois réjouissant et décevant.


[Figure 1. Andrée Laliberté, Sexy City I]


[Figure 2. Christina Cordero, Australians meet in Quebec City]


[Figure 3. Monica Biagioli, Quebec City Postcard]

La joie vient de l’éclatement des voix. Les expériences vécues sont multiples et les oeuvres proposées illustrent cette grande variété. Un premier angle pour aborder un tel thème consiste à personnaliser un lieu commun extrêmement connu. Ici, une illustration du Pont de Québec est transformée pour le faire terminer sur une île imaginaire[2] (figure 1). Là, le Château Frontenac apparaît en filigrane derrière un écran de couleurs vives. On aperçoit une rue du Vieux-Québec peuplée de silhouettes mystérieuses[3] (figure 2) ou perturbée par des interférences numériques[4] (figure 3). Noëlla Dionne choisit de nommer plusieurs parcs municipaux.

Malgré tout, l’utilisation de scènes urbaines est relativement restreinte. Il convient même de signaler qu’il est plus prononcé chez les artistes en provenance de l’extérieur de la région de la capitale nationale. Une familiarité avec les lieux et un émoussement de la découverte expliquent peut-être cette lecture différente de l’espace.


[Figure 4. Annie Lemaire. Ville fortifiée]


[Figure 5. Marie-Ève Pettigrew, Les illuminés]


[Figure 6. Diane Thuot. Volets clos]


[Figure 7. Christine Vallée. Québec, la porte du pays]


[Figure 8. Roger Pellerin. Expo à l'A.R.G.]


[Figure 9. Bernard Morency. Québec lieu de rencontre]


[Figure 10. Valérie Metz. Paul's party]

On retrouve en plus grand nombre des impressions colorées. Sous ce vocable peuvent être regroupées ces estampes qui utilisent un motif simple – une photographie légèrement retravaillée, par exemple – où sont ensuite appliquées de grandes surfaces de couleur. L’artiste parvient ainsi à créer une tache de colorée et concentrée, ce qui attire le regard. Dans ce type d’oeuvre, la couleur prend le pas sur la représentation. Les travaux d’Annie Lemaire[5] (figure 4), Marie-Ève Pettigrew[6] (figure 5) ou Diane Thuot[7] (figure 6) constituent des exemples. Parfois, le motif original est tellement déformé qu’il devient illisible[8] (figure 7).

Les regards sur la ville sont souvent intimes et personnels. Des histoires s’esquissent dans certaines oeuvres. C’est le cas de Expo à l’A.R.G. de Roger Pellerin (figure 8). Rappelons qu’Engramme a fait suite à l’Atelier de Réalisations Graphiques, créé en 1972. Le lien entre l’histoire de la ville et celle du centre d’artistes se fait par un clin d’oeil très personnel. Autre évocation énigmatique que le Québec lieu de rencontre de Bernard Morency[9] (figure 9) ou Paul’s party[10] (figure 10) de la vancouvéroise Valérie Metz[11].


[Figure 11. Nicole Simard. Trois Femmes]


[Figure 12. Nathalie Giguère. Plaine de vie IIII]

Si les gravures représentent des moments d’émotion ou des souvenirs suscités par la ville, il est surprenant que peu de figures humaines soient présentes. Une exception notable en ce domaine est Nicole Simard. Ses deux oeuvres[12] (figure 11) proposent des portraits tirés de photographiques d’époque. Québec semble lui inspirer des souvenirs d’histoires familiales qu’elle nous communique habilement. Une autre exception est Nathalie Giguère. Mettant en scène une jeune gemme (elle-même?) dans sa série Plaine de vie[13] (figure 12), elle parvient à imposer sa présence dans un style à la fois dépouillé et construit.

L’ensemble de cette symphonie de voix crée une courtepointe colorée, composée par ces centaines d’estampes. En reprenant une taille similaire à celle de la carte postale, les artistes invités par Engramme détournent un format associé à la vie touristique de Québec pour communiquer des points de vue personnels sur la capitale. Cependant, cette approche met en relief les lacunes de ce type d’exercice.

Ainsi, la déception vient aussi de l’éclatement des voix. La multiplication des vues s’exprime dans une cacophonie de laquelle il devient difficile de dégager un sens. Peut-être le thème imposé était-il trop vague? Toujours est-il que l’exposition Paysage de l’âme / Soulscape ne parvient pas à créer d’impression puissante chez le spectateur. Si chacun des artistes propose une vision originale, son expression par le biais d’un format si petit en réduit fortement la portée.

Il convient également de signaler que les sujets abordés par les estampiers sont très personnels. L’ensemble est propret et nullement subversif. De plus, à voir ces illustrations, il est difficile de croire que la ville représentée est la capitale d’une nation riche de quatre siècles et possédant un mouvement indépendantiste. La question politique est à peine effleurée. Il paraît également symptomatique d’apercevoir « Je me souviens » inscrit sur une estampe serbe[14] (figure 13). L’Ukrainien Jurij Sychow-Hlazun célèbre le 400e anniversaire de fondation de la ville par une oeuvre intitulée Québec’s 1607-2007[15] (figure 14) mais une telle erreur dans les dates est facilement pardonnable. Bien malin qui trouvera des fleurs de lys dans cette exposition sinon dans Arbre de la sagesse de Jacques Depuydt, un Belge. Serait-il possible que la relation de proximité fasse oublier cet aspect aux créateurs d’ici? Où se situe le discours en dehors du nombrilisme?


[Figure 13. Aleksandar Leka Mladenovic. Je me souviens]


[Figure 14. Jurij Sychow-Hlazun. Québec's 1607-2007]


[Figure 15. Berko. You are never far from the Berko's star-times square]


[Figure 16. Senol Sak. Angelfish]

Finalement, certaines oeuvres semblent vraiment incongrues et soulèvent des interrogations. Que vient faire dans cette exposition la vue de Times Square à New York[16] (figure 15) ? Pourquoi inclure un poisson-ange royal des tropiques[17] (figure 16) ? Louise Sanfaçon parle de ces « instantanés d’autres villes dans le monde, proposant des frontières nouvelles, fluides et télescopiques, à notre propre cité[18] ». S’il s’agit d’une belle façon de remercier des collaborateurs, les estampes proposées détonnent malgré tout.

Ces capsules d’émotions seront enfermées dans un coffret à la fin de l’exposition pour être ensuite offertes à la municipalité en tant que souvenir de l’été 2008. Les générations futures regarderont peut-être ces estampes comme un ensemble discordant, joli au premier coup d’oeil, mais laissant le spectateur sur sa faim.

- INFORMATIONS PRATIQUES -

  • L’exposition Paysage de l’âme / Soulscape est présentée par Engramme au complexe Méduse jusqu’au 31 août 2008. [localisation sur une carte]
  • L’admission est gratuite.
  • La galerie est ouverte vendredi [12-17h], samedi et dimanche [13-17h].

- NOTES -

  1. Louise Sanfaçon, Paysage de l’âme / Soulscape, catalogue d’exposition (Québec, Engramme, 7 juin – 31 août 2008), Québec, Engramme, 2008, p. VI.
  2. Andrée Laliberté, Sexy City I, estampe numérique, Québec.
  3. Christina Cordero, Australians meet in Quebec City, intaglio et chine collé, Australie.
  4. Monica Biagioli, Quebec City Postcard, estampe numérique, Angleterre.
  5. Annie Lemaire, Ville fortifiée, sérigraphie, Québec.
  6. Marie-Ève Pettigrew, Les illuminés, sérigraphie, Québec.
  7. Diane Thuot, Volets clos, estampe numérique, Québec.
  8. Christine Vallée, Québec, la porte du pays, estampe numérique, Québec.
  9. Roger Pellerin, Expo à l’A.R.G., linogravure et technique mixte, Québec.
  10. Bernard Morency, Québec lieu de rencontre, technique mixte, La Prairie.
  11. Valérie Metz, Paul’s party, estampe numérique, Vancouver.
  12. Nicole Simard, Trois Femmes, estampe numérique, Québec et Henri, Limoilou, circa 1920, estampe numérique, Québec.
  13. Nathalie Giguère, Plaine de vie I, II, III, IIII et IIIII, estampe numérique, Québec.
  14. Aleksandar Leka Mladenovic, Je me souviens, estampe numérique, Serbie et Je me souviens II, estampe numérique, Serbie.
  15. Jurij Sychow-Hlazun, Québec’s 1607-2007, estampe numérique, Ukraine.
  16. Berko, You are never far from the Berko’s star-times square, estampe numérique, Slovénie.
  17. Senol Sak, Angelfish, linogravure, Turquie.
  18. Sanfaçon, op. cit., p. VII.

- BIBLIOGRAPHIE -

  • SANFAÇON, Louise. Paysage de l’âme / Soulscape, catalogue d’exposition (Québec, Engramme, 7 juin – 31 août 2008), Québec, Engramme, 2008, 250 p.

- LISTE DES FIGURES -

  1. Laliberté, Andrée. Sexy City I. Estampe numérique, Québec.
  2. Cordero, Christina. Australians meet in Quebec City. Intaglio et chine collé, Australie.
  3. Biagioli, Monica. Quebec City Postcard. Estampe numérique, Angleterre.
  4. Lemaire, Annie. Ville fortifiée. Sérigraphie, Québec.
  5. Pettigrew, Marie-Ève. Les illuminés. Sérigraphie, Québec.
  6. Thuot, Diane. Volets clos. Estampe numérique, Québec.
  7. Vallée, Christine. Québec, la porte du pays. Estampe numérique, Québec.
  8. Pellerin, Roger. Expo à l’A.R.G. Linogravure et technique mixte, Québec.
  9. Morency, Bernard. Québec lieu de rencontre. Technique mixte, La Prairie.
  10. Metz, Valérie, Paul’s party. Estampe numérique, Vancouver.
  11. Simard, Nicole. Trois Femmes. Estampe numérique, Québec
  12. Giguère, Nathalie. Plaine de vie IIII. Estampe numérique, Québec.
  13. Leka Mladenovic, Aleksandar. Je me souviens. Estampe numérique, Serbie.
  14. Sychow-Hlazun, Jurij. Québec’s 1607-2007. Estampe numérique, Ukraine.
  15. Berko. You are never far from the Berko’s star-times square. Estampe numérique, Slovénie.
  16. Sak, Senol. Angelfish. Linogravure, Turquie.

Dernière journée d’activités dans la capitale française avant le retour sur Québec.

Le premier arrêt de la journée s’est effectué au Petit Palais où La nuit espagnole : Flamenco, avant-garde et culture populaire est présenté jusqu’au 31 août. Les oeuvres regroupées esquissent un portrait de la danseuse de flamenco et du joueur de guitare espagnols dans les mouvements d’avant-garde : cubisme, futurisme, dadaïsme et constructivisme. Ce fut une présentation extrêmement intéressante où ces archétypes de l’Espagnol ont été tellement popularisés qu’ils ont été récupérés par les habitants de la péninsule ibérique. 

Dans la collection permanente, j’ai retrouvé certaines oeuvres présentées au Musée national des beaux-arts du Québec lors de l’exposition sur Paris 1900, incluant le portrait de Sarah Bernhardt. J’ai également observé trois portraits du marchand de tableau Ambroise Vollard, un personnage qui me fascine.


[Paul Cézanne, Portrait d'Ambroise Vollard, 1899]

Le second arrêt de la journée s’est réalisé au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, dans le Marais. L’exposition temporaire était mon cadeau de fin de séjour. Dans À qui appartenaient ces tableaux?, l’institution propose des oeuvres de maîtres, spoliées pendant la Deuxième Guerre mondiale, dont on n’a pu retrouver les propriétaires originaux. Fascinant. J’ai évidemment dévalisé la librairie.


[Extérieur du Musée de l'art et du Judaïsme]

Dernier arrêt dans le Marais, la Galerie Yvon Lambert. L’exposition Ready-Made 2 [photos] offre des oeuvres originales sur le principe défini par Duchamp et ses compères. Bertrand Lavier, l’incontournable Jonathan Monk (qui est le chouchou de Paris) et bien d’autres offrent quelques oeuvres.


[Extérieur de la Galerie Yvon Lambert, avec mon reflet]

Finalement, les Grands Ballets canadiens ont connu un succès éclatant à Paris. J’ai vu des traces de leur passage dans le métro avec de grandes affiches où leurs attaches montréalaise, québécoise et canadienne étaient visibles. C’est exactement ce genre de tournée que l’abolition de Prom’Art par les Conservateurs va éliminer.

Demain, retour…


[Affiche de l'exposition Charles Lapicque (1898-1988) - Une rétrospective proposée au Musée de la Poste, photo: Jean-Louis Losi]

Autre journée, autres musées (bis).

On peut voir des dizaines de tableaux de Charles Lapicque au Musée de la Poste. Ce peintre est associé à la Nouvelle École de Paris, terme flou regroupant les peintres français d’après-guerre. Ce docteur en physique (!) a poursuivi une carrière de peintre où la couleur était à l’honneur. Le résultat est un ensemble de tableaux abstraits puis figuratifs où sensation et mouvement s’expriment d’une manière surprenante. Belle découverte.

La Cité de l’architecture et du Patrimoine (Cité Chaillot) propose des moulages d’églises médiévales réalisés au début du 20e siècle. C’est une très grande collection qui permet de voyager à travers les monuments de la France sans quitter la capitale. Éducatif.

Les expositions temporaires sur la Finlande et la Chine m’ont déçu car elles étaient principalement constituées de photographies agrandies et de projections vidéo. Par contre, une très grande maquette de Pékin permet de mettre en relief la ville chinoise avec brio.

Encore mieux, l’exposition Défense 2015 expose les cinq maquettes finalistes d’un concours pour la tour Signal dans le quartier de la Défense. C’est Jean Nouvel qui a remporté avec son projet de tour en caissons de lait, c’est-à-dire pleine de vide au centre d’une structure de bureaux.


[Vue de la tour Eiffel à partir de l'intérieur de la Cité Chaillot]

Un petit détour par la gare Saint-Lazare pour voir le lieu immortalisé par Monet. J’adore ces espaces du passé qui ne sont pas figés dans le temps et qui continuent à vivre au rythme d’aujourd’hui.


[Vue des quais, Gare Saint-Lazare, 2008]


[Claude Monet, La Gare Saint-Lazare, arrivée d’un train, 1877, Fogg Art Museum, Harvard University, Cambridge, Mass.]

Finalement, la Pinacothèque de Paris propose Les Soldats de l’éternité. Des artefacts de la période Qin. J’ai eu la chance de voir une quinzaines de statues de soldats en terre cuite qui reposaient dans le tombeau de l’empereur. Fantassins, archers et officiers de taille plus grande que nature regardent droit devant eux dans cette expression figée caractéristique. La foule se bousculait dans une petite salle mais quelle visite!

Demain, dernière journée complète en France. 


[Affiche de l'exposition Les Soldats de l'éternité, Pinacothèque de Paris]

Autre journée, même musée. 

J’ai passé trois heures au Louvre ce matin. C’est mon temple, mon panthéon, mon lieu sacré.

Ensuite, j’ai fait un tour au Musée d’Orsay. Deux expositions temporaires sur la photographies sont présentées ainsi que des dessins à l’aquarelle. Difficile de résister devant une photographie de Jean-François Millet (Les Glaneuses, L’Angélus) prise vers 1850. Le Réaliste photographié…

Orsay continue son excellente série de correspondances. Ce sont des artistes invités qui proposent une nouvelle oeuvre ou une autre lecture d’une oeuvre existante à partir d’un tableau du musée. En mai, j’avais déjà noté le travail de Bernard Lavier et de Charles Sandison avec, respectivement, Manet et Monet. 

Cette fois-ci, c’est une oeuvre de Gustave Moreau qui est mise en dialogue avec Conrad Klapheck. J’ai bien aimé le travail de Christian Jaccard qui s’est inspiré de George Hendrik Breitner. Jaccard a reproduit sur sa toile le motif de Breitner à l’aide de flammes et des traces de brûlures sur la toile. Impressionnant contrôle de la matière.


[Christian Jaccard, Minuit – Minuit "écart", diptyque (détail)]

 


[George Hendrik Breitner, Clair de lune]

 

La journée s’est poursuivie au Musée Maillol où une quinzaine d’artistes chinois contemporains sont en vedette. J’avais vu les oeuvres de plusieurs d’entre eux lors de l’exposition Shanghai Kaleidoscope au Royal Ontario Museum mais la proposition parisienne est plus importante. Vive les Jeux Olympiques et l’intérêt suscité pour les Chinois: ça permet à China Gold! d’être offert!

Finalement, la journée s’est terminée avec le film Valse avec Amir, un rappel que la guerre fait toujours des perdants.

Autre journée, autres musées.

Au Palais de Tokyo se termine demain l’exposition Superdome qui présente cinq espaces de création qui testent la notion d’oeuvre d’art. Christophe Büchel propose Dump, une pile de déchets dans laquelle plonge un tunnel métallique. Les visiteurs sont invités à le parcourir pour découvrir une maison de l’autre côté du tunnel. Malheureusement pour moi, les sessions de la journée étaient complètes…

Difficile de manquer l’oeuvre de Daniel Firman. Avec Würsa (à 18 000 km de la terre), il offre un éléphant surdimensionné se tenant sur la trompe. C’est à 18 000 km que l’artiste a calculé que le pachyderme serait en état d’apesanteur pour réaliser cet exploit.


[Daniel Firman, Würsa (à 18 000 km de la terre), 2008]

 


[Daniel Firman, Würsa (à 18 000 km de la terre) (détail), 2008]

Également présents sont Fabien Giraud & Raphaël Siboni avec Last Manoeuvres in the Dark, Arcangelo Sasolino avec Afasia 1 et Jonathan Monk avec Time Between Spaces. Ce dernier est également dans une exposition au Musée d’art moderne de la ville de Paris, voisin du Palais. J’y ai vu les oeuvres op’art de Bridget Riley et la rétrospective Peter Doig.

Le Musée Guimet se spécialise dans les arts asiatiques. On y retrouve une vaste collection d’objets de la Corée, du Vietnam, du Japon, de la Chine, du Cambodge… Certaines oeuvres graphiques sont également proposées, dont des dessins de Hiroshige que m’épatent toujours.


[Me tenant devant Montagnes et rivières sur la route de Kiso, Utagawa Hiroshige, 1857]

La journée s’est terminée au Musée national d’art moderne du Centre Pompidou. Outre les collections permanentes qui valent toujours le détour, des présentations temporaires sur Georges Rouault, le photographe Miroslav Tichý et l’Action Painting étaient exposées. Le Musée présentait ses grandes toiles dans le cadre des Abstractions gestuelles après 1945. Jackson Pollock accueille les visiteurs. J’ai eu le bonheur de voir une grande toile de Riopelle.


[Me tenant devant Chevreuse, Jean-Paul Riopelle, 1954]

Le tout s’est terminé par un beau coucher de soleil sur le toit du Centre Pompidou. Bonheur.


[Vue d'un pavillon du musée du Louvre vers le Jardin des Tuileries et la tour Eiffel]

Une visite à Paris constitue un pèlerinage de musées pour l’étudiant en histoire de l’art que je suis. Étant dans la capitale française pour moins d’une semaine, c’est en boulimique que j’attaque mes lieux de culte.

* Musée du Louvre


[Vue des salles du Louvre, salles de l'ancien musée Charles X]

Le plaisir de se promener dans les galeries à 9h00 le matin, c’est celui d’entendre ses pas sur le plancher qui craque. L’écho résonne, les salles sont vides et le musée nous appartient. Cette sensation de communion avec les oeuvres dure pendant une heure car les visiteurs se lancent vers La Joconde, à mon grand plaisir.

Une exposition temporaire est présentée en ce moment sur Pierre Mignard. L’atelier de ce peintre du Roi a été incorporé à la collection royale à son décès en 1695. Plusieurs de ses dessins constituent l’essentiel de l’expo. 

Ce peintre est représenté au Musée national des beaux-arts du Québec dans Le Louvre à Québec. Dans la section des portraits d’artistes, il est peint avec son grand rival, Charles Le Brun.

Parlant de cette exposition, le vide laissé par les oeuvres sur les murs est apparent. En voici des traces…


[Quatre heures, au Salon de François Biard est normalement placé sur ce mur; il est présentement au Musée national des beaux-arts du Québec]

 


[Au Salon carré du Louvre de Louis Béroud se trouve habituellement dans la seconde colonne à partir de la gauche; idem]

 


[Les gisants de Charles IV et Jeanne d'Évreux de Jean de Liège attirent en temps normal le regard sur le piédestal noir; idem]

Pour sa part, le Musée des arts décoratifs, présentait une exposition temporaire intitulée Napoléon, symboles des pouvoirs sous l’Empire. Au fil des salles, des objets d’art et de combat sont proposés, illustrant l’utilisation faite de symboles comme les dieux romains, le cygne et l’abeille. Instructif.

Le voyage se continue demain…

* L’enquête sur l’incendie du Manège militaire de Québec est retardée de six mois

* Le Manneken-Pis de Bruxelles aura un costume aux couleurs du 400e de Québec. 

* Le Média Matin Québec n’est plus publié depuis le retour au travail des employés du Journal de Québec. Adieu(?) aux archives sur Internet: le site ne répond plus.

* Plus que quelques jours pour l’exposition rétrospective sur John Heward au Musée national des beaux-arts du Québec. Elle se termine le 24 août.

* Parlant du Musée [...] du Québec, emmenez votre petite famille aux ateliers de création sous le thème Les trésors des pharaons. L’activité gratuite se déroule en fin de semaine, à 13h, 14h15 et 15h30 et elle permet de décorer un coffret miniature d’inspiration pharaonique. Amusant!

Et sur une note plus personnelle, je suis à Paris pour la prochaine semaine. Je devrais visiter plusieurs expositions intéressantes que je n’ai pas déjà vues en mai.

Le Symposium de Baie-Saint-Paul va bon train. Les artistes invités ont environ deux semaines pour terminer leur oeuvre. Voici un état des 12 oeuvres en construction.

À titre indicatif, un symposium est une rencontre pendant laquelle des artistes créent des oeuvres tout au long de l’événement. Dans le cas de Baie-Saint-Paul, les artistes travaillent dans l’aréna municipal (sans glace, évidemment!) et le public peut visiter entre midi et 17h.

* Ricardo Alzati, Mexique
En cinq mots: Tromper l’oeil avec la photographie.
 

 

Anibal Catalan, Mexique
En cinq mots: Architecture paradoxale inspirant paix momentanée.

 

* Fanny Mesnard, France et Véronique Isabelle, Québec
En cinq mots: Quatre mains qui travaillent ensemble.
 

 

* Derek Mehaffey aka Other, Colombie-Britannique
En cinq mots: Mélanger graffiti et art visuel.  
 

 

* Graeme Patterson, Nouvelle-Écosse
En cinq mots : Stop motion hypnotisant et dansant. 
 

 

* Howie Tsui, Ontario
En cinq mots : Dépasser ses conventions picturales personnelles. 
 

 

* Annie Baillargeon, Québec
En cinq mots : Comme une fresque de Michel-Ange. 

 

* Sylvain Bouthillette, Québec
En cinq mots : C’est assez, c’est assez, hostie. 

 

* Dan Brault, Québec
En cinq mots : Musique en mouvement, éphémère chimère. 

 

* Josée Landry-Sirois, Québec
En cinq mots : Visiteurs intégrés, transformés en animaux. 

 

* Mathieu Valade, Québec
En cinq mots : Partir du Symposium, arriver où?  

 

* Josette Villeneuve, Québec
En cinq mots : Patience de moine, splendeur recyclée.  

Pour en savoir plus 
* Site officiel du Symposium
* Un commentaire dans Le Soleil 

L’exposition temporaire Le Réfectoire est une commande du Musée naval de Québec à Isabelle Laverdière. Il faut saluer l’initiative d’une institution militaire demandant à une artiste en artiste visuelle de concocter une installation pour célébrer le 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec. Ce geste « audacieux [1]» est placé sous le signe d’une fraternité qui transcenderait les conflits armés.


Figure 1. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [vue de l'installation], 2008.

Au premier abord, l’ouïe est stimulée pour créer une impression évanescente. Si le sol de l’immeuble est habituellement constitué d’une dalle de béton rigide et impersonnelle, ici elle est recouverte d’un plancher en bois raboteux. De grosses planches équarries s’imbriquent grossièrement les unes dans les autres. Leurs craquements se font entendre sous les pas des visiteurs, rappelant les sons qui devaient animer les grands voiliers de guerre des siècles passés. Mieux, ces planches sont légèrement mobiles, créant une instabilité qui se rapproche du tangage. À ce crépitement contribuant à l’ambiance sonore s’ajoute une suite de bruits marins amplifiant cette impression. David Dandy, Martien Bélanger et Alexandre Zacharie ont créé l’environnement sonore. L’ensemble est serein; les bruits et la musique ne sont pas guerriers, mais méditatifs.

La temporalité de l’exposition est signalée par un élément visuel significatif. Ainsi, l’espace clos est fermé à l’aide de toiles blanches mobiles. Il s’agit de la même structure que les banlieusards utilisent pour protéger leur voiture des intempéries hivernales. Plutôt que d’utiliser des murs, l’artiste a tendu ces surfaces qui se déplacent au gré des courants d’air. Elle crée un rappel des voiles des navires des époques passées d’une façon subtile. L’incongruité de l’installation est également signalée par un jeu d’ombres chinoises qui se déclenche lorsque les occupants de l’École navale voisine parcourent les couloirs de l’institution. Fragilité et instabilité dominent la mise en scène. À l’aide de quelques artifices, un ailleurs est créé.


Figure 2. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [détail], 2008.

L’utilisation de matériaux du pays permet d’ancrer l’oeuvre dans l’espace de Québec. L’ancien est mis en dialogue avec le présent. Les planches du sol sont faites de planches provenant d’étables tandis que les meubles sont recouverts de laine. S’opposent à ces matériaux chaleureux la toile blanche plastique des murs et l’utilisation éclatante de lampes fluorescentes tombant du plafond.

L’installation proprement dite est une exploration du thème du réfectoire. À l’origine lieu de rassemblement où les moines prenaient leurs repas dans les monastères, le terme s’est propagé pour désigner toute salle où une collectivité prend son repas. Dans ce Réfectoire, Laverdière place des acteurs de l’histoire maritime de Québec autour de la table centrale dans un dialogue continu à travers le temps. Six paires de capitaines s’opposent autour du Saint-Laurent. Le fleuve est représenté par une table centrale sur laquelle sont déposés des artefacts et des créations céramiques. Les personnages historiques assument leur présence par des chaises et leur silhouette découpée dans un miroir. Sur chaque siège est inscrite la date d’un conflit armé. Derrière, sous la silhouette du protagoniste se déroule un texte dans lequel il expose son point de vue sur le conflit armé. Par cet habile jeu de correspondances, ce ne sont plus deux chefs de flotte qui s’affrontent mais plutôt deux visions de l’histoire.


Figure 3. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [détail], 2008.

Le premier conflit auquel l’artiste fait référence est le combat entre Kirke et Champlain en 1629. Sur la table se trouvent des assiettes d’époque ainsi qu’un robinet trouvé sur le site de l’Abitation de Québec. Des créations céramiques d’Isabelle Laverdière côtoient ces trésors historiques. Du côté français, elle a créé une assiette du fond de laquelle s’élèvent trois navires. Chez l’anglais, la soucoupe en contient onze. Laverdière renforce ainsi le message de la supériorité numérique des forces britanniques à l’aide d’une création contemporaine. Ce jeu sur les forces en présence est présent dans les différents conflits illustrés. Il se termine, dans la dernière confrontation pendant la Seconde Guerre mondiale, par des sous-marins sillonnant le fond d’assiettes creuses.

Plus précisément, les conflits armés sur lesquels s’attarde l’exposition sont survenus en 1629 (Champlain, Kirke), 1690 (Frontenac, Phips), 1711 (Walker), 1759 (Saunders et Durell, Vaudreuil), 1779 (Haldimand), et 1942 (Fortin, Hartwig). Le visiteur attentif remarquera que les agresseurs et les défenseurs sont tous regroupés du même côté de la pièce. Ils sont de nationalité britannique ou américaine face à des Français ou des Canadiens.


Figure 4. Isabelle Laverdière, Le Réfectoire [détail], 2008.

Une oeuvre d’art installée sur une école militaire peut difficilement évacuer la propagande. Ici, elle se manifeste par le côté bon enfant de l’ensemble. Sans évacuer la dimension historique, il est surprenant que les horreurs de la guerre maritime ne soient même pas évoquées. Aucun mort n’est relevé parmi les conflits représentés. Nous sommes plutôt dans un duel de l’esprit où les chefs s’opposent à l’aide de bons mots et de fleurs. En exemple typique, les trente morts de l’expédition de Phips ne sont mentionnés nulle part. La phrase inscrite sous son miroir se lit ainsi :

« Ça c’est William Phips. Il part avec 34 navires de quelque part en Nouvelle-Angleterre, nous, on dit le Massachusets (sic). Puis, il fait des prisonniers en chemin, des femmes et des enfants même! Face à la menace des glaces (pas la crème glacée) et de Frontenac, il abdique. Ce pays il est dur, et ses habitants résistants ! »

Au lieu des horreurs de la guerre, l’emphase est placée sur une camaraderie entre marins qui transcende la guerre. Le torpillage du sous-marin allemand U-877 par la corvette St.Thomas illustre cette vision. Rappelons brièvement les faits. En décembre 1944, deux navires canadiens coulent le bâtiment ennemi qui sillonne les eaux du fleuve. L’équipage germanique devant se jeter dans les eaux glacées, les Canadiens les récupèrent. Une relation d’amitié se développa après la guerre entre les belligérants, le premier lieutenant Stanislas Déry et le commandant adjoint Peter Heisig. L’exposition se termine sur cette note idyllique.

Dans le contexte d’une commande cernée par la thématique (400e anniversaire de fondation de Québec) et par le commanditaire (Musée naval de Québec), l’artiste Isabelle Laverdière tire son épingle du jeu. Elle réalise un tour de force en créant une atmosphère d’instabilité et de chaleur dans un lieu rigide. Les métaphores visuelles sont appuyées par une utilisation originale des matériaux du pays. Ses créations céramiques viennent appuyer l’exhibition des artefacts historiques. Se situant aux frontières de l’opération marketing et de la création artistique, Le Réfectoire demeure, malgré ses défauts, une incursion de l’art contemporain chez les militaires. Ne serait-ce que pour cette dernière qualité, ce tour de force vaut le coup d’oeil.

- INFORMATIONS PRATIQUES - 

* L’installation Le Réfectoire par Isabelle Laverdière est présentée au Musée naval de Québec jusqu’au 15 novembre 2008. [carte]

* L’admission est gratuite.

* Il faut contacter le Musée pour les heures d’ouverture, au (418) 694-5387.

 

- NOTE -

[1] Dans son document d’accompagnement, le Musée naval de Québec parle de première au Canada.

- BIBLIOGRAPHIE -

CÔTÉ, Nathalie. « L’art contemporain chez les marins ».  Le Soleil, [en ligne], 9 août 2008, (page consultée le 15 août 2008).

LÉTOURNEAU, Jocelyn. Le coffre à outils du chercheur débutant. Montréal, Boréal, 2006, 266 p.

STACEY, C. P. « Phips, sir William » dans Biographi.ca, [en ligne], 2000, (page consultée le 15 août 2008).

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