Jan 30th, 2008
Agaguk + Musée national des Beaux-Arts du Québec
J’ai eu l’honneur d’assister à l’avant-première de la pièce Agaguk présentée au Musée national des beaux-arts du Québec par la compagnie Théâtre sous zéro.
Je dois commencer par dire que j’étais enthousiaste avant la représentation. L’estrade des spectateurs, située dans l’auditorium du musée, a été déplacée pour faire face à la baie vitrée. À l’intérieur, une scène est aménagée devant les fenêtres. Cependant, une partie importante de la pièce se joue à l’extérieur, sur une scène enneigée naturellement.
Le concept est excellent: spectateurs à l’intérieur, comédiens à l’extérieur. Malheureusement, j’ai quitté à l’entracte tellement la pièce était mauvaise.
Au début de la représentation, une conteuse inuit agée nous accueille. Elle sera notre guide pendant la représentation, faisant le lien entre les scènes jouées à l’extérieur. Cette façon de résoudre la distance entre les comédiens et les spectateurs créée par les vitres est habile.
Là où l’ensemble se gâte, c’est lorsque la comédienne se met à parler comme si elle s’adressait à des enfants de 8 ans. On donne à cette comédienne des airs de Fanfreluche, semblant oublier que l’art du conte a fait des progrès important ces 40 dernières années.
S’il eût été facile de passer outre cette maladresse commandée par la scénographie unique de la pièce, il s’est avéré plus difficile d’ignorer le niveau insignifiant des dialogues et du jeu des comédiens sur la scène extérieure. Bien qu’Agaguk et sa compagne jouent l’isolement du Grand Nord correctement, les scènes qui se passent au village sont incroyablement infantiles.
Par exemple, lorsqu’un personnage reçoit une lampe de poche, il se met à l’agiter comme un sabre laser de La Guerre des étoiles. Lorsqu’un autre personnage se fait poignarder, il tombe à reculons et sort du champ de vision des spectateurs. Cette sortie aurait été fort correcte. Malheureusement, on a crû bon le ramener sur scène pour la parcourir deux ou trois fois, de long en large, créant un effet Monthy Python interminable. Lorsque le comédien se décide à mourir, il regarde la lampe de poche une dernière fois, déclarant qu’il voit une lumière, au loin.
Si ces blagues peuvent s’avérer rigolotes dans un party d’étudiants de CEGEP, elles sont une déception totales dans une pièce jouée au musée. Cette pièce, qui a probablement demandé des heures de travail d’adaptation et de mise en scène, ne rend pas justice au texte d’Yves Thériault.
À mon avis, il aurait beaucoup plus intéressant de jouer sur les dualités intérieur/extérieur, spectateurs/acteurs et chaud/froid pour susciter des émotions chez les spectateurs.
Je me mets à rêver d’une pièce de théâtre qui recréerait un tableau de Lemieux, présent dans le musée ou non. Imaginez des tableaux successifs, sur la scène extérieure, qui placent les personnages comme dans un tableau du peintre, tout en servant une histoire narrée avec intelligence.
On aurait également pu nous offrir une réflexion sur la société actuelle de spectateurs que la télévision et Internet créent. Ainsi, on aurait pu jouer une pièce à l’intérieur et créer des distractions à l’extérieur. Le spectateur aurait toujours dû choisir la scène qu’il observe, créant un certain dilemme chez lui. Par exemple, j’imagine une scène d’Othello ou du Cid à l’intérieur mise en relation avec un fait divers spectaculaire qui se passe à l’extérieur. L’oeil du spectateur serait toujours attiré vers le spectacle extérieur même s’il veut se concentrer sur la scène intérieure, le plaçant devant son choix entre aller plus loin au niveau culturel ou demeurer dans l’information spectacle. Ne serait-ce pas là un message approprié pour une pièce de théâtre qui se joue dans un musée?
Finalement, on aurait pu jouer sur l’isolement des comédiens qui sont à l’extérieur. Placer Agaguk et sa compagne au sommet d’un iglou pendant 5 ou 10 minutes, pendant que la narratrice nous raconte les conditions météorologiques… Voir ces deux comédiens dehors, se collant l’un à l’autre pour tenter de réchauffer leurs corps, pendant que le vent souffle. Faire frissonner les spectateurs qui viennent se réchauffer à l’intérieur après un passage obligé à l’extérieur pour accéder au musée, n’aurait-ce pas été un exploit qu’aurait permis la scénographie du lieu?
C’est donc pour l’existence de ces alternatives riches, plutôt que l’utilisation d’un texte ponctué de blagues adolescentes, que je suis déçu de la pièce Agaguk.
Pour ceux que ça intéresse malgré tout, les représentations ont lieu du 31 janvier au 24 février 2008.


Bonjour,
J’aimerais exprimer un peu mon désarroi vis-à-vis cette infamie. Comment peut-on créer une chose aussi effroyable ? Pour ma part cela ne m’incite pas du tout à revoir ce genre de catastrophe synthétique (créé par l’homme). Pourquoi donne t-on de l’argent à ces gens, serait-ce une sorte d’exutoire à l’aide sociale? Peut-être que l’auditoire visé n’avait pas l’âge requis.
Pourquoi leur donner plus qu’un assisté social? Enfin.
Dans cet pièce je n’ai trouvé rien d’intéressant ci ce n’est la fin ou j’ai quitté en trombe.
N’encourager pas ce genre de troupe d’amuseurs manqué, c’est ridicule comme il est ridicule de croire qu’un scénariste puisse être comédien.
T.G.
Je tiens à souligner que je ne vois aucun rapport entre Agaguk et l’aide sociale et qu’il existe d’excellents scénaristes-comédiens ou comédiens-scénaristes.
La pièce m’a déçu, c’est vrai, mais je trouve malgré tout l’effort louable tel que mentionné dans mon billet.