Feb 22nd, 2008
Comment préserver l’art sur support numérique?
La rapidité avec laquelle la technologie évolue rend obsolète les anciens supports numériques. En musique, on n’a qu’à voir la vitesse avec laquelle le disque en vinyle a été supplanté successivement par la cassette audio, le cédérom puis les fichiers mp3.
Cette évolution constitue un défi de taille pour les institutions qui désirent sauvegarder des données numériques conservées sur des supports qui deviennent démodés. C’est le sujet d’un article du Christian Science Monitor paru cette semaine.
Les solutions au problème de la sauvegarde des données sur support obsolète ne sont pas nombreuses. D’une part, on peut maintenir en état de fonctionnement de vieilles machines capables de lire les vieux supports où se retrouvent l’information. C’est le choix de Microsoft. L’entreprise conserve des ordinateurs pouvait faire fonctionner tous ses systèmes d’exploitation. Un choix dispendieux qu’une entreprise plusieurs fois milliardaire peut se permettre.
D’autre part, on peut transférer cette information vers de nouveaux supports. Dans ce cas, le problème soulevé est celui de l’émulation. Pour reprendre l’exemple de la musique, il existe aujourd’hui des adaptateurs qui permettent de lire les disques en vinyle tout en se branchant sur un ordinateur d’aujourd’hui. La compagnie Ion en produit plusieurs types. La solution est géniale: on transforme dès lors la musique du disque vinyle en fichiers musicaux de type mp3.
Dans ce type de solution, la problématique est l’émulation de l’émulateur. En d’autres termes, que se passera-t-il lors de la prochaine révolution technologique? Il faudra transformer les fichiers mp3 sous un autre format. À chaque fois, il y a perte d’information et un risque d’incompatibilité si le format de transfert choisi n’est pas assez populaire.
Dans les deux cas, en plus des problèmes technologiques, les coûts sont importants. Deux équipes de recherche, l’une américaine, l’autre européenne, exploreront des pistes de solution au cours des années à venir.
Trois solutions sont déjà envisagées pour la sauvegarde des données sur les anciens supports. La première reprend le concept d’utilisateur-payeur qui permet, par exemple, à l’aide de la redevance payée, de transférer de vieux livres sur un nouveau support.
La seconde est basée sur un modèle privé où les entreprises possédant les objets ont la responsabilité de veiller à leur entretien. La troisième est basée sur un modèle public où les institutions et les gouvernements veilleraient à cette préservation.
Le projet américain, porté par le Dr. Francine Berman du San Diego Supercomputer Center, peut compter entre autres sur une aide de la National Science Foundation (NSF) et de la Library of Congress. La NSF subventionne d’ailleurs quatre autres initiatives en ce sens, offrant 100 millions de dollars en fonds.
Le projet européen cherche de son côté à préserver un fonds de données évalué à 4,3 milliards de dollars (i.e. 4300 millions de dollars) qui risquent de devenir désuètes. La motivation financière semble donc au rendez-vous.
Ces questions m’interpellent.
En art comme dans les autres domaines, les nouvelles technologies sont de plus en plus présentes. En ce sens, que restera-t-il dans 20, 30 ou 100 ans du vidéo art réalisé sur Betamax?
Bien qu’un transfert de ces films sur un nouveau support, comme un dévédé, permette de sauvegarder l’essentiel de l’oeuvre, est-ce qu’en procédant ainsi on ne trahit pas l’intention de l’auteur? Je suppose qu’il faudait, dans chaque cas, voir quelle est l’importance que l’auteur apportait au support de diffusion.
Malgré tout, je reste avec l’impression que transférer un oeuvre de son support d’origine vers un support moderne constitue une modification non négligeable. N’est-ce pas Marshall McLuhan qui déclarait que le médium est le message?
Dans un monde où les canevas en toile deviendraient obsolètes, pourrions-nous conclure que La Joconde numérisée équivaut à l’oeuvre originale? J’en doute fortement. J’admets cependant qu’un tel transfert serait mieux que l’oubli, ce qui guette les oeuvres sur support obsolète.
Dans l’article du Christian Science Monitor, il n’est pas mentionné que la question des oeuvres d’art sur support technologique sera étudiée. Par contre, plusieurs archivistes sont présents sur le groupe de travail, ce qui est encourageant. Un dossier à suivre au cours des prochaines années.
The obsolence of technology causes problems for institutions safeguarding knowledge on outdated storage media. For example, one has to see the speed at which the music industry went from LP vinyls to audiocassette, CDs and Mp3s to understand what the challenges facing the retrieval of data on obsolete media. These challenges are the subject of a just-published Christian Science Monitor article.
There appears to be some possible solutions to migrate data from obsolete technology to current ones. On one hand, it is possible to maintain old computers and readers to be able to read archaic media. Microsoft chose such an approach. The company has purchased many computer systems, even the historic Altair computer, to be able to run every single operating sytem it produced. This expensive solution may not be a problem for a company with the means of Microsoft but it isn’t necessarily the solution for everyone.
Another solution is emulation. This allows a simulation of the old system on the new system. That way, obsolete media can be accessed. The problem that arises in that case is the emulation of emulators when new technologies are put in place.
Both solutions are expensives ones. Two teams of researchers, one American , the other European, will be looking for answers for these challenges in the coming years.
There are already three models being discussed: a pay-per-use model where users pay for each transfer, a privatized model where corporations hosting the files are responsible for its maintenance and a public model where the governments are the ones responsible for the public good.
The American project, lead by Dr. Francine Berman of the San Diego Supercomputer Center, is funded by the National Science Foundation (NSF) and the Library of Congress. The NSF provided in total 100 million dollars in funds to her project and four other ones.
The European project will try to find ways to protect 4.3 billion dollars of data a risk of being obsolete and lost.
These initiatives raise some questions.
In art, like everywhere else, new technology is transforming the way things are being done. They are being used by artists to produce current art pieces. But what will be left of video art made of BetaMax movies in 20, 30 or 100 years?
Although it is always possible to transfer these movies to DVDs, isn’t is a form of transformation of the art piece to do so? I guess each case has to be studied indiviually, according to the artist’s wishes.
But still, I wonder what Marshall McLuhan would say about this, he who stated that medium is the message?
To draw a comparison, in a world where oil on canvas would become obsolete, would anyone consider that a scan of the Mona Lisa is the same as the original painting?
Anyhow, the article doesn’t mention if the tast forces will study art pieces. Hopefully they will since there are archivists in the group. This is something to be followed in the coming years.
