Archive for May, 2008

Après avoir envoyé des pépites brillantes pour illustrer son slogan « Tout ce qui brille n’est pas or », le Musée de la civilisation de Québec récidive avec une invitation originale. J’ai reçu cette semaine mon carton pour assister à l’inauguration du Potager des visionnaires. Bravo à l’équipe de communications qui, encore une fois, vise dans le mille en attirant l’attention sur ce projet.

Jugez-en par vous-même: l’invitation est arrivée par courrier dans une enveloppe qui ressemblait aux sachets de semence de potager qu’on retrouve dans le commerce. Tout s’y trouvait, même le trou pour accrocher le sachet sur le présentoir.

À l’intérieur, l’invitation utilise l’image de plantes sur tige. Cette iconographie est tirée du site du Musée, dans le micro-site consacré au projet. Je vous invite d’ailleurs à visiter cette section qui, outre son aspect visuel extrêmement plaisant, fourmille d’informations pratiques. C’est d’ailleurs cette fin de semaine - sous la pluie, malheureusement - que se déroule La Grande Plantation.

Le Potager des visionnaires se déploie sur le toit-terrasse du musée tout au long de l’été et il est dirigé par Franco Dragone, associé au Cirque du Soleil.

Dans un autre ordre d’idées, il serait bien d’indiquer sur le site du Musée que l’événement en association avec le Quai Branly est débuté et qu’il ne s’agit plus d’un événement « à venir ».

* Le Louvre à Québec attend déjà 10 000 visiteurs.

* Le musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique s’est fait voler 12 oeuvres en or de l’artiste Bill Reid.

* Un fonds de 100,000$ pour les artistes de la relève en Outaouais a été dévoilé cette semaine.

* Le tableau Île Saint-Denis de Jean-Paul Riopelle a été vendu 524 400 dollars à Vancouver. Le prix se situait dans la fourchette inférieure des estimations. Un tableau de dimension similaire a atteint 870 000 dollars en France l’an dernier.

La Biennnale de Montréal propose, pour 2009, d’ouvrir sa programmation aux internautes. Cherchant à se redéfinir, l’événement déverrouille les portes de l’événement. Selon le site Internet:

« On y exposera quelques uns (sic) des meilleurs projets ou œuvres des dernières années réalisés selon la philosophie de la culture libre. »

Une référence à YouTube aurait été faite en conférence de presse.

Je suis sceptique face à cette approche. Le contenu généré par les internautes est souvent de qualité inégale. Le spectaculaire et l’inusité occupent une place démesurée. Doit-on s’attendre à de telles oeuvres?

« On y mettra en valeur des projets qui montrent comment la créativité individuelle se révèle dans les activités quotidiennes […] »

Super! J’ai déjà hâte de voir la vidéo, tournée sur caméra numérique à 99$, se déroulant dans la cuisine, où l’artiste créera une oeuvre culinaire. Youppi. On en trouve déjà des masses sur YouTube, comme la Heinz Kitchen Artist.

J’espère que l’événement saura faire mieux.

Le Musée d’art contemporain de Montréal propose 135 oeuvres créées par 38 artistes dans le cadre de sa triennale intitulée «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». À l’occasion de cet événement, je me suis demandé quelle était la présence sur le Web de chacun de ces artistes.

Pour arriver à classer les artistes selon leur notoriété Internet, j’ai choisi trois critères: le nombre de liens tels que trouvés par Google, la gestion des noms de domaine [du type nom_artiste.com] et la présence ou non d’article dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia.


[Julie Doucet, Le Pantalitaire 2, 2007, 8 collages, 30 x 137,1 cm]

Le titre de reine de la notoriété dans Internet est attribué à Julie Doucet. Avec 63,000 liens sur son nom, 4 articles dans Wikipedia, un site Internet possédé par un éditeur et un site officiel, on peut dire sans gêne que l’artiste est connue sur le Web, principalement à cause de ses bandes dessinées.


[David Altmejd, Le Berger, 2008, bois, miroir, cristal, crin de cheval et peinture, 365,7 x 152,4 x 121,9 cm; avec l’aimable autorisation de la Andrea Rosen Gallery; photographie: Ellen Page Wilson]

Accompagnant Julie Doucet au sommet de la notoriété sur Internet, David Altmejd se classe bon deuxième, avec 51,400 liens, 3 articles dans Wikipedia et un site cybersquatté.

Parmi les autres résultats de cette étude sans prétention, je remarque que de nombreux artistes possèdent un site Internet bien réalisé: Nicolas Baier, Gwenaël Bélanger, Patrick Bernatchez, Michel de Broin, Raphaëlle de Groot, Manon De Pau, Doyon-Rivest, Romeo Gongora, Adad Hannah, Isabelle Hayeur, Bettina Hoffmann, Lynne Marsh, Serge Murphy, Jocelyn Robert.

Fait surprenant: certains artistes préfèrent le .net ou le .org plutôt que le .com même lorsque ce dernier est disponible. C’est le cas de Michel de Broin, Raphaëlle de Groot et Bettina Hoffmann.

Notons finalement que David Ross et Carlos Sanchez ont été exclus du classement. En effet, leurs noms sont également ceux de personnalités connues dans d’autres domaines, ce qui perturbe grandement les données.

Palmarès de la notoriété Internet des artistes de la Triennale de MACM

Julie Doucet : 11,30
David Altmejd: 9,14
Michel de Broin: 2,85
Isabelle Hayeur: 2,70
Jocelyn Robert: 2,42
Lynne Marsh: 2,15
Adad Hannah: 2,03
Bettina Hoffmann: 1,60
Nicolas Baier: 1,37
Michael Merrill: 1,26
Jason Sanchez: 1,23
Gwenaël Bélanger: 1,15
Patrick Bernatchez: 1,09
Doyon-Rivest: 1,08
Raphaëlle de Groot: 1,08
Serge Murphy: 1,06
Manon De Pauw: 1,06
Romeo Gongora: 1,01
Charles Guilbert: 0,70
Yannick Pouliot, WWKA, Louis-Philippe Eno, Chih-Chien Wang, Stéphane Gilot, Etienne Zack, Cooke-Sasseville, Emanuel Licha, Manon Labrecque, Cynthia Girard, Karen Tam, Tricia Middleton, Jon Knowles, David Armstrong Six, Patrick Coutu, Valérie Blass, Anthony Burnham, Jonathan Plante, Adrian Norvid suivent dans l’ordre avec moins de 0,5.

Méthodologie

Le nom de l’artiste ainsi que le terme art ont été entrés dans l’engin de recherche Google. J’ai obligé l’engin de recherche à inclure le terme art dans chacune des pages trouvées afin d’éviter que des artistes ayant des homonymes oeuvrant dans d’autres domaines soient privilégiés.

Les cinq premiers résultats sont les suivants:
David Ross: 163,000 liens
Carlos Sanchez: 148,000 liens
Julie Doucet: 63,000 liens
David Altmejd: 51,400 liens
Michel de Broin: 28,500 liens

Les cinq derniers résultats sont les suivants:
Valérie Blass: 360 liens
Anthony Burnham: 334 liens
Romeo Gongora: 132 liens
Jonathan Plante: 120 liens
Adrian Norvid: 48 liens

Chaque dizaine de milliers de liens donnait un point. Ainsi 163,000 liens attribuait 16,3 points.

La présence d’articles dans Wikipedia donnait un point par langue de rédaction.

Les noms de domaine achetés par une tierce personne donnait un point. David Altmejd et Lynne Marsh ont «bénéficié» de cette notoriété involontaire.

La présence d’un site Internet officiel donnait un point.

Il convient de noter que ce classement n’a aucune prétention scientifique. Il s’agit de refléter le buzz Internet selon des critères personnels à l’auteur de ce blogue.

Chacun des composants des scores peut être facilement critiqué. Ainsi, Paris Hilton obtient 3,3 millions de liens, même lorsqu’on lie son nom au mot «art». De plus, les résultats chez Google varient selon les serveurs sur lesquels la recherche est effectuée. Pour être plus efficace, j’aurais dû utiliser un outil de recherche qui fouille les différents centres de données de Google mais bon…

Au final, rien ne vaut une visite au musée pour laisser tomber le buzz et alimenter sa propre réflexion!

Picasso's Guernica in three dimensions
[source: Lena Gieseke]

Un voyage tridimensionnel au coeur de l’oeuvre-phare de Picasso, Guernica. Si l’iconographie de l’oeuvre est rendue avec fidélité, la réflexion de Picasso sur les aspects formels de la peinture sont annihilés. Exit l’utilisation du dessin, la ressemblance de la méthode avec le collage et les aplats.

Malgré tout, il s’agit de quelques minutes de bonheur.

[Merci à Nicolas pour le lien]

La compagnie China Guardian Auctions réalisera une vente aux enchères le 27 mai 2008 dans un hôtel du centre de Pékin. Les profits iront aux victimes du récent tremblement de terre du Sichuan. L’événement sera diffusé en direct sur le site Art Trade.

Marc

Au fil des clics

* Le Musée des Beaux-Arts de Montréal propose des visites de 30 minutes sur l’heure du lunch pour découvrir l’oeuvre d’un artiste. Une façon agréable de nourrir son âme. Prochains événements: les 4 et 5 juin 2008 à 12h15. L’artiste en vedette: Alfred Pellan. [ Plus de détails ]

* La Manif d’art 4 se déroule présentement dans la ville de Québec. Il faut beaucoup de courage et un guide de survie pour organiser ses activités sur le site Internet de l’événement. Je cherche encore comme me procurer une Manif carte, nécessaire pour la visite de Toi/You, la rencontre.

Malgré ces difficultés, il ne faudrait pas manquer cette semaine l’exposition des étudiants en arts visuels de l’Université Laval, présentée par Loto-Québec. Vernissage ce vendredi 30 mai.

* La chaîne de télévision artv propose à nouveau des épisodes de la série Palettes. Narré par l’historien de l’art Alain Jaubert, chaque épisode permet de découvrir l’histoire d’une oeuvre d’art ayant marqué l’art occidental. Si l’émission ne se retrouve pas dans la liste de la chaîne spécialisée, elle mérite quand même un coup d’oeil, ayant été célébrée au dernier FIFA de Montréal. Heureux possesseur du coffret de 18 DVD, je vous recommande ces films agréablement instructifs. Cette semaine: Un enterrement à Ornans de Courbet [25 mai à 7:30, 28/5 3:28, 28/5 15:29].

Un enterrement à Ornans
[Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, 1849-1850, huile sur toile, 314×663 cm, Musée d’Orsay, Paris; source photographique: Wikipedia]

* Le peintre québécois Claude Théberge est décédé. La municipalité de Notre-Dame-du-Lac lui a consacré un site Web.

* Il faudra revoir les livres de records : le gratte-ciel Burj Dubai est désormais la structure la plus haute du monde. Culminant présentement à 650 mètres, elle devrait atteindre 819 mètres à la fin de sa construction. À titre de comparaison, la tour du CN s’étire sur 553 mètres [il serait temps de mettre à jour le site Web qui la qualifie de plus haute structure du monde, un titre perdu voilà quelques années déjà…], le 1250 René-Lévesque de Montréal [IBM-Marathon] mesure 230 mètres et le Complexe G de Québec fait 176 mètres, avec l’antenne.

Burj Dubai
[Burj Dubai; source photographique: Wikipedia]

* La suite du film Une nuit au musée, mettant en vedette Ben Stiller, a commencé son tournage. L’action se déroulera au Smithsonian Institute de Washington. Il s’agit de la première fois en 162 ans que l’institution permet l’usage de son nom dans une oeuvre cinématographique.

* Sir Anthony Caro, sculpteur britannique, s’est fait dire «Non merci!» par la ville de Londres. Il proposait sa sculpture la plus ambitieuse à ce jour. Résultat: l’oeuvre Millibank Steps est maintenant en vente pour près de 5 millions de dollars.

* La seule copie complète et manuscrite du Manifeste du surréalisme d’André Breton a été vendue cette semaine pour 5,5 millions de dollars chez Sotheby’s Paris. Le lot comprenait huit autres manuscrits que plusieurs craignaient voir dispersés.

Deux grandes sociétés d’État du Québec, le Musée d’art contemporain de Montréal et Télé-Québec, mettent en commun leur expertise pour produire, diffuser et exposer 10 capsules vidéo d’artistes québécois parmi les plus prometteurs.

Les deux sociétés d’État ont élaboré le meilleur scénario possible pour mettre en valeur la création d’artistes québécois à qui l’on a demandé de créer 10 capsules vidéo d’une minute. La nature même de ce médium permettra la diffusion des œuvres en format d’exposition, en format télévisuel et sur Internet. À compter d’aujourd’hui, 14 mai 2008, les œuvres vidéographiques seront diffusées en alternance sur les ondes de Télé-Québec ainsi que sur son site Internet à www.telequebec.tv et ce jusqu’au 7 septembre. Puis, du 24 mai au 7 septembre, elles seront présentées dans le cadre de la première Triennale québécoise du Musée d’art contemporain.
Dix capsules

Les artistes participants sont tous issus du milieu des arts visuels et intègrent la création médiatique dans leur pratique. Ils avaient carte blanche quant au contenu et au scénario de leur capsule vidéo. Le résultat est saisissant, mystérieux, déroutant et extrêmement varié. La diffusion de ces œuvres au moment des pauses publicitaires introduira un élément d’étrangeté dans la programmation télévisuelle et dans la réception des auditeurs. Vous pourrez ainsi voir des œuvres de :

Gwenaël Bélanger, L’Hameçon
Patrick Bernatchez, Pluton
Louis-Philippe Eno, Sans titre
Charles Guilbert et Serge Murphy, Une flamme dans l’univers
Bettina Hoffmann, Effleurer
Manon Labrecque, Contagion
Lynne Marsh, One-Minute Camera Opera
Tricia Middleton, Déclins
Yannick Pouliot, Je te veux
Chih-Chien Wang, Broth 01

…toutes de 2008 et créées pour le projet.

Dans L’Hameçon, Gwenaël Bélanger nous accroche à un ventilateur dans une spirale qui met notre perception en déroute ; avec Pluton, Patrick Bernatchez nous entraîne dans un duel de fin du monde entre un cosmonaute et une force d’une autre dimension ; à l’aide d’un simple feu de Bengale, Louis-Philippe Eno fait défiler dans Sans titre le film d’une vie ; Une flamme dans l’univers de Charles Guilbert et Serge Murphy nous entraîne dans une quête existentielle autour d’un monologue et d’un sac blanc ; Effleurer de Bettina Hoffmann tourne autour d’un groupe figé dans le temps, reconstituant l’immobilité de la photographie mais avec la densité d’une sculpture en haut-relief ; Manon Labrecque espère, avec Contagion, amener les spectateurs à bailler à leur tour ; Lynne Marsh met en abîme l’espace télévisuel même dans One-Minute Camera Opera ; usant de fondus séduisants, Déclins de Tricia Middleton enchaîne des images allant du quotidien le plus banal au sublime ; Je te veux de Yannick Pouliot est une enfilade d’allers et retours, de temps suspendu, dans un labyrinthe à la fois meublé et vide de présence humaine ; la boucle se boucle avec Broth 01 de Chih-Chien Wang puisqu’il y est question justement de pause, de décalage dans le temps et dans l’espace…

Un projet dédié à la création d’ici

Marc Mayer, directeur général du Musée d’art contemporain, et Michèle Fortin, présidente-directrice générale de Télé-Québec, se réjouissent que ce projet conjoint et innovateur, entièrement dédié à la création, se soit concrétisé. Pour Marc Mayer, « ce formidable projet nous permet de sortir des lieux convenus de l’art contemporain et de promouvoir les arts visuels dans les médias ». De son côté, Michèle Fortin est fière de cette belle association et du fait que les ondes de Télé-Québec offriront une vitrine culturelle supplémentaire à des œuvres qui sont le fruit de créateurs d’ici. Après la Triennale, les œuvres seront intégrées à la Collection du Musée d’art contemporain et deviendront patrimoine national. Ces vidéos d’art feront également partie de l’inventaire de Télé-Québec qui pourra éventuellement les rediffuser.

À lire également:

* Un billet sur le projet de maîtrise en art visuels de Gwenaël Bélanger
* Un compte rendu de l’exposition Yannick Pouliot au Musée d’art contemporain de Montréal

Suite du billet précédent sur mon voyage à Paris en mai 2008.

Mon voyage s’est poursuivi par un arrêt au Parc de sculptures entre l’île Saint-Louis et le Jardin des plantes. La Grande Fenêtre de Cardenas m’a particulièrement touché. Il s’agit d’une sculpture de l’artiste né à Cuba réalisée en 1974.


[La Grande Fenêtre, Augustin Cardenas, marbre blanc de Carrare, 1974; Photo: Marc Gauthier]

La ville se remémorait les événements de Mai 68. Sur la Place de la Sorbonne, là où tout a commencé, des photographies de Marc Riboud étaient proposées.


[Marc Riboud, reproductions photographiques, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Au cours de ce voyage, j’ai découvert l’oeuvre du sculpteur Antoine Bourdelle. Élève de Rodin, professeur de Giacometti, cet artiste possède un musée hébergé dans son ancien atelier dans le quartier Montparnasse. J’ai pu admirer une oeuvre clé dans la production de ce passeur de la modernité: Héraklès archer.


[Hérakles archer (première grande étude), Antoine Bourdelle, bronze, 1909; Photo: Marc Gauthier]

Au Grand Palais, j’ai visité l’exposition «Marie-Antoinette». La mise en scène mélodramatique m’a laissé froid. Si le personnage a joué un rôle historique non négligeable dans l’histoire de la France, je me questionne sur cette tendance vers une transformation mythico-romantique de la femme du luxe qui vécut une descente aux enfers. M’enfin.

Plus intéressante fut la rétrospective sur la figuration narrative. Ce mouvement artistique français est né au début des années 1960. Il cherche à raconter une histoire dans les oeuvres peintes, dans un style en opposition à l’abstraction. Parmi les artistes présents, j’ai particulièrement apprécié l’oeuvre de Gérard Fromanger ainsi que «Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp» par Aillaud, Arroyo et Recalcati. Malheureusement, la prise de photographies étant interdite lors de ces deux expositions temporaires, je ne peux illustrer ces oeuvres.

La situation est toute autre au Musée Carnavalet, qui raconte l’histoire de la ville de Paris. Si les portraits sont très (trop?) nombreux, les peintures d’histoire sont des plus intéressantes. Ainsi, on retrouve des illustrations de lieux historiques ou utopiques, de places en devenir qui ne seront jamais construites ou d’événements ayant modifié le visage de la capitale française.


[La démolition des maisons du pont Notre-Dame, en 1786 (détail), Hubert Robert, huile sur toile; Photo: Marc Gauthier]

Malheureusement pour moi, le Musée d’art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo étaient en processus de montage pour de nouvelles expositions. C’est le malheur lorsqu’on visite une ville au mois de mai, entre les expositions d’hiver et celle de l’été. Les lieux sont très intéressants puisqu’ils ont été construits pour l’Exposition de 1937.


[Vue à partir de l’esplanade du Palais de Tokyo, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Au sommet de l’immeuble abritant le Palais de Tokyo se retrouve l’hotel Everland. Construit par une firme suisse, il s’agit d’un module qui se déplace au fil des ans. Ainsi, il est hébergé à cet endroit jusqu’à la fin de l’année 2008. Il est possible d’y réserver une chambre pour une nuit mais la demande est forte. Le taux: entre 333 et 444 euros la nuit!


[Hotel Everland, Palais de Tokyo, Paris, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Après plusieurs années d’essai, j’ai réussi à prendre le train jusqu’à Fontainebleau où j’ai visité le château de François 1er. Quel plaisir que celui de déambuler dans les pièces Renaissance comme la galerie de François 1er ou la salle de bal. Un plaisir pour les yeux!


[Galerie de François 1er, Château de Fontaibleau, 2008; Photo: Marc Gauthier]

La foule était moins nombreuse qu’à l’accoutumée au Louvre. Il faut dire que ma visite se faisait la lendemain d’une journée gratuite; je suppose que le musée avait fait le plein de visiteurs la veille.

De plus, j’ai pu prendre des photographies dans la salle des grandes peintures françaises, ce qui m’était interdit lors de mes autres visites. Je m’en suis dès lors donné à coeur joie, question de ramener une bouffée d’air français en terre d’Amérique. Comme me le faisait remarquer une amie, la photographie avec la Joconde révèle un jeu de regards intéressant puisque le tableau, le spectateur en bleu et moi-même posons nos regards en des endroits différents dans cette image.


[Galerie de la Joconde, Louvre, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Au fil de la visite, j’ai vu beaucoup de cartons de prêts d’oeuvres: Budapest, Tokyo, Kobe, Washington, etc. J’ai également remarqué quelques oeuvres prêtées à Québec pour l’exposition «Le Louvre à Québec». Je peux donc affirmer que l’auto-portrait réalisé par Hortense Haudebourt-Lescot en 1825 devrait se retrouver sur les plaines d’Abraham cet été!


[Cartel du Portrait de Hortense Haudebourt-Lescot, Musée du Louvre; Photo: Marc Gauthier]

La visite de la Manufacture des Gobelins s’est révélée être à la fois une découverte et une déception. Cette manufacture royale de tapisseries a tellement subi les aléas du temps au gré des révolutions qu’il est déjà surprenant que l’immeuble soit encore debout aujourd’hui. La visite des installations présente les oeuvres contemporaines qui sont réalisées sur les lieux. Ainsi, l’importance historique de la Manufacture est évacuée, ce que j’ai trouvé dommage. Certaines traces demeurent, comme ces crochets sur les murs extérieurs de l’immeuble auxquels étaient suspendues les tapisseries lors de la visite du roi.


[Manufacture des Gobelins, Paris, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Le musée départemental Maurice-Denis propose une vaste collection des oeuvres de ce peintre Nabi. J’avais déjà eu l’occasion de voir l’exposition proposée par le Musée des beaux-arts de Montréal en 2007. Il a été agréable de visiter le lieu de création tel que l’artiste l’habitait et d’entendre parler de la vie sur place par la petite-fille de Maurice Denis. Dans la cour se retrouvaient des oeuvres du sculpteur Antoine Bourdelle, en prêt.


[Autoportrait devant le prieuré, 1921, Maurice Denis, Huile sur toile; Photo: Marc Gauthier]


[Centaure mourant, Antoine Bourdelle, 1911-1914, bronze; Photo: Marc Gauthier]

Archives nationales, musée Maillol, musée Zadkine, musée Cognacq-Jay: ces quatre lieux ont été visité lors de ma dernière journée à Paris. Das le premier lieu se trouvait une exposition consacrée Marcel Sembat et Georgette Agutte. On y retrouvait de nombreuses oeuvres visuelles ainsi que des écrits et des lettres - les Archives nationales organisant l’événement après tout!

Au musée Maillol, les oeuvres de la collection permanente étaient mises de l’avant plutôt qu’une exposition temporaire. Une salle complète a été consacrée à Marcel Duchamp. Sa «Fontaine» était d’ailleurs utilisée pour faire la promotion de l’événement.


[Affiche de l’exposition du musée Maillol, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Situé dans un ancien hôtel particulier, le musée Cognacq-Jay propose des oeuvres précieuses. Porcelaine de Sèvres, chandeliers et fauteuils meublent l’espace feutré.


[Vue de l’intérieur du musée Cognacq-Jay, Paris, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Finalement, le musée Zadkine situé près du jardin du Luxembourg propose une collection permanente intéressante des oeuvres du sculpteur d’origine russe établi à Paris au début du 20e siècle. Une visite très courte mais qui m’a révélé un artiste que je ne connaissais pas.


[Musée Zadkine, cour extérieure, 2008; Photo: Marc Gauthier]

Et voilà la fin de mon compte rendu de voyage parisien. De retour à la normale au cours des prochains jours!

Je suis en séjour à Paris pour les prochains jours. C’est ce qui explique la mise à jour saccadée du blogue.

Je suis arrêté au Musée d’art moderne du Centre Georges-Pompidou. Dans le grand espace, un moulin à prière surdimensionné accueille les visiteurs. Normalement, un moine boudhiste fait tourner un tel objet - aux dimensions plus réduites! - en récitant une prière. Ici, la projection de l’objet à une autre échelle met en lumière les dangers de la religion et de la politique, l’un étant lié à l’autre.

[Ehi Ehi Sina Sina, Huang Yong Ping, 2006; Photo: Marc Gauthier]

Parmi les expositions temporaires se retrouve la première rétrospective consacrée à Louise Bourgeois. Ce fut pour moi une découverte. L’artiste propose une vision très personnelle au fil des deux cents oeuvres exposées. Née en 1911, vivant à New York depuis 1938, on sent une certain malaise quant à l’appartenance de cette artiste à la France. Ayant quitté le pays depuis 70 ans, est-ce toujours une artiste française? Comme le dit le programme en faisant une comparaison avec Marcel Duchamp, elle serait une «American artist born in France». Outre ces considérations géographiques, l’exposition m’a donné l’impression de pénétrer dans la tête de Louise Bourgeois. En fait, lorsque j’y pense, ce n’est pas tant dans sa tête qu’on pénètre que dans cet espace des pulsions secrètes animées par les frustrations de l’enfance et les désirs refoulés. Proposées en plusieurs volets (Personnages, Lieux de mémoire, …), les sculptures, peintures, dessins, gravures ne sont pas toujours accessibles au premier coup d’oeil. Je me demande ce que l’histoire de l’art retiendra de sa production.

Dans la collection permanente, je tiens à vous présenter « Dynamisme d’une automobile» (1912-1913) de Luigi Russolo. Cette oeuvre est très représentative du Futurisme. Ce mouvement italien basé à Milan faisait - entre autres - l’apologie de la vitesse pour l’opposer au passé archaïque de l’Italie. En ce sens, les machines produisant la vitesse comme les voitures, les avions et les trains sont valorisées. Dans ce tableau, Russolo s’exprime par la couleur et les lignes de forces représentées selon la philosophie du flux développée par Henri Bergson.

[Dynamisme d’une voiture, Luigi Russolo, 1912-1913; Photo: Marc Gauthier]

Au fil des jours, d’autres lieux d’intérêt pour l’historien de l’art en moi ont été visités. Le grand magasin Le Bon Marché a fait l’objet d’un arrêt, et non seulement pour m’acheter un parapluie en ces jours pluvieux sur la capitale. Plutôt, j’en en profité pour visiter l’un des premiers lieux privés où des tableaux d’oeuvres d’art ont été exposés. C’est ainsi qu’au 19e siècle, certains peintres pouvaient exposer leurs toiles au dernier étage du grand magasin. La luminosité était vraiment bonne, ce qui m’a surpris. Je me demande à quoi ressemblait le lieu voilà 150 ans… Aujourd’hui, le dernier étage est occupé par des meubles.

[Le Bon Marché, Paris; Photo: Marc Gauthier]

Au musée d’Orsay, les grands peintres constituent toujours un plaisir pour les yeux. J’ai remarqué des détails que je n’avais jamais vus auparavant. Ainsi, le coin supérieur gauche de la toile «L’Église d’Auvers» de Van Gogh tourbillone en noir et bleu où le coup de pinceau est très visible. La petite histoire retiendra que ce tableau a été acquis grâce au concours de Paul Gachet et d’une donation anpnyme canadienne en 1951.

[L’Église d’Auvers, Vincent Van Gogh, début juin 1890; Photo: Marc Gauthier]

[L’Église d’Auvers (détail), Vincent Van Gogh, début juin 1890; Photo: Marc Gauthier]

Orsay propose deux dialogues entre des oeuvres du musée et des artistes contemporains. La première de ces correspondances que j’aie vue se fait entre «Vitrine - Rue de Sévigné» de Bertrand Lavier et «La Lecture» de Manet. Le motif proposé par Lavier exploite la touche de Manet d’une façon surprenante. On sent la parenté entre les deux oeuvres sans retrouver d’imitation. Coup de coeur.

[Vitrine - Rue de Sévigné, Bertrand Lavier, 2005; Photo de Marc Gauthier]

[La Lecture, Edouard Manet, vers 1865-1867; Photo: Marc Gauthier]

[La Lecture (détail), Edouard Manet, vers 1865-1867; Photo: Marc Gauthier]

L’autre dialogue se décline en composition multimédia. Sur les murs sont projetées des mots et des symboles, le tout en continuel mouvement et dans des couleurs changeantes. Ce jeu sur le mouvement, le temps et la couleur rappelle le travail sur la couleur et la touche Impressionniste. Il s’agit du dialogue entre Monet et Charles Sandison. Autre coup de coeur.

[Nymphéas bleus, Charles Sandison, 2007-2008; Photo: Marc Gauthier]

[Nymphéas bleus, Claude Monet, vers 1915-1920; Photo: Marc Gauthier]

Parmi les autres nouvelles, signalons ma déception de ne pas retrouver «L’Angélus» et «Les Glaneuses» de Jean-François Millet. Les deux oeuvres les plus connues du peintres étaient en prêt. Ce choix m’apparaît peu judicieux. C’est comme si j’achetais un sac devant contenir 100 bonbons et que je m’aperçois qu’il en manque deux; je suis repu mais pas satisfait…

Également, les grands tableaux de Courbet sont en restauration. Le travail s’effectue sous les yeux des visiteurs. Si les professionnels du musée doivent se sentir comme des animaux sous observation, il est toujours plaisant de voir ces mains expertes à l’oeuvre. «L’Atelier du peintre» de Courbet subissait au moins une vingtaine de retouches.

[L’atelier du peintre, Courbet; Photo: Marc Gauthier]

Un voyage à Paris est impossible pour un historien de l’art sans faire un arrêt au 7, rue des Grands Augustins dans le quartier Saint-Germain des Prés. À cette adresse se situe d’abord l’action de la nouvelle «Le chef-d’oeuvre inconnu» de Balzac. L’histoire que l’auteur raconte est celle d’un peintre qui présente son chef-d’oeuvre à des amis. Ces derniers sont ébahis par ce qu’ils voient: ils ne comprennent rien à la toile qui est sous leurs yeux.

Cette oeuvre littéraire a fait figure de prémonition: c’est également à cette adresse que Picasso s’installe dans les années 1930. Il y peindra une de ses toiles les plus connues et ayant créé sensation: Guernica.

Le Musée de la vie romantique de la ville de Paris propose «L’âge d’or du romantisme allemand - Aquarelles et dessins à l’époque de Goethe». Le lieu m’a plu, l’exposition m’a laissé un peu froid. Cependant, elle m,a permis de prendre conscience de mon ignorance à l’égard de l’art allemand et de ces artistes importants.

J’ai également assisté à ma première vente aux enchèresde l’Hôtel Drouot-Richelieu. Une expérience fortement enrichissante qui confirme mon intérêt pour la vie de l’objet d’art après sa création artistique.

Comme toujours, les expositions au Musée du Luxembourg sont courues par le Tout-Paris. Lors de ma visite, «Vlaminck - Un instinct fauve» était à l’affiche. Une réussite totale qui permet de voir de nombreux tableaux de l’artistes en un seul endroit. Un autre catalogue de musée acheter que je lirai à mon retour car Vlaminck est un artiste que j’ai croisé au fil de mes études mais que je ne connais pas beaucoup.

Un autre artiste que je ne connais pas beaucoup est Gustave Moreau. Ingénieux, il a consacré les dernières années de sa vie à mettre sur pied un musée dédié à son oeuvre. Ce fut donc une découverte de ses peintures mais surtout des nombreux dessins de cet artiste symboliste. Seul défaut du musée: de nombreux tableaux exposés sont des esquisses et non des toiles finies. Personnellement, j’aime bien ce type d’oeuvres qui permet de comprendre la méthode de travail d’un artiste.

[Intérieur du musée Gustave Moreau; Photo: Marc Gauthier]

[Dessin no. 1015 (détail), Gustave Moreau; Photo: Marc Gauthier]

À suivre…