
[Au Presbytère de Saint-Nicolas]
La grande région de Québec accueille en ce moment la 5e édition de l’Internationale d’art miniature de Lévis que je me suis empressé de visiter cette semaine.
Qu’est-ce que la miniature? Évidemment, sa caractéristique principale se trouve dans sa petite taille. Il s’agit d’une technique développée pour peindre sur parchemin, sur velin et sur ivoire.
Dans l’histoire, soulignons que cette forme d’art était utilisée à des fins diplomatiques aux XVIe et XVIIe siècles [1]. Le genre s’est répandu dans les cours royales et on en retrouve souvent dans les peintures hollandaises de l’Âge d’or. Au Québec, les portraits en miniature et les silhouettes étaient communs au début du 19e siècle, jusqu’à l’avènement de la photographie.
Autre question légitime: à partir de quel moment peut-on dire qu’une oeuvre relève de la miniature et qu’elle n’est pas simplement petite? S’il n’existe pas de définition unique de la miniature, l’Internationale possède ses propres règles. Ainsi, la surface ne doit pas dépasser 75 cm2 ou 12 po2.
L’événement se tient en quatre lieux différents sur la rive sud. Une moitié des 414 oeuvres est regroupée au Presbytère de Saint-Nicolas, l’autre à la Galerie Louise-Carrier. Comment décrire la production de 236 artistes qui n’ont en commun que la technique utilisée?
Les techniques sont multiples : estampe (art numérique, eaux-fortes, etc.), peinture à l’huile, aquarelle, etc.
Les sujets abordés par les artistes sont éclatés : du torse de l’homme nu musclé au paysage bien sage, du coucher de soleil à l’abstraction la plus totale, il n’existe pas de dominante.
C’est donc dire que chaque visiteur aura son coup de coeur.
Pour vous aider dans votre visite, repérez les choix du jury qui me semblent impeccables. Il était formé par Gérald Alexis (historien de l’art spécialisé dans les Caraïbes), Stella Bissonnette (conservatrice de la collection pour la Fédération des Caisses Desjardins du Québec) et Linda Verge (de la Galerie Linda Verge à Québec).
Le Grand prix a été remporté par Daniela Zekina pour son oeuvre Danse avec les heures tandis qu’Irina Kouznetsova se méritait le Premier prix. Notons que la technique de cette dernière nécéssite l’utilisation d’un «pinceau» composé d’un seul poil de chat.

[Daniela Zekina (Montréal), Danse avec les heures, Grand Prix]

[Irina Kouznetsova (Russie), Heraldy, Premier prix]
Par un joli clin d’oeil, le centre d’artistes en art actuel Regart (Lévis) expose dans ses locaux minuscule / MAJUSCULE. Il s’agit des oeuvres de 15 membres du centre qui questionnent les frontières entourant le miniature. On y remarquera que le jeu s’y fait sur la taille des éléments, certains étant grossis tandis que d’autres sont mis en relation entre eux selon leur taille.
Le quatrième lieu impliqué dans l’Internationale est la Galerie des Deux-Ponts (Lévis) où les travaux miniatures de jeunes de 8 à 12 ans sont exposés.
Signalons finalement la présence de quelques sculptures miniatures.

Les oeuvres sont à vendre à petit prix, certaines estampes pouvant être acquises pour 60 dollars.
Au bout du compte, je me demande comment cette technique particulière influe sur l’art, ce qui lui appartient en propre et qu’on ne retrouve dans aucun autre média. La petitesse enlève de la précision, qu’il s’agisse de la part du créateur qui est limité dans ses moyens ou du regardeur qui ne peut s’approcher indéfiniment de l’oeuvre qui lui est proposée. Ce rapport spectateur-oeuvre est-il unique? Peut-il être rapproché avec l’observation des détails dans une peinture de taille conventionnelle ou obéit-il à des règles qui lui sont propres? Ah, que de sujets de questionnement que l’art éveille!
- INFORMATIONS PRATIQUES -
- La cinquième édition de l’Internationale d’art miniature de Lévis se déroule du 14 juin au 6 septembre 2009 à Lévis. [détails]
- Quatre lieux hébergent les 414 oeuvres des 236 artistes: Presbytère Saint-Nicolas, Galerie Louise-Carrier, Regart et Galerie d’art des Deux-Ponts.
- L’entrée est libre.
- Des loupes sont offertes pour voir les oeuvres en grand.
- NOTE -
1- Lire à ce sujet Jennifer Marie Bauman, «Miniature painting and its role at the Medici Court in Florence, 1537-1627», thèse de doctorat, Baltimore (Maryland), 1999, 513 p.
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