Archive for April, 2008

[ suite du billet précédent ]

Yannick Pouliot au Musée d'art contemporain de Montréal
[Vue de la salle, photo: Guy L'Heureux]

Ma visite au Musée d’art contemporain de Montréal s’est poursuivie dans la salle consacrée à Yannick Pouliot. Le trentenaire originaire de la grande région de Québec a étudié les arts visuels et l’ébénisterie, ce qui est manifeste dans les oeuvres qu’il produit.

D’une façon habile, l’artiste détourne des objets familiers de leur fonction première pour insuffler une émotion chez le regardeur. Le sujet à l’honneur dans cette exposition est la chaise de style 18e et 19e siècles. Pouliot transforme ces chaises d’abord en rendant impossible l’acte de s’asseoir sur elles. Que ce soit par les dossiers qui s’avancent ou la formation d’un cercle impossible à briser, le regardeur doit contempler l’objet qui lui est proposé. Il peut s’ensuivre des réflexions personnelles et philosophiques influencées par le rythme et le mouvement des oeuvres.

Yannick Pouliot au Musée d'art contemporain de Montréal
[Louis XVI: indifférent, 2008, Collection de l'artiste, photo: Guy L'Heureux]

L’installation Louis XVI : indifférent [2008] vaut certainement le déplacement. Imaginez une photographie représentant un mur. Sur le mur est posé du papier-peint tel qu’on en retrouve dans les hôtels particuliers français. Devant le mur se retrouvent deux chaises d’époque. Au plafond pend un chandelier.

Imaginez maintenant que vous vous retrouvez dans la pièce ainsi photographiée. Sur chacun des quatre murs, on retrouve la même image (tapisserie, deux chaises). Placez-vous mentalement sous le chandelier au centre de la pièce. Et voilà que l’artiste enfonce l’espace autour des chaises dans le mur, selon une profondeur variant d’un à plusieurs mètres. La pièce a perdu sa forme carrée; en lieu et place, ce sont des couloirs en forme de cul-de-sac qui nous entourent, au fond desquels se retrouvent une chaise. Une installation qui vaut le détour.

Un travail réalisé pendant les études en arts visuels de l’artiste à l’Université Laval est également proposé. De l’extérieur, il s’agit d’une tour en hauteur. Faite en matériaux peu nobles comme le plywood, elle s’étire sur environ 5 à 6 mètres (12 à 15 pieds). Une porte attire le regard. On peut pénétrer dans la tour et refermer la porte derrière soi. Les dimensions de la cabine dans laquelle on se trouve sont réduites puisqu’une seule personne peut se trouver dans l’oeuvre à la fois.

Une fois la porte fermée, la traversée du miroir est complète. Comme Alice, on a pénétré dans un monde merveilleux. Un chandelier s’allume, accroché au haut plafond. Une musique endiablée se met à jouer. On se retrouve dans une salle de bal pour une personne, sans pouvoir bouger sauf en tournant sur soi-même. Complètement isolé du monde extérieur, la bulle est complète. Réussi!

Arnaud Maggs au Musée d'art contemporain de Montréal
[Cercles chromatiques de M.E. Chevreul, 2006, Susan Hobbs Gallery]

Également en exposition se retrouvent deux oeuvres photographiques de l’artiste Arnaud Maggs. Intitulé Arnaud Maggs: Nomenclature, l’exposition propose une suite de photographie d’oeuvres de référence utilisés par les peintres pour les aider à identifier les couleurs de façon scientifique. L’ensemble m’a laissé un peu froid mais c’est à visiter si vous aimez le débat science vs. art.

Tseng Yu-Chin au Musée d'art contemporain de Montréal
[Image tirée de Who's Listening?, 1, 2003-2004, avec l'aimable permission de l'artiste]

Finalement, quatre films de Tseng Yu-Chin sont projetés dans le sous-sol, à côté de la librairie du Musée. S’il est facile de ne pas les remarquer, il convient d’y jeter un coup d’oeil. J’ai bien aimé Who’s listening, un segment de moins de deux minutes dans lequel l’artiste filme des enfants dans le visage desquels il lance du yogourt ou du lait. Si le sujet peut sembler banal, il est fascinant de voir les sourires de ces enfants tandis qu’ils attendent d’être aspergés du liquide blanc. La fébrilité des jeunes, leur crainte, leur choc et leur rire touchent. En cette ère de tourisme sexuel en Asie, il est facile d’y voir une métaphore sexuelle. Ces enfants livrés au bon vouloir de l’artiste, dans l’attente, hors de leur cadre normal d’activité, souriant par nervosité sans savoir ce qui les attend, surpris par l’expérience de recevoir ce jet blanc sur leur personne… seule la fin diffère, se terminant sur une note heureuse.

Il est difficile de comprendre que les passants ne s’engouffrent pas par milliers dans le Musée d’art contemporain. Pour le prix d’un café moka chez Second Cup, il est possible de passer une heure agréable à être charmé, surpris et stimulé. Laissez-vous tenter par l’expérience!

Les expositions Farmer, Pouliot et Maggs se terminent le 20 avril 2008. Le coût d’entrée est de 4 dollars à cause de la fermeture de la collection permanente; sinon, il faudra débourser 8 dollars.

La projection des films de Tseng Yu-Chin se termine le 18 mai 2008.

Pour en savoir plus:
* La page de l’exposition Yannick Pouliot sur le site du MACM
* La page de l’exposition Arnaud Maggs: Nomenclature
* Les projections de Tseng Yu-Chin

Je suis en déplacement à Montréal pour deux jours. Pendant mon séjour dans la métropole, j’ai décidé de visiter les oeuvres exposées au Musée d’art contemporain de Montréal.

Le but premier de ma visite: visiter la collection permanente. Je désirais également jeter un coup d’oeil sur les expositions temporaires.

Quelle ne fut pas ma surprise, en arrivant au MAC, d’apprendre que la collection permanente était présentement en montage et qu’elle n’était pas disponible.

Hello? Il y a quelqu’un au MAC qui connaît l’Internet? Vous avez un site - vous pourriez indiquer cette information sur le site, non? En effet, nulle part ne retrouve-t-on cette information sur le site: ni sur la page d’accueil, ni sur la page de la collection permanente, ni sur la page des communiqués. Apparemment, j’ai été victime de mauvais timing. Il semblerait que l’information se soit retrouvée sur le site et qu’elle ait été retirée lorsque la collection permanente est redevenue accessible. J’ai donc eu la malchance de ne pas regarder le site la journée où j’ai visité le Musée. [ Merci à Danielle Legentil du MACM pour la correction ]

Si j’avais eu cette information en main lors de la planification de mon voyage, j’aurais peut-être décidé de passer plus de temps pour voir une autre exposition.

Heureusement, je n’ai pas regretté mon arrêt. Les expositions temporaires valent le déplacement.

Geoffrey Farmer au Musée d'art contemporain de Montréal
[The Last Two Million Years, 2007-, Catriona Jeffries Gallery, photo: Guy L'Heureux]

En premier lieu, les installations de Geoffrey Farmer nous accueillent. L’exposition comporte une vingtaine d’oeuvres dont certaines m’ont fait grandement plaisir.

Il est facile de manquer Ghost si on ne remarque pas le cartel accroché au mur. C’est que l’oeuvre consiste en une colonne évidée dans laquelle deux yeux ont été troués. Elle s’intègre à s’y méprendre à l’architecture environnante. Ce jeu rappelle le trompe-l’oeil réalisé par les artistes de la Renaissance.

Une oeuvre originale a été réalisée dans le cadre de cette exposition. Inspirée de The Idea and the Absence of the Idea, l’installation attire l’oeil sur une note collée au mur. En s’approchant, on lit l’inscription « Not the work, the worker ». On remarque également, par terre, qu’un morceau carré du plancher en bois du Musée a été découpé. Un trou d’environ 20×20 cm s’ouvre devant la note. Puis, dans le coin droit, c’est une pile de papiers similaires à celui sur le mur qui attire le regard. On comprend dès lors que le papier a été réalisé à partir du bois du plancher du Musée. Le sens de la note écrite, qui met l’accent sur le processus et non sur le produit fini, prend tout son sens.

Il est difficile de passer outre l’installation The Last Two Million Years. L’oeuvre est constituée de collages réalisés à partir d’un livre racontant l’histoire de l’humanité. L’artiste a découpé les images du recueil pour les regrouper selon des associations personnelles. L’installation est spectaculaire. Il est d’ailleurs possible de la voir sur le site du MAC. Pour ce faire, suivre ce lien et cliquer sur l’image de droite qui illustre un présentoir étagé. Oubliez cela, il semble que la vidéo ne soit plus disponible.

Le temps file. La description des expositions de Yannick Pouliot et Arnaud Maggs dans un autre billet.

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