Apr 25th, 2008
Dernière chance: Québec, une ville et ses artistes au MNBAQ
Cette fin de semaine est votre dernière chance pour voir l’exposition Québec : Une ville et ses artistes proposée au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’à dimanche, le 27 avril 2008.
Comme tout bon retardataire, j’ai couru à l’exposition aujourd’hui. Au fil de la visite, j’ai été à la fois charmé et déçu.
L’exposition débute par un miroir, une jolie façon de renvoyer au visiteur puisque les oeuvres proposées dans l’exposition renvoient à l’identité que les artistes de la ville de Québec ont aidé à façonner au fil des siècles. Ce miroir fait partie d’un ensemble de mobilier victorien (cat. 78, MNBAQ) réalisé par le fabricant de meuble François Gourdeau durant les années 1870.
Du côté charmant, il faut absolument se déplacer pour voir le Parement d’autel dit «de la Nativité» (cat. 3, salle 5, Musée des Ursulines). Réalisé par Marie Lemaire des Anges, il s’agit d’un ouvrage tout en finesse qui illustre la richesse de l’art de la broderie importé en Nouvelle France.
Dans la même salle, les amateurs d’ébénisterie et de travail sur bois ne pourront faire autrement qu’être en admiration devant le savoir-faire déployé par Pierre-Noël Levasseur. Dans le Tabernacle (cat. 15, salle 5, Fabrique de Sainte-Anne de la Pérade), l’artiste met en pratique les principes énoncés par Vignole concernant les proportions parfaites des colonnes ioniques.
Également, on retrouve les plans de 1716 que Chaussegros de Léry a réalisés de Québec. C’est l’occasion de voir ces relevés et les propositions d’expansion tels que l’ingénieur militaire les percevaient. Ces plans sont habituellement conservés dans les archives situées à Aix-en-Provence en France. On peut également observer les plans du Palais de l’Intendant (cat. 10, salle 5, Archives nationales de France) qui respectent le symbolisme social associé au poste prestigieux d’intendant.
Trois portraits d’Augustines, réalisés par Antoine Plamondon, sont réunis pour la première fois ensemble depuis 1841. Soeur Saint-Alphonse (cat. 56, salle 6, Musée des Beaux-Arts du Canada), Soeur Saint-Joseph (cat. 57, salle 6, Musée des Augustines) et Soeur Sainte-Anne (cat. 58, salle 6, Musée des Augustines) sont judicieusement alignées. Dès lors, il est impossible de ne nier leur parenté formelle en un joli coup d’oeil.
J’ai été particulièrement heureux de retrouver les eaux-fortes que Simone Hudon a réalisées de la ville de Québec. Cette technique consiste habituellement à utiliser une plaque de cuivre recouverte d’un vernis qui résiste à l’acide. L’artiste gratte ensuite le vernis pour réaliser son dessin. La plaque est ensuite plongée dans un bain acide qui creuse le cuivre aux endroits grattés. Il est ensuite possible de remplir ces lignes d’encre pour créer des estampes. Réalisées au début du 20e siècle, ces gravures possèdent une qualité pittoresque qui peut difficilement déplaire.
La dernière salle de l’exposition propose des oeuvres récentes. La décoration de la maison Henri-Bélanger (aujourd’hui détruite) rappelle la présence de l’Art déco dans la capitale du Québec. La grille (cat. 125, salle 7, Musée de la civilisation de Québec) nous accueille dès notre arrivée dans la salle.
Objet de curiosité s’il en est un, Introscaphe I intrigue (ct. 162, salle 6., collection particulière). Présenté au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 1970, cet objet en forme d’oeuf invite le spectateur à prendre siège en son sein. Après s’être refermé, il bombarde son passager d’images mélangeant causes sociales et indifférence de la société de la consommation. Si on ne peut l’essayer, il est possible de voir un extrait du film qui était projeté aux spectateurs.
Il ne s’agit là que d’une sélection des oeuvres et des artistes qui sont proposés dans le cadre de cette exposition. Légaré, Krieghoff, Jobin, Huot, Pellan, Lemieux et d’autres peuplent les trois salles consacrées à la ville de Québec.
D’une façon globale, il s’agit d’une visite agréable que je recommande.
Cependant, comme d’habitude, j’ai quelques réserves.
Ainsi, le lien entre certaines des oeuvres et la ville de Québec est plutôt faible. Ainsi, les portraits de Jean-Baptiste Roy-Audy n’ont qu’un lien très éloigné avec la Capitale. Ils représentent des bourgeoises de Montréal et des environs. Un artiste de Québec qui gagne son pain à Montréal…
De plus, pourquoi cette exposition se termine-t-elle avant la date de l’anniversaire de fondation de la ville de Québec? En effet, le Musée célèbrera la naissance de Québec par le biais du Louvre à Québec. Il est fort probable que cette exposition soit intéressante et qu’elle constitue un tour de force; là n’est pas mon propos. Je me questionne sur le fait que les oeuvres des artistes québécois ne seront pas mises en évidence dans le musée national lors des célébrations du 400ème.
La célébration de l’art contemporain se fera en décembre 2008 avec C’est arrivé près de chez vous, L’art actuel à Québec. Au moins, le Musée pourra affirmer sans soulever une arcade qu’il a consacré deux expositions aux artistes de Québec pendant le 400ème. Il semble peu importer que ces expos aient eu lieu avant et après la date de fondation de la ville.
Du côté des détails insignifiants, il me fait toujours sourire de voir des traces de doigts derrière une vitre qui doit protéger les oeuvres. De gros doigts noirs sales sont ainsi bien visibles sur le passe-partout entourant le Plan de la ville de Québec (cat. 6, salle 5, ANF) datant de 1716.
Somme toute, une exposition qui vaut le détour mais qu’il faut vous dépêcher de voir. Elle se termine le 27 avril 2008.
Le droit d’entrée régulier est de 15 dollars, ce qui est dispendieux pour les expositions présentement à l’affiche.
L’audio-guide coûte 5 dollars. C’est agréable, sans plus.
Le catalogue contient 334 pages et il se vend 59,95 $. Les reproductions des oeuvres qu’on y retrouve sont de bonne qualité. Cependant, l’aspect fragmentaire de l’exposition en fait un document inégl qui dresse un portrait superficiel de chacun des sujets traités. À se procurer si on désire avoir une idée de chacun des artistes présentés et pour les reproductions.
Le détail du livre se trouve après le saut.
L’exposition Québec, une ville et ses artistes, présentée du 14 février au 27 avril 2008 au Musée national des beaux-arts du Québec, aura jeté un regard éclairant sur la production de 22 artistes en arts visuels ayant entretenu un lien étroit avec la ville de Québec. Le livre d’art qui accompagne cette présentation permettra d’en garder un souvenir impérissable! Éditée par le Musée, sous la direction de M. Denis Castonguay et de M. Yves Lacasse, la publication compte 334 pages et plus de 370 reproductions en couleurs. Le lecteur y retrouvera avec plaisir les magnifiques aquarelles urbaines de Cockburn, les incendies légendaires des quartiers Saint-Roch et Saint-Jean peints par Légaré, les impressionnants portraits de religieuses signés par Antoine Plamondon, les vues panoramiques saisissantes de la ville de Québec réalisées par Krieghoff, et plus encore.
Un magnifique catalogue rendu possible grâce à la contribution d’un nombre important de collaborateurs, soit une vingtaine d’historiens de l’art (conservateurs de différents musées, universitaires, historiens indépendants, restaurateur). Constitué de 22 essais, tous précédés d’une capsule biographique illustrée donnant ainsi un portrait complet des artistes ou des groupes d’artistes représentés, l’ouvrage est préfacé par M. Jean Leclerc, président de la Société du 400e anniversaire de Québec, par M. Régis Labeaume, maire de la ville de Québec, et par M. John R. Porter, directeur général du MNBAQ. Il comporte également une introduction et une chronologie signées par M. Yves Lacasse, directeur des collections et de la recherche au MNBAQ et directeur du projet. On doit la conception graphique des plus raffinées, tout à la fois classique et moderne, à Paquebot design.
L’ouvrage est disponible dès maintenant à la Boutique du Musée et dans de nombreuses librairies au coût de 59,95 $. Il sera également en vente au Salon internationale du livre de Québec, du 16 au 20 avril prochain, au kiosque des Publications du Québec.
TITRES DES 22 ESSAIS
Frère Luc : un peintre récollet à Québec en 1670-1671 ● Marie Lemaire des Anges et son atelier : l’art de la broderie des Ursulines de Québec ● Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry : la ville comme totalité au xviiiesiècle ● Pierre-Noël Levasseur : une pièce de mobilier remarquable, le maître-autel de l’église de Sainte-Anne-de-la-Pérade ● François Ranvoyzé : le trésor de L’Islet ● François Baillairgé : le détail académique ● Jean-Baptiste Roy-Audy : coiffures et parures ● James Pattison Cockburn : un aquarelliste dans la ville ● Joseph Légaré : drames à Québec ● Antoine Plamondon : un moment de grâce en 1841, trois portraits de religieuses ● Théophile Hamel : retour d’Europe en 1846-1847 ● Cornelius Krieghoff : Québec, une question de points de vue ● Atelier de François Gourdeau : ! un ensemble de salon néo-Renaissance exceptionnel ● Jules-Ernest Livernois : le regard moderne d’un photographe ● Louis Jobin : trois figures-enseignes dans la ville ● Charles Huot : la peinture d’histoire à l’hôtel du Parlement ● Simone Hudon : la célébration du pittoresque urbain ● Robert Blatter : la maison Henri-Bélanger, première résidence Art déco au Québec ● Alfred Pellan : 12 juin 1940, soirée de vernissage au Musée de la province, ou la révolution Pellan ● Jean Paul Lemieux : trois perceptions d’une ville ● Marius Plamondon : les verrières de l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal ● Edmund Alleyn : séjour parisien de 1961 à 1970 ou les fondements d’une pratique singulière
LISTE DES AUTEURS
Mario Béland, conservateur de l’art ancien de 1850 à 1900, Musée national des beaux-arts du Québec ● Paul Bourassa, conservateur aux expositions et responsable du développement des secteurs architecture, arts décoratifs, design et métiers d’art, Musée national des beaux-arts du Québec ● Denis Castonguay, conservateur aux expositions, Musée national des beaux-arts du Québec ● Joanne Chagnon, historienne de l’art ● Christine Cheyrou, directrice-conservatrice, Musée des Ursulines de Québec ● Claire Desmeules, conservatrice, Parcs Canada ● Daniel Drouin, conservateur de l’art ancien avant 1850 et responsable de la collection d’art inuit, Musée national des beaux-arts du Québec ● Michèle Grandbois, conservatrice de l’art moderne (1900 à 1950), Musée national des beaux-arts du Québec ● Marc Grignon, professeur d’histoire de l’art, Université Laval ● Yves Lacasse, directeur des collections et de la recherche, Musée national des beaux-arts du Québec ● Laurier Lacroix, professeur d’histoire de l’art et de muséologie, Université du Québec à Montréal ● Pierre Landry, historien de l’art ● Ginette Laroche, historienne de l’art ● Michel Martin, conservateur de l’art contemporain (1950 à 2000), Musée national des beaux-arts du Québec ● Line Ouellet, directrice des expositions et des publications scientifiques, Musée national des beaux-arts du Québec ● Pierre-Olivier Ouellet, historien de l’art ● Claude Payer, restaurateur et responsable de l’atelier des sculptures, Centre de conservation du Québec ● John R. Porter, directeur général, Musée national des beaux-arts du Québec ● Zoë Tousignant, historienne de l’art ● Paul Trépanier, historien de l’art ● René Villeneuv! e, conservateur associé de l’art canadien ancien et de l’orfèvrerie, Musée des beaux-arts du Canada.